Elles sont cheffes d’État, entrepreneures, militantes, artistes ou scientifiques…
Ensemble, elles incarnent la mue d’un continent et la réinvention du leadership au féminin. À travers ce dossier exceptionnel, Divas dresse le portrait de cent femmes d’Afrique et de la diaspora dont la force, la vision et l’intégrité redessinent les contours du pouvoir et de l’influence.
Et Dieu créa la femme africaine
Comment être une femme africaine en 2025 ?
Pour son 100e numéro, Divas répond à cette question par l’exemple. Par les parcours de vie de figures qui inscrivent chacune leur singularité dans les réalités africaines et afro-descendantes. Loin des visions figées et des stéréotypes réducteurs, ce numéro anniversaire célèbre cent femmes d’Afrique et de la diaspora qui, par leur audace, leur résilience et leur sens de la mission, redéfinissent les contours du pouvoir, de l’influence et du leadership au XXIe siècle. Plus qu’un palmarès, ce dossier est une traversée intime de parcours inspirants et engagés, un hommage à la pluralité des identités féminines et à celles qui transforment leur histoire personnelle en force collective.
En décembre 1956, le film de Roger Vadim, Et Dieu créa la femme, avec Brigitte Bardot dans le rôle de « la femme », suscite le scandale. Bardot n’a que vingtdeux ans et exhibe une beauté insolente qui fait d’elle une superstar et un « sex symbol ». Au-delà de son contenu provocateur, Vadim voulait exprimer la liberté de la femme et critiquer les sociétés qui cantonnent les femmes à la procréation et à la soumission au patriartcat.
Une dizaine d’années plus tôt, Simone de Beauvoir avait publié un livre-choc au titre tout aussi remarqué :
Le Deuxième Sexe, devenu depuis lors une référence incontournable pour les féministes de tous pays. Beauvoir y affirmait : « On ne naît pas femme, on le devient. » La philosophe voulait dire par là que la féminité n’est pas une essence naturelle, quelque chose d’inné, mais plutôt une construction sociale.
Autrement dit, on ne vient pas au monde avec un rôle ou une identité « féminine » prédéfinie par la nature.
C’est la société, la culture, l’éducation et les normes sociales qui façonnent ce que l’on attend des femmes, ce que signifie « être une femme », comment une femme doit se comporter, s’habiller, parler, etc. Être femme ne se réduit donc pas simplement à une réalité biologique (avoir un corps de femme), mais résulte d’un processus d’apprentissage et de conditionnement, souvent invisible…
Depuis sa création, le magazine Divas s’est donné pour mission de valoriser les statuts et rôles des femmes africaines et de la diaspora,. Car l’on ne saurait parler de « la femme africaine » comme d’une entité homogène.
Il faut tenir compte des évolutions historiques, des différences philosophiques, de classes, de régions, d’âge, de religion ou de statut marital. Une femme noble au XIXe siècle ne vit pas la même réalité qu’une esclave ou une paysanne. Cette approche intersectionnelle est nécessaire pour comprendre la complexité des vécus féminins sur le continent et au-delà.
Il était donc normal que, pour le centième numéro de notre magazine, nous profitions de la symbolique de la distance parcourue pour rendre un hommage aussi original que possible aux femmes du continent et d’ailleurs. L’objectif du dossier présenté ici est de dresser le portrait d’un groupe diversifié de femmes qui ont façonné le XXIe siècle dans une multitude de domaines : de la politique à l’action sociale, de l’entreprise et de la technologie à la science, du sport aux arts, de la culture aux médias.
Les cent femmes africaines et de la diaspora les plus influentes réunies dans ce numéro parlent au nom des centaines de millions d’autres.
Bien que leurs parcours soient distincts, leurs histoires sont unies par des fils conducteurs puissants et profonds : la résilience face à l’adversité, un sens aigu de la mission qui transcende le gain personnel et un style unique qui redéfinit la nature même du leadership et de l’influence.
Cette collection de très courts portraits va au-delà d’une simple énumération de réalisations, en se concentrant plutôt sur les anecdotes personnelles et les moments fondateurs qui révèlent la raison d’être de leur succès. Le but poursuivi est de comprendre la vision du monde qui pousse une patronne des médias à transformer un traumatisme personnel en mouvement mondial d’empathie, une poète à convertir ses mots en action politique ou une femme d’affaires à utiliser sa plateforme pour l’activisme d’entreprise. Chaque coup de projecteur sur une personnalité sélectionnée se veut un petit voyage narratif, mêlant parfois des faits biographiques et de brèves analyses pour créer un témoignage vivant et authentique de la force d’une vie menée avec conviction.
Naturellement, les critères des choix opérés ont beau être aussi objectifs que possible (niveau d’influence réelle, respect auprès des pairs, force des convictions, honnêteté intellectuelle, degré d’exigence éthique et capacité à inspirer des citoyens à travers les générations), il est clair que tout classement de ce genre comporte une part de subjectivité. Nous l’assumons totalement.
Une lecture rapide des parcours des cent femmes leaders d’Afrique et de la diaspora identifiées dans ce numéro spécial révèle une mutation profonde et fascinante de la nature du pouvoir exercé par elles. À travers leurs courts portraits, on peut décrypter les dynamiques de cette nouvelle garde, dont l’influence s’étend bien au-delà des arènes politiques et économiques traditionnelles, pour toucher les sphères du développement socio-économique, de la justice sociale, de la culture, du sport et de l’innovation. Ces femmes ne se définissent plus uniquement par les titres qu’elles portent, mais par leur capacité à catalyser le changement, à naviguer dans des environnements complexes et à redéfinir les paramètres mêmes du leadership.
Plusieurs thèmes transversaux émergent de ce panorama, tissant un récit commun de résilience et de créativité. Nombre de ces femmes africaines et de la diaspora, qu’elles appartiennent aux mondes politique et des affaires ou qu’elles soient issues de l’activisme, de la culture ou du sport, ont ancré leur action dans une approche pragmatique et technocratique, cherchant à résoudre des problèmes concrets plutôt qu’à s’enfermer dans des dogmes idéologiques. Elles ont su transformer des expériences nationales, souvent marquées par le conflit ou la pauvreté, en missions à portée globale, utilisant fréquemment les plateformes internationales pour amplifier leur message.
Cette liste des cent femmes d’Afrique et de la diaspora les plus influentes indique clairement une transformation majeure du paysage du leadership féminin.
Ces femmes ne se contentent plus d'occuper des postes de pouvoir : elles les redéfinissent.
Un autre fil conducteur est la gestion de l’identité, à la fois source de force et de controverse, et la manière dont elles ont su naviguer parmi les critiques, qu’elles soient fondées ou non.
Enfin, le dossier proposé par Divas met en évidence l’utilisation du soft power — à travers la communication, le style personnel ou la mobilisation de la société civile — comme un outil de leadership puissant et distinctif.
Les expériences de ces cent femmes soulignent des défis persistants : le poids d’être la « première », la persistance des stéréotypes, et la pression médiatique et politique intense. Elles ont toutefois utilisé ces défis comme des catalyseurs pour affirmer leurs convictions et renforcer leur détermination. Leurs histoires, riches en anecdotes et en enseignements, constituent un modèle pour les générations futures de leaders. Leur héritage ne se limite cependant pas aux postes qu’elles ont occupés : il réside dans les systèmes qu’elles ont transformés, les lois qu’elles ont fait adopter et, pour des personnalités du calibre de Chantal Biya, les millions de personnes qu’elles ont inspirées. Leur influence ne dépend donc pas seulement de la fonction, mais du courage moral et de la capacité à élever les autres, prouvant que la vision d’une personne, soutenue par une action incessante, peut véritablement ébranler les nations.
Leurs parcours singuliers, leurs visions distinctes et leurs styles variés nous obligent à repenser nos cadres d’analyse du pouvoir. Leurs succès et leurs défis montrent que le leadership féminin est une force complexe, multidimensionnelle, qui ne peut être réduite à un seul stéréotype. Il est le fruit d’une alchimie entre l’expertise technique, la résilience face à l’adversité, la gestion stratégique de l’identité et la capacité à utiliser des outils non conventionnels.
Pour les futures générations et les organisations désireuses d’intégrer davantage de femmes dans leurs instances dirigeantes, la principale leçon à tirer est de valoriser la diversité des parcours et des styles.
Le pouvoir ne réside pas uniquement dans un titre sur une carte de visite, mais dans l’impact — qu’il soit le résultat de la discipline technocratique, de la mobilisation de la base ou de l’audace de transformer la controverse en levier d’influence. La voie a été tracée, et l’émergence de ces cent personnalités marque le début d’un nouveau chapitre, où le pouvoir est à la fois plus nuancé, plus accessible et plus ancré dans la réalité de ceux qu’il sert.
LEADERS POLITIQUES ET PIONNIÈRES
Chantal Biya : la Première Dame du peuple
Rien ne prédisposait Chantal Biya à accéder au rôle de Première Dame…
C’est pourtant ce qu’elle devint en 1994 en épousant Paul Biya, le président de la République du Cameroun. Simple et issue d’un milieu modeste, elle a su rester proche du peuple. Elle consacre l’essentiel de son temps et de son énergie à des œuvres caritatives au bénéfice des femmes, des enfants et des personnes vulnérables. Mais, au fil des années, elle a aussi marqué sa fonction de son extraordinaire personnalité, devenant une icône internationale, connue pour porter des tenues chatoyantes et marcher deux pas derrière son époux.
C’est une tâche monumentale que d’être la Première Dame dans un pays dont le chef de l’État est au pouvoir depuis quarante-trois ans, ayant été régulièrement élu et réélu par ses compatriotes et s’étant imposé sur la scène internationale comme l’un des géants du monde contemporain.
Dans un tel contexte, il y a toujours quelques voix au sein d’une opposition aigrie et déboussolée pour colporter des ragots de toutes sortes au sujet d’une femme pourtant largement perçue comme étant la « mère de la nation ».
Les critiques artificielles ambitionnent de ternir l’image de la Première Dame et de la pousser à réagir publiquement, à publier des démentis à toutes les allégations fantaisistes énoncées à son sujet, et donc à tomber dans le piège de la politique politicienne. Car cela déclencherait alors un échange d’accusations et d’invectives gratuites, mettant surtout la famille présidentielle sur la sellette — objectif ultime de ces diffuseurs de fausses nouvelles…
Chantal Biya n’a pas eu besoin d’étudier la science politique pour comprendre et éviter ces jeux pervers et brutaux de la vie publique. Depuis qu’elle a accédé au rôle de Première Dame du Cameroun en 1994, elle a toujours considéré sa mission comme un service public bénévole, visant à soutenir les couches les plus vulnérables de la population — les femmes, les enfants et les citoyens des zones défavorisées. Elle n’a donc jamais consacré le moindre temps à l’agitation stérile et puérile de la politique. Elle ne s’est jamais laissé distraire par les allégations et propos outrageants diffusés ici et là sur les réseaux sociaux à son égard ou au sujet de sa famille.
Son époux l’avait prévenue avant même leur union. Le président Paul Biya lui avait rappelé la célèbre phrase du général prussien Carl von Clausewitz selon laquelle « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Le chef de l’État lui avait expliqué que la formule de von Clausewitz se traduit, dans le langage moderne, par des mots plus effrayants encore : « La politique, c’est la guerre par d’autres moyens. »
PAR SON MARIAGE AVEC PAUL BIYA, CHANTAL VIGOUROUX EST DEVENUE PREMIÈRE DAME DU CAMEROUN SANS POURTANT Y AVOIR ÉTÉ PRÉPARÉE…
Paul Biya, avait donc recommandé à son épouse de ne jamais prendre personnellement les accusations arbitraires et les critiques sans fondement dont elle serait l’objet, simplement à cause de sa proximité avec lui. « Au Cameroun, comme ailleurs dans le monde, les hommes politiques ont tendance à verser dans les amalgames et à faire feu de tout bois lorsqu’ils veulent attaquer un adversaire. Ils n’hésitent pas à recourir à des procédés calomnieux, dans l’espoir de le pousser à l’énervement et à la faute. »
En réalité, Chantal Biya n’avait pas besoin de cette préparation psychologique. Ayant grandi dans un Cameroun parfois violent, elle connaissait déjà bien ses compatriotes. Elle savait aussi que la vie publique n’est pas une sinécure, et que, lorsque l’on se retrouve en permanence sous les feux des projecteurs, il est presque inévitable de susciter fantasmes et jalousies…
Mieux : elle connaissait son propre tempérament, fait d’une exigence constante d’écoute et d’ouverture, même lorsque les opinions d’autrui sont désagréables. Elle ne s’offusque donc jamais de l’adversité.
L’admiration qu’elle suscite révèle une femme d’une complexité fascinante, dont le parcours et le style sont intimement liés à une mission d’humanisation du pouvoir et de soutien aux plus vulnérables. Elle a su transformer une position protocolaire en une plate-forme d’action et une personnalité flamboyante en un langage de pouvoir et d’espoir.
Aujourd’hui, Chantal Biya, l’une des Premières Dames les plus reconnaissables au monde, est une figure publique dont le portrait est indissociable de son style audacieux et de sa personnalité pétillante, qui s’accommode d’un rôle d’influence informelle. Elle a su rester la compagne du président Paul Biya tout en se forgeant une identité unique qui la distingue sur la scène internationale.
DEPUIS PLUS DE TROIS DÉCENNIES, ELLE NE CESSE DE CAPTIVER, D’INSPIRER ET DE SÉDUIRE L’OPINION PUBLIQUE. ELLE EST À LA FOIS UNE ICÔNE DE MODE AUDACIEUSE ET UNE MILITANTE DÉVOUÉE DES CAUSES SOCIALES.
CHANTAL BIYA EST DEVENUE UNE DES PREMIÈRES DAMES LES PLUS RECONNAISSABLES AU MONDE…
Partout où elle apparaît, elle capte l’attention, souvent sans même avoir à parler. Loin des codes vestimentaires traditionnels des Premières dames, Chantal Biya allie la haute couture africaine et occidentale, mariant le goût des tissus africains aux motifs et aux couleurs vibrantes. Elle ne s’offusque pas que la presse se focalise parfois sur ses choix esthétiques audacieux et ses tenues qui ont fait sensation lors de certains sommets internationaux : elle utilise la mode comme un outil de soft power (« puissance douce » ou « pouvoir de convaincre sans recourir à la force ») au service du Cameroun et de l’Afrique, encourageant silencieusement le public à s’intéresser au travail des stylistes et créateurs africains.
Chantal Biya peut se montrer enthousiaste et même exubérante lorsque les circonstances le justifient. En famille ou entre amis proches, elle exprime calmement ses opinions, ses passions et ses rêves. En revanche, elle se montre plus réservée en public, par déférence envers la fonction qu’occupe son époux, le président Paul Biya, et par respect des usages institutionnels de son pays. Elle sait que la Première Dame n’a pas de fonction élective, et que ses opinions personnelles sur les politiques publiques relèvent exclusivement de la sphère privée. Cela dit, il lui arrive de communier avec des foules de femmes et d’enfants, de danser avec eux pour leur transmettre la joie et le bonheur intérieurs qui l’habitent.
PARTOUT OÙ ELLE APPARAÎT, ELLE CAPTE L’ATTENTION, SOUVENT SANS MÊME AVOIR À PARLER.
Au-delà de son image publique, le cœur de l’action de Chantal Biya réside dans son engagement profond pour les causes sociales, en particulier celles des femmes et des enfants. Cette mission, qui lui vaut le surnom affectueux de « Première Dame du peuple », s’articule principalement autour de deux organisations majeures : la Fondation Chantal Biya (FCB), qu’elle a créée en 1994, et le Cercle des Amis du Cameroun (CERAC), fondé en 1995. Le bilan de ces structures est impressionnant et reflète directement le dévouement de l’épouse du chef de l’État camerounais.
La FCB a pour objectif de soulager les souffrances humaines, en se concentrant sur la santé, l’éducation et l’assistance aux mères et aux enfants. Elle a notamment établi le Centre Mère et Enfant à Yaoundé, un établissement de plusieurs centaines de lits offrant chaque année des consultations à des dizaines de milliers de femmes et d’enfants. Ce centre est également reconnu comme un établissement pilote d’oncologie pédiatrique, traitant avec succès plus de deux cents enfants et affichant un taux de rémission supérieur à 90 %.
D’autres initiatives, comme le Centre hospitalier de recherche et d’application en chirurgie endoscopique et reproduction humaine (CHRACERH) et la création de l’école maternelle Les Coccinelles du Palais de l’Unité, qu’elle suit personnellement, témoignent de son approche pragmatique et de son souci du bien-être des jeunes générations.
LE CHRACERH TÉMOIGNE DU SOUCI QUE CHANTAL BIYA A DU BIEN-ÊTRE DES JEUNES GÉNÉRATIONS.
En 2002, lors du lancement de l’association Synergies Africaines, qu’elle venait de fonder avec d’autres Premières Dames d’Afrique, expliquant publiquement les motivations de ce projet, Chantal Biya avait déclaré : « La cause du sida est une cause humanitaire et l’engagement contre le sida est une exigence universelle.»
Puis elle avait développé son propos :
« Ce n’est malheureusement pas tout. En dehors du VIH/sida, les populations africaines font face à d’autres endémies qui causent autant de ravages. On ne compte plus les victimes provoquées chaque année par la méningite, la tuberculose et le tétanos, surtout parmi les couches les plus vulnérables de nos populations, que sont les femmes et les enfants. À cela s’ajoutent la mortalité maternelle et néonatale, la malnutrition, les violences faites aux femmes et aux enfants. Dans ce tableau, on ne saurait oublier le paludisme. Ce mal insidieux, dû à la piqûre du célèbre Plasmodium falciparum, fait encore des millions de morts en zone tropicale. C’est un ennemi qui mérite une attention particulière et active. Par ailleurs, les nombreux conflits qui déchirent notre continent, entraînant des pertes massives en vies humaines, des déplacements de populations et des orphelins, aggravent le sous-développement. »
La Première Dame camerounaise avait ensuite expliqué que les pouvoirs publics déploient des efforts appréciables pour trouver des solutions à ces problèmes. Elle leur avait rendu un vibrant hommage, ainsi qu’au personnel médical qui a la lourde tâche d’être en permanence au chevet des malades. Elle avait également noté que, dans le domaine de la lutte contre le sida, l’action du gouvernement camerounais, à travers le Comité national de lutte contre le sida, a porté ces dernières années sur une politique d’information, de prévention et de soins, pour casser la courbe de l’épidémie. Et de souligner que l’accent a été notamment mis sur des campagnes intenses de sensibilisation et d’éducation ; la création de centres de traitement de l’infection à VIH ; la baisse très sensible du coût des médicaments antirétroviraux ; et le renforcement de la sécurité de la transfusion sanguine.
« Toutefois, avait observé Chantal Biya, en raison des moyens limités dont disposent nos pays, les efforts fournis sont encore insuffisants devant l’ampleur des besoins. Vous comprendrez donc la nécessité d’une très large mobilisation des bonnes volontés, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du continent, pour renforcer cette action. Il est clair que nous devons agir. Il est indispensable d’agir ensemble, et important d’agir maintenant, aux côtés de nos époux et de nos partenaires, pour soulager les souffrances des malades ; pour dissiper l’angoisse des mères en détresse ; pour préserver l’avenir des orphelins abandonnés ; et pour redonner espoir aux familles éprouvées, qui nous regardent aujourd’hui et attendent de nous assistance, affection et réconfort. De par notre qualité de mères, d’épouses, de sœurs et de leaders, aucune souffrance ne peut nous laisser indifférentes. Aucune ne doit nous être étrangère. Nous sommes toutes concernées, et devons apporter notre appui sans réserve dans cette lutte contre le VIH/sida et les souffrances. C’est cela, mes chères sœurs, le défi maternel que nous devons relever. »
Des paroles touchantes, des mots simples et forts, et une sensibilité qui en disent long sur sa vraie nature : une Première Dame animée essentiellement par la compassion, ce sentiment que l’on éprouve face à la souffrance de ses semblables.
« DE PAR NOTRE QUALITÉ DE MÈRES, D’ÉPOUSES, DE SŒURS ET DE LEADERS, AUCUNE SOUFFRANCE NE PEUT NOUS LAISSER INDIFFÉRENTES. »
Chantal Biya
LE CERAC EST UNE ASSOCIATION HUMANITAIRE, FONDÉE EN 1995, POUR AMÉLIORER LA SANTÉ, LA SOLIDARITÉ ET LES CONDITIONS DE VIE DES NÉCESSITEUX…
Chantal Biya a trouvé le moyen de canaliser sa compassion vers des actions sociales positives. Le CERAC est l’un des principaux véhicules qu’elle a créés pour atteindre cet objectif. Association humanitaire, apolitique et à but non lucratif fondée en 1995, elle a été reconnue d’utilité publique en 2007. Ses quelques centaines de membres sont souvent des femmes engagées aux côtés de l’épouse du chef de l’État camerounais dans ses activités caritatives. Elles se recrutent parmi les épouses des membres du gouvernement et autres hautes personnalités, des sénateurs, des députés, ainsi que parmi les épouses des membres du corps diplomatique accrédités au Cameroun. Objectifs du CERAC : encourager l’assistance humanitaire ; améliorer la santé, la solidarité et les conditions de vie des nécessiteux ; renforcer les capacités des femmes et l’éducation des filles. Des dizaines de projets ont ainsi été réalisés dans chacun de ces domaines, et des milliers de bénéficiaires se comptent dans chacune des dix régions du Cameroun, notamment dans les zones les plus enclavées et les plus reculées.
En choisissant de concentrer l’action du CERAC sur la jeunesse, Chantal Biya soutient activement les priorités de son époux. Pour quasiment tous les leaders politiques de la planète, les références à la jeunesse ne servent qu’à nourrir des slogans. Pas pour Paul Biya, qui croit dur comme fer que l’avenir de son pays dépendra de la nature de l’implication des jeunes dans les affaires politiques, économiques, sociales et culturelles. Lorsqu’il parle de la jeunesse, c’est pour expliquer comment il entend garantir aux jeunes l’égalité des chances. Il insiste cependant sur le fait que, malgré son importance, l’éducation universitaire n’est pas le seul ingrédient dont les jeunes ont besoin. « Nous avons aussi le devoir de les préparer à une bonne insertion dans la vie professionnelle et sociale et de leur apporter un complément de formation morale et civique », affirme le chef de l’État camerounais. « Nous avons besoin pour cela d’une véritable politique nationale de la jeunesse qui définisse les programmes destinés à mettre en œuvre l’acquisition, par les jeunes, des valeurs patriotiques et démocratiques et leur insertion dans les circuits de production. » Le Plan Jeunesse, initié par le chef de l’État et qui a fait l’objet d’une large concertation en 2008, répond à ces objectifs. Il est désormais finalisé et devrait entrer en application dès son approbation par le gouvernement.
L’accompagnement des jeunes est donc l’un des axes majeurs de l’action du CERAC. Des causeries éducatives sur le VIH/sida et les infections sexuellement transmissibles sont organisées dans le cadre du programme « Vacances sans sida », pendant la Fête de la jeunesse et en d’autres circonstances. Du matériel didactique, du mobilier et des équipements sont distribués aux établissements scolaires, en même temps que des fournitures scolaires aux élèves. La construction et l’équipement d’écoles — et leur rétrocession à l’État — ont également lieu. Que ce soit pour l’école publique de Gashiga, celle de Tombel, à Bangourain, Bafia, Mora, Bonamoussadi, Amchilga, Bandjoun, Nkolbisson, Bapi, Bandeng, et dans bien d’autres localités du Cameroun, les membres du CERAC travaillent à redonner vie à des bâtiments tombés en décrépitude, à cause de l’usure du temps et des intempéries.
Autre cible du CERAC : les femmes en zones rurales. L’organisation accompagne l’action du gouvernement à l’égard de ce groupe social. En 2016, les membres du CERAC se sont rendus dans six des dix régions du pays pour remettre des dons aux femmes rurales. Elles ont parcouru des routes impraticables et de longues distances pour parvenir jusqu’aux zones les plus enclavées. Bien plus que des dons, ces outils et autres équipements ont permis à celles qui nourrissent toute une nation, au cœur de leurs campagnes, de retrouver leur amour- propre, de reprendre confiance en elles-mêmes et de croire de nouveau aux opportunités qu’offre l’agriculture.
Le CERAC ne limite pas son action au seul versant « champêtre » de l’accompagnement des femmes rurales. L’autonomie financière de celles-ci est également au centre des préoccupations. Elles bénéficient régulièrement de programmes de formation, comme ce fut le cas dans la Bénoué, la Boumba-et-Ngoko, le Bui, la Lekié, le Lom-et-Djerem, le Moungo, le Mayo-Banyo, le Mayo-Kani, la Mémé, le Ngo-Ketunjia, la Vallée du Ntem et dans des dizaines d’autres départements. Partout à travers le Cameroun, des femmes sont ainsi formées à la transformation et à la conservation de produits comme le manioc, et à d’autres domaines tels que la fabrication et l’utilisation du compost, des engrais et des pesticides. Du matériel agricole (tronçonneuses, égreneuses, moulins, houes, arrosoirs, semences améliorées, pulvérisateurs, produits de conservation des récoltes) leur est remis pour réduire la pénibilité de leur travail, améliorer leur productivité, augmenter les rendements et renforcer leur autonomie. L’élevage n’est pas oublié : des produits tels que des cailles et des moutons ont été offerts aux femmes de Meiganga (Adamaoua), dans le département du Mbéré, pour stimuler leur dynamisme. De quoi leur augurer une certaine indépendance et leur donner les armes nécessaires pour devenir de véritables entrepreneures agricoles.
La compassion de Chantal Biya et des membres du CERAC se manifeste aussi lors des situations d’urgence. L’image est encore fraîche dans les esprits de millions de Camerounais : celle de Chantal Biya, aux côtés de son époux, le président Paul Biya, soutenant les rescapés des inondations ayant frappé le Nord et l’Extrême-Nord en 2012. La même année, le Nord-Ouest et l’Est ont également subi la colère de la nature. Le secours immédiat du CERAC ne s’est pas fait attendre. Présentes auprès des sinistrés, ses membres n’ont pas hésité à apporter le réconfort et à soutenir les personnes déplacées et les sans-abris, en leur offrant une couverture, un matelas ou un vêtement pour se couvrir, du matériel de construction pour se refaire un toit, des denrées alimentaires pour survivre, ainsi que des médicaments. Près de 7 000 victimes de la montée brutale des eaux dans le Nord et l’Extrême- Nord ont été secourues et réconfortées. Les victimes de catastrophes naturelles ou d’accidents sont donc susceptibles de recevoir du soutien.
LE TRAVAIL DE LA PREMIÈRE DAME LUI A VALU DE NOMBREUSES DISTINCTIONS INTERNATIONALES, DONT CELLE D’AMBASSADRICE DE BONNE VOLONTÉ DE L’UNESCO.
On le voit, l’importance du travail abattu par la « Première Dame du peuple » est presque impossible à mesurer. Peu d’institutions officielles et gouvernementales ont autant d’impact que celles qu’elle a créées, et qui lui ont valu de nombreuses distinctions internationales, dont celles d’Ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO et d’Ambassadrice spéciale de l’ONUSIDA. Si elle résidait sur un autre continent, Chantal Biya aurait probablement déjà reçu le prix Nobel de la paix.
Zita Oligui Nguema : LA SIMPLICITÉ EN ACTION (GABON)
Bien souvent, il suffit de très peu de choses pour changer durablement la vie des autres. Non pas, d’ailleurs, à cause de la valeur de l’acte posé, mais en raison de sa signification profonde, qui transforme ceux qui reçoivent et perçoivent intimement cet acte de générosité. Zita Oligui Nguema, la Première Dame du Gabon, a ainsi posé des actes hautement symboliques dont la portée a ensuite été presque incommensurable.
En mai, alors qu’elle était en visite à Koulamoutou (chef-lieu de la province de l’Ogooué-Lolo et du département de Lolo-Bouenguidi), elle a été particulièrement touchée par les difficiles conditions des femmes les plus pauvres de la région, qui se rendent chaque jour au marché pour espérer y écouler leurs récoltes de produits agricoles et d’autres marchandises achetées et revendues à faible prix, avec des marges bénéficiaires trop faibles pour améliorer leurs dures conditions de travail. Très rapidement, l’épouse du chef de l’État gabonais a décidé de leur offrir un cadeau simple et directement utile, auquel personne, avant elle, n’avait jamais pensé : elle a fait don de 200 tables et de 200 parasols à ces commerçantes courageuses, souvent mères de famille, dont le travail permet non seulement à des milliers de familles de vivre, mais illustre aussi, de façon pédagogique, la résilience nécessaire dans la quête de dignité même lorsque l’État n’a pas les moyens d’offrir le cadre de travail adéquat aux citoyens.
Acte banal ? Pas du tout. La pertinence et l’efficacité de la décision de Zita Oligui Nguema ont changé la vie de ces femmes, qui lui en sont éternellement reconnaissantes — comme le sont, d’ailleurs, bien d’autres de ses compatriotes. Quelques semaines plus tôt, un mouvement nommé Mbela Bâ Kasse (« appel des femmes » en langue nzebi) avait réuni des femmes de tout le pays au Palais des sports. Ces dernières lui avaient offert une simple Bible en signe de reconnaissance.
La Première Dame gabonaise a activement participé cette année à la récolte des bananes à la plantation de Libongui, symbole de la promotion du développement rural. L’année dernière, elle a mis sur pied la Fondation Ma Bannière, dédiée à l’autonomisation des jeunes et des femmes. Ses réalisations incluent la création d’un centre de réinsertion sociale à Akanda, d’une clinique multidisciplinaire, la fourniture de kits d’accouchement aux hôpitaux publics, ainsi que des actions contre les violences faites aux femmes et en faveur des soins maternels. Il y a quelques mois, lors de la première édition des Olympiades de l’Éducation nationale au Palais des sports de Libreville, elle a remis des bourses d’études et des ordinateurs à vingt jeunes filles brillantes issues de milieux modestes, dans le cadre du programme Educating Linda, soutenu par sa fondation et la Fondation Merck.
Une Première Dame pas comme les autres : Zita Oligui Nguema se distingue aussi par son profil inhabituel. Titulaire d’une maîtrise en biologie végétale obtenue dans l’une des meilleures universités marocaines (Meknès-Fès), elle a également obtenu un diplôme d’études supérieures en douanes au Centre de formation douanière de Casablanca. Cette ancienne inspectrice principale des douanes est aujourd’hui le visage de la simplicité, de la compassion et de la solidarité au Gabon.
Dominique Ouattara : AVOCATE DES INVISIBLES (CÔTE D’IVOIRE)
Son engagement social est bien connu en tant que Première Dame de Côte d’Ivoire, de même que ses nombreuses actions de femme d’affaires visionnaire, préoccupée par les questions de responsabilité sociale des entreprises. Mais les livres d’histoire retiendront aussi d’elle une initiative qui a totalement changé la vie de millions de ses compatriotes et inspiré des gouvernements dans le monde entier. En 2018, interpellée par une série de statistiques effrayantes, elle a décidé d’agir : selon l’UNICEF, les naissances de près de 230 millions d’enfants de moins de cinq ans — environ un tiers du total mondial — n’ont jamais été inscrites sur un registre officiel dans leur pays. Ils n’ont donc pas d’acte de naissance. L’Asie compte 59 % de ces enfants non recensés et l’Afrique subsaharienne 37 %. Tous ces enfants grandissent « invisibles », même dans leur propre pays.
Dominique Nouvian Ouattara a mis sur pied une petite équipe de recherche qui lui a permis de se faire une opinion sur la gravité de la situation. Elle a ainsi noté que les enfants nés dans les zones rurales, souvent éloignées des centres administratifs, sont moins susceptibles d’être inscrits que ceux qui vivent dans les villes. Le revenu est un autre facteur : les enfants nés dans les 20 % de ménages les plus pauvres sont beaucoup plus enclins à passer à travers les mailles de la bureaucratie. Les enfants des familles appartenant à des minorités ethniques ou des familles de réfugiés ont encore moins de chances de figurer dans un registre d’état civil.
Les principales raisons de non-inscription sont connues. De nombreux parents, soit par manque d’éducation, soit par ignorance des procédures officielles, se contentent de rituels, de cérémonies, ou même des « actes » délivrés par certaines maternités. Les crises politiques, les guerres et les déplacements internes aggravent le problème : les parents qui fuient pour se mettre en sécurité avec leurs enfants ne se soucient généralement pas de les enregistrer correctement. Les conséquences peuvent toutefois être graves. Les enfants non enregistrés naissent, vivent et meurent dans l’anonymat. Leur existence physique et juridique étant inconnue des autorités nationales, ils sont souvent condamnés à vivre en marge de la société.
« Les enfants qui n’ont pas de certificat de naissance ne peuvent pas prouver leur âge, leur filiation ni leur identité, ni obtenir des documents officiels comme un passeport », explique la Première Dame ivoirienne. « Ils ont des difficultés extrêmes à accéder à des services de base comme la santé, l’éducation et l’aide sociale. Les enfants non enregistrés sont aussi souvent parmi les premiers à subir la discrimination et les mauvais traitements. Parce que leur âge ne peut pas être prouvé, ils deviennent souvent victimes du travail des enfants ou de la traite et, pour les filles, du mariage forcé. » Sous son impulsion, la Côte d’Ivoire a institué des audiences de tribunaux mobiles, qui se déplacent à travers le pays et permettent aux personnes non enregistrées de recevoir un certificat de naissance. Elle a également lancé un grand projet, en collaboration avec les ministres de l’Intérieur et de la Justice, qui permet à tout enfant entrant en sixième d’obtenir un certificat de scolarité, lui garantissant ainsi la délivrance d’un acte de naissance.
Antoinette Sassou-Nguesso : ÉLOGE DE LA FIDÉLITÉ (CONGO)
Peu de femmes au monde peuvent se targuer d’avoir été plusieurs fois Premières Dames de leur pays. Bien avant l’Américaine Melania Trump, il y a eu Antoinette Sassou-Nguesso. Cette ancienne institutrice a été Première Dame du Congo à deux reprises : d’abord de 1979 à 1992, durant le premier mandat de Denis Sassou- Nguesso, puis de nouveau à partir du 31 août 1997, à l’occasion du retour de son époux à la présidence de la République. Mais cette native de Brazzaville, qui a partagé son enfance entre Pointe-Noire et la capitale de son pays, et qui a fait ses études secondaires au collège des filles de Mouyondzi et à l’École normale d’institutrices de la même ville, doit son destin personnel à bien d’autres facteurs que le choix de son mari : la discrétion, l’humilité, le respect des autres sans considération des classes et statuts sociaux, ainsi qu’un degré de patience et de tolérance qui frappe tous ceux qui la connaissent.
Son engagement auprès de son époux, Denis Sassou- Nguesso, va bien au-delà du rôle traditionnel d’une Première Dame. Elle est une partenaire politique discrète mais stratégique, qui l’a accompagné dans les moments clés de son ascension, de la consolidation de son pouvoir et de ses retours au sommet de l’État. Mais c’est surtout sa fidélité à sa propre vision de la société qui fait d’Antoinette Sassou-Nguesso une femme d’influence. Malgré son statut de Première Dame, elle a, par exemple, toujours maintenu une relation solide avec ses anciennes camarades de l’École normale de Mouyondzi, dont elle est d’ailleurs la présidente d’honneur. En 2022, elle est revenue sur ces lieux pour participer à la réhabilitation de l’école où elle avait décroché son premier diplôme, il y a près de soixante ans !
Entre 1992 et 1997, période où Denis Sassou-Nguesso était écarté du pouvoir, Antoinette jouait un rôle diplomatique informel et mobilisateur auprès des soutiens potentiels de son époux et des réseaux de la société civile. Elle recevait régulièrement à son domicile des délégations féminines, des leaders d’associations et des anciens combattants. Elle a ainsi contribué à maintenir une image sociale positive de leur couple durant une période marquée par les divisions politiques et les tensions ethniques. Antoinette Sassou-Nguesso incarne une figure à la fois enracinée dans l’éducation et engagée sur les fronts social et humanitaire. Son parcours témoigne d’un attachement à ses origines, d’un engagement constant envers les populations vulnérables, ainsi que d’un rôle de leader influente aux niveaux national et continental.
Ellen Johnson Sirleaf, L’EFFRONTÉE GÉNIALE (LIBERIA)
Mariée à 17 ans, Ellen Eugenia Johnson Sirleaf a subi des violences conjugales, dont une gifle publique et des menaces de mort qui l’ont convaincue de divorcer assez rapidement. Ayant effectué des études secondaires au College of West Africa à Monrovia, elle a ensuite poursuivi ses études aux États-Unis, obtenant une licence à l’Université du Colorado à Boulder et un master en administration publique à Harvard en 1971. De retour au Liberia, elle est nommée secrétaire d’État aux Finances (1972–1978), puis ministre des Finances en 1979– 1980 sous le président William Tolbert. Mais les choses tournent à nouveau mal lorsque le sergent Samuel Doe prend le pouvoir par un coup d’État en 1980. Elle est emprisonnée à deux reprises — échappant de peu à une exécution — et finit par s’exiler de nouveau.
Cet exil lui est salutaire : durant cette période (1980–1997), elle travaille pour la Banque mondiale, Citibank, le PNUD et d’autres institutions financières, acquérant une solide réputation de technocrate. À son retour au Liberia, après le départ du président Charles Taylor en 2003, elle préside la Commission sur la bonne gouvernance, qui prépare alors la tenue d’élections démocratiques dans le pays. Nul n’est surpris lorsqu’elle devient la première femme élue démocratiquement à la tête d’un État africain, prenant ses fonctions en janvier 2006. Quelle entrée fracassante dans les livres d’histoire d’Afrique et du monde !
Durant ses deux mandats (2006–2018), elle mène des réformes majeures : annulation de la dette nationale (près de 5 milliards de dollars), mise en place de l’éducation primaire
gratuite, promotion des femmes à des postes clés et transition pacifique du pouvoir en 2018. Distinction suprême : elle reçoit le prix Nobel de la paix en 2011 pour son action en faveur de la paix et des droits des femmes. Après avoir quitté la présidence en 2018, Ellen Johnson Sirleaf fonde le Ellen Johnson Sirleaf Presidential Center for Women and Development (EJS Center), organisation dédiée à la valorisation du leadership féminin en Afrique.
Leymah Gbowee, LA FORCE DE L’INTUITION ET DU COURAGE (LIBERIA)
Peut-on faire peur à un assassin et conjurer le mal en se déshabillant ? C’est l’une des très nombreuses intuitions géniales qui, des décennies plus tard, ont valu à la libérienne Leymah Gbowee le prix Nobel de la paix. Elle n’a que dix-sept ans lorsque la première guerre civile éclate dans son pays, le Liberia, en 1989. Elle dit avoir alors été transformée « d’enfant en adulte en quelques heures ».
Adolescente, Leymah Roberta Gbowee doit non seulement faire face à la guerre, mais aussi devenir
chef de famille : elle prend soin de sa mère traumatisée, de ses neveux, de ses nièces et de près de vingt personnes réfugiées à leur domicile. Son destin est ainsi tracé : elle sera travailleuse sociale et militante pour la paix.
Durant cette période, elle se forme comme conseillère en traumatologie auprès d’anciens enfants soldats. Elle devient membre fondatrice et coordinatrice libérienne du Women in Peacebuilding Network (WIPNET). En 2002, elle organise le mouvement interreligieux Women of Liberia Mass Action for Peace, réunissant des femmes chrétiennes et musulmanes dans des actions non violentes déterminantes pour mettre fin à la guerre civile. Son action pacifique inclut des pray-ins — prières en commun pour demander la paix — réunissant chaque jour des personnes de toutes origines dans un marché de Monrovia.
En 2003, lors des pourparlers de paix sur le Liberia, organisés à Accra (Ghana), Leymah Gbowee mène une délégation de femmes qui forme une véritable barrière humaine autour de la salle de réunion. Quand la tension monte, elle menace symboliquement de se déshabiller — un geste censé porter malheur à ceux qui la regarderaient —, empêchant les négociateurs de fuir sans accord. Quelques semaines plus tard, l’accord de paix est signé.
En 2011, elle partage le prix Nobel de la paix avec Ellen Johnson Sirleaf et Tawakkul Karman, pour leur action non violente en faveur de la sécurité et des droits des femmes. Elle fonde ensuite la Gbowee Peace Foundation Africa (GPFA), organisation de promotion du leadership féminin et de la paix, et cofonde WIPSEN-Africa, réseau panafricain pour la paix et la sécurité.
Judith Yah Sunday, L’AUTORITÉ DU ROSE (CAMEROUN)
Certains de ses collaborateurs redoutent son autorité ferme et discrète, autorité qu’elle n’hésite jamais à exercer. D’autres apprécient son humour, même lorsqu’ils en sont les cibles privilégiées. Judith Yah Sunday, la première femme nommée directrice générale de Cameroon Telecommunications (CAMTEL, opérateur public national) en 2018, s’en amuse, surtout lorsqu’elle repense à ses années comme directrice de département dans cette entreprise dominée par des experts et des techniciens aux qualifications pointues, souvent uniquement des hommes : « Lors de mes réunions, j’étais la seule femme dans la salle, vêtue d’une robe rose ou violette, raconte-t-elle. Ils me regardaient et disaient : « C’est notre chef. Comment ça se fait ? ». Habituellement, la directrice était assise en bout de table, mais j’avais décidé de ne pas m’y asseoir ; je m’étais installée sur un siège au milieu de la table. Je leur ai toujours dit que ce n’était pas la place qui me conférait la position… Où que je sois assise, c’était moi la directrice. Et ils souriaient tous ».
Judith Yah Sunday, veuve de l’ancien Premier ministre camerounais Simon Achidi Achu—est l’une des figures les plus marquantes du paysage télécoms et industriel camerounais contemporain. Elle n’a eu aucun mal à s’affirmer comme une cadre indépendante dont le succès et l’influence ne doivent strictement rien à la carrière politique son mari (décédé en 2021). Son parcours académique et sa trajectoire professionnelle combinent rigueur technique, sens de la gouvernance et volonté de fer sur les grandes questions sociales (notamment son engagement en faveur de l’égalité des genres).
Cette native de Loum (région du Littoral) a suivi des études supérieures au Canada où elle a obtenu en 1991 une licence en sciences économiques à l’Université du Québec à Montréal.
De retour au pays, elle a renforcé son cursus universitaire avec un diplôme d’études supérieures spécialisé en banque et finance à l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC) en 1995, puis par un doctorat à l’Université de Yaoundé II en 2015 — un parcours académique qui lui a donné une base analytique solide et une crédibilité pour assumer les fonctions de haut niveau.
Wided Bouchamaoui : LA FORCE INTÉRIEURE (TUNISIE)
Il n’est pas indispensable de naître dans la pauvreté pour vouloir changer le monde. Les personnes d’origine aisée aussi ont de la compassion et prennent parfois tous les risques pour améliorer les choses, cela même lorsqu’elles bénéficient d’un statut social privilégié. Wided Bouchamaoui, co-lauréate du prix Nobel de la paix 2015, est née dans une famille d’affaires prospère en Tunisie.
Cette visionnaire, dont la vie et la carrière illustrent la force du dialogue et d’un leadership fondé sur des principes éthiques, aurait pu se contenter de jouir de son bonheur : l’héritage entrepreneurial de la famille remonte à son grand-père, Ahmed, qui a fondé une entreprise de génie civil au début du XXe siècle. Son père, Hédi Bouchamaoui, a repris une partie de l’entreprise et l’a transformée en Hédi Bouchamaoui & Sons, un groupe diversifié spécialisé dans le pétrole, le textile, le BTP et d’autres industries.
Son parcours exceptionnel, de l’entreprise familiale tunisienne à la reconnaissance mondiale, prouve que le pragmatisme en affaires, l’acuité politique et un engagement inébranlable au sein de nobles institutions de la société civile peuvent constituer des leviers efficaces de résolution des conflits et de renforcement d’une transition démocratique. En tant que présidente de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA) et cofondatrice du Quartet du dialogue national tunisien, elle a transformé le rôle de la communauté d’affaires tunisienne : naguère perçue comme bénéficiaire de l’ancien régime autocratique du président Ben Ali, celle-ci est désormais vue comme l’architecte centrale d’un nouvel ordre démocratique.
L’influence de son père a été un facteur déterminant dans la formation de son caractère et de son développement personnel. Le plus marquant dans son récit est l’égalité de traitement que son père (un musulman très pieux) accordait à ses enfants : « Il nous a éduqués de la même manière, les garçons et les filles », confie-t-elle. Ce traitement égalitaire a nourri en elle un sentiment de capacité inné, lui permettant d’affirmer plus tard qu’elle ne s’est jamais sentie moindre que les hommes.
Netumbo Nandi-Ndaitwah : UNE ÉCONOMIE DE LA FOI (NAMIBIE)
« Les derniers seront les premiers ». Cette phrase de Jésus dans la Bible, que la célèbre chanteuse Céline Dion a choisi pour titre d’une de ses chansons les plus connues, s’applique à Netumbo Nandi-Ndaitwah, femme très pieuse, présidente de la République de Namibie et deuxième Africaine jamais élue directement chef d’État.
Ses amis s’y réfèrent pour la taquiner, en lui rappelant qu’elle n’était que la neuvième d’une famille de treize enfants, et qu’elle est pourtant la première personne de ce groupe à graver son nom dans l’histoire du pays… À cela, elle pourrait cependant répondre qu’il lui aura fallu attendre l’âge de soixante-douze ans pour devenir chef de l’État, alors qu’à seulement vingt et un ans, elle s’était déjà engagée dans la lutte politique clandestine, servant comme représentante de l’Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (SWAPO, mouvement de libération) en exil en Zambie et en Tanzanie. Elle poursuit un cursus en relations internationales et en diplomatie et suit aussi une formation politique dans une école du Komsomol soviétique…
De retour après l’indépendance de la Namibie en 1990, elle entre à l’Assemblée nationale et occupe ensuite plusieurs portefeuilles ministériels clés : Femmes et Enfance, Information, Environnement et Tourisme, puis Affaires étrangères (2012–2024). Nommée vice-Première ministre en 2015, elle devient vice- présidente de la République en février 2024, la première femme à ce poste. Investie le 21 mars 2025, son gouvernement, annoncé le 22 mars, est réduit et atteint une quasi-parité femmes- hommes : sept femmes ministres sur quinze postes, dont la vice-
présidence confiée à Lucia Witbooi, une autre femme. Elle ouvre ainsi une nouvelle ère symbolique pour la Namibie, qui s’impose comme pays leader dans la promotion de l’égalité de genre.
Samia Hassan : UNE MAIN DE FER DANS UN GANT DE VELOURS (TANZANIE)
Comment une femme musulmane qui parle peu et souvent à voix basse, originaire de Zanzibar — la région semi-autonome du pays —, est-elle devenue la première femme chef d’État de la République unie de Tanzanie, en mars 2021 ? Il y a eu, certes, les hasards de l’histoire, mais surtout l’éclat de son brio politique et de son intelligence. Vice-présidente de 2015 à 2021 sous le président John Magufuli, elle a accédé à la tête de l’État à la suite du décès brutal de celui-ci.
Après ses études secondaires, elle a travaillé comme simple employée de bureau, tout en suivant des cours à temps partiel pour continuer à se former. Devenue agente de développement au sein du gouvernement régional de Zanzibar en 1988, elle gère un projet du Programme alimentaire mondial dans les années 1990, ce qui lui confère de l’expérience et de nouveaux liens professionnels. Elle renforce ensuite son profil universitaire en obtenant un diplôme de troisième cycle à l’Université de Manchester et un master en développement économique communautaire via un programme conjoint de l’Open University of Tanzania et de la Southern New Hampshire University (SNHU). Avec un curriculum vitæ ainsi nettement amélioré, elle intègre le gouvernement semi-autonome de Zanzibar en tant que ministre de 2000 à 2010.
En 2014, Samia Suluhu Hassan est élue vice-présidente de l’Assemblée constituante, l’organisme chargé de rédiger la nouvelle Constitution du pays. Ce rôle la place au cœur des débats politiques nationaux et des processus de négociation entre les grandes forces politiques. L’année suivante, en 2015, elle est choisie comme colistière par John Magufuli, candidat à la présidence du parti au pouvoir, le Chama Cha Mapinduzi (CCM).
Prendre le pouvoir ne suffit pas ; il faut aussi pouvoir l’exercer ! La présidence de « Mama Samia », comme l’appellent affectueusement ses compatriotes, s’est révélée un exercice d’équilibre délicat : il lui a fallu se positionner en réformatrice et établir son autorité sur le CCM. Cette capacité à se frayer un chemin dans les champs souvent minés du politique — et à y survivre — lui a permis de revendiquer l’héritage de son prédécesseur tout en apportant sa touche personnelle à la fonction et en accélérant la modernisation de la Tanzanie.
Jane Naana Opoku-Agyemang : UNIVERSITAIRE ET POLITIQUE (GHANA)
Qui a dit que les universitaires étaient de médiocres personnalités politiques ? Les parents de Jane Naana Opoku-Agyemang voulaient qu’elle fasse des études poussées pour devenir une femme autonome et ne jamais dépendre d’un homme, même si elle en épousait un. La jeune fille qu’elle était les a écoutés religieusement. Élève des prestigieuses écoles Wesley Girls’ High School, Anglican Girls’ Secondary School (Koforidua) et Aburi Presby Girls’ School, elle y a fait un parcours sans faute, ce qui l’a conduite aux universités de Cape Coast (au Ghana, son pays), de Dakar (Sénégal) et de York (Canada).
De retour au pays, elle a rejoint naturellement l’Université de Cape Coast (UCC) et y a occupé successivement les postes de cheffe du département d’anglais, doyenne de la faculté des arts, doyenne des études supérieures et fondatrice de l’École des études supérieures et de la recherche. Elle est surtout devenue la première femme vice-chancelière d’une université publique au Ghana (2008–2012). En tant que vice-chancelière, elle a transformé l’université en un véritable modèle d’autonomie institutionnelle — en lançant des initiatives telles que la production locale d’eau potable et de produits d’entretien, la transformation de la ferme de l’université pour approvisionner la communauté, la reprise d’une imprimerie universitaire en maison d’édition, et même la fabrication des toges de remise des diplômes pour renforcer l’identité institutionnelle.
Jane Naana Opoku-Agyemang est parvenue à la conclusion que ceux qui détiennent les leviers des politiques publiques ont bien plus de pouvoir de transformation de la société. C’est pourquoi elle a accepté avec enthousiasme l’invitation du président John Mahama à servir, pendant près de quatre ans, comme ministre de l’Éducation. Au gouvernement, elle a défendu la politique d’inclusion scolaire : supprimé les « écoles sous les arbres » et fourni des manuels scolaires et des uniformes gratuits. Normal, donc, que cette femme qui affiche fièrement son héritage ghanéen à travers ses tenues — souvent en tissu Kente ou à motifs traditionnels — ait été désignée en 2020, pour la première fois, comme candidate à la vice-présidence de la République, et qu’elle ait finalement accédé à cette fonction en 2024. Elle est bien consciente que l’Afrique entière la regarde.
Judith Suminwa Tuluka : UNE TECHNOCRATE AU CONGO (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)
Ce n’était pas un poisson d’avril : le 1er avril de l’année dernière a marqué un moment historique pour la République démocratique du Congo (RDC) avec la nomination de Judith Suminwa Tuluka au poste de Première ministre, faisant d’elle la première femme de l’histoire du pays à occuper cette fonction éminente depuis l’indépendance.
Les actions et le parcours de cette dernière ne sont pas ceux d’une femme politique conventionnelle, mais plutôt ceux d’une technocrate rigoureuse et pragmatique. Économiste de formation, cette ancienne de Citibank en RDC a travaillé aussi pour des agences du système des Nations unies, notamment au sein du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), où elle a acquis une solide compréhension des programmes de développement et du suivi budgétaire.
La nomination de Judith Suminwa Tuluka a été largement saluée comme un symbole puissant d’espoir et de progrès pour les femmes congolaises. Perçue comme une réponse aux demandes de représentation féminine, son arrivée à la tête du gouvernement est vue comme une victoire pour l’égalité des sexes et un catalyseur de changement social. Le fait qu’elle soit la première femme à occuper ce poste est une source d’inspiration pour de nombreuses Congolaises, qui voient en elle la preuve que la résilience et la détermination peuvent briser les barrières de genre.
Avant la Primature, Judith Suminwa Tuluka a exercé les fonctions de coordinatrice adjointe du Conseil présidentiel de veille stratégique (CPVS), un service spécialisé de la présidence de la République. Cette position lui a permis de maîtriser les grands dossiers de développement du pays, y compris le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T), et de se familiariser avec les questions de sécurité, complexes dans la région des Grands Lacs. Nommée ministre d’État, ministre du Plan en 2023, elle a coché toutes les cases pour apparaître comme la cheffe du gouvernement dont la RDC avait besoin.
Robinah Nabbanja : ÉLOGE DU DÉNUEMENT (OUGANDA)
Certaines personnes dissimulent leurs origines lorsqu’elles accèdent à des fonctions de haute visibilité et de pouvoir. Elles ont honte de leur passé. Elles réinventent alors leur biographie pour se donner une importance et un lustre plus dignes de ce qu’elles présentent comme leur parcours. La Première ministre ougandaise, Robinah Nabbanja, ne fait pas partie de cette catégorie de personnes complexées. Au contraire, elle assume, avec fierté son passé et son histoire personnelle, qui lui garantissent un ancrage dans les réalités profondes de son pays. Elle souligne avec sérénité son origine paysanne. Enfant, elle se rendait à l’école à pied, souvent sans chaussures. Un oncle prévenant lui en avait ensuite acheté une paire pour lui permettre d’intégrer une école réputée. Après avoir obtenu une licence en sciences politiques et un master en évaluation de projets, elle a commencé sa carrière professionnelle comme enseignante. Sa trajectoire prend un tournant décisif lorsqu’elle est nommée ministre d’État à la Santé en 2019, puis cheffe du gouvernement en 2021. Elle entre dans l’histoire en devenant la première femme à occuper ce poste depuis l’indépendance du pays, en 1962. Outre ses fonctions de cheffe du gouvernement, Robinah Nabbanja s’illustre sur la scène mondiale comme porte-parole de solutions concrètes aux grands enjeux environnementaux, en plaidant notamment, à la COP28, pour une large mobilisation des financements en faveur des énergies durables en Afrique.
Thérèse Wagner : LA FORCE DU DROIT (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)
Elle aime les grandes tenues africaines en tissu pagne qui lui donnent un air encore plus majestueux. Ses adversaires affirment qu’elle est toujours la personne la mieux préparée dans chaque réunion à laquelle elle participe. Elle représente une nouvelle génération de leaders congolais dont le parcours est un mélange unique de l’expérience humanitaire, du service public international et du secteur privé.
Sa carrière a débuté en 2009 à l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ) à Kigali, au Rwanda, avant qu’elle ne rejoigne l’organisation humanitaire Oxfam à Goma, en RDC, en 2011. C’est là, dans un contexte de crise avec le groupe rebelle M23, qu’elle a pris en charge un programme de protection des civils, se familiarisant avec les réalités du conflit et de l’aide humanitaire sur le terrain. En 2014, elle a intégré les Nations unies, travaillant au sein de missions de maintien de la paix, notamment à la MONUSCO en RDC et à la MINUSCA en République centrafricaine. Avant sa nomination au gouvernement, elle était directrice des programmes pour l’Afrique subsaharienne chez Meta, responsable de la préparation aux crises et aux élections. C’est cette expérience polyvalente et son expertise en matière de sécurité et de résolution des conflits qui l’ont menée à sa nomination en tant que ministre des Affaires étrangères de la RDC en juin 2024.
Dans ses interventions publiques, elle ne compte jamais sur la rhétorique (bien qu’elle soit une excellente oratrice). Elle préfère s’en référer aux instruments dont la communauté internationale s’est dotée pour maintenir la paix et la sécurité. Elle affirme alors que sa voix « n’est pas seulement celle de la diplomate, ni celle du citoyen congolais et des organisations de la société civile », mais qu’elle est « le résultat des instruments que la communauté internationale s’est donnés ».
Saara Kuugongelwa-Amadhila : L’ART DE LA PUGNACITÉ (NAMIBIE)
Le parcours de Saara Kuugongelwa-Amadhila est en effet celui d’une combattante de la liberté devenue figure de proue de la haute finance et de la politique namibienne. Elle a rejoint le mouvement de libération de la Namibie, la SWAPO, à l’âge de treize ans, vivant en exil en Sierra Leone et en Angola. Après ses études secondaires, elle a fréquenté Lincoln University (Pennsylvanie), aux États-Unis, où elle a obtenu un master en économie financière.
À son retour en Namibie, en 1995, le président Sam Nujoma la nomme directrice générale de la Commission nationale de planification à seulement vingt-sept ans, un poste de rang ministériel. Cette nomination précoce, plutôt qu’une victoire électorale, marque son entrée en politique. En 2003, elle est promue ministre des Finances, un poste qu’elle occupe pendant douze ans, supervisant la gestion économique du pays. Son engagement et sa compétence technique sont reconnus par une nomination au poste de Première ministre en 2015, faisant d’elle la première femme à occuper cette fonction en Namibie.
La philosophie de leadership de Saara Kuugongelwa-Amadhila est fondamentalement technocratique, axée sur la discipline budgétaire et la stabilité économique. En tant que ministre des Finances, ses réalisations les plus notables ne sont pas des programmes sociaux grandioses, mais la mise en œuvre de la « discipline fiscale » et la réalisation des premiers excédents budgétaires de l’histoire du pays, entre 2005 et 2008. Ces décisions lui ont permis d’utiliser la politique fiscale pour résister à la tempête de la crise financière mondiale. Cette approche ne lui a pas valu que des amis, mais elle estime que les femmes doivent être aussi pugnaces que les hommes lorsqu’elles s’engagent en politique, et ne pas hésiter à donner des coups…
Louise Mushikiwabo : LA DIPLOMATE (RWANDA)
Originaire de Kigali, elle a émigré aux États-Unis en 1986 pour y poursuivre ses études et y a vécu pendant plus de vingt ans. Durant cette période, elle a travaillé comme traductrice, puis a occupé des postes de direction à la Banque africaine de développement, où elle a finalement pris la tête du département de la communication. En 2006, elle a coécrit un livre intitulé Rwanda Means the Universe, une autobiographie qui mêle son histoire personnelle à celle du génocide rwandais, œuvre qui l’a positionnée comme l’une des intellectuelles rwandaises capables d’articuler une réflexion profonde, percutante et poignante sur l’histoire de son pays.
En 2008, le président Paul Kagame l’a rappelée pour occuper le poste de ministre de l’Information. Son retour a marqué le début d’une carrière fulgurante au service de l’État rwandais, où elle a ensuite occupé le poste de ministre des Affaires étrangères pendant près de dix ans. Ceux qui ont alors travaillé avec elle affirment qu’il ne faut pas se fier à son air fragile et à son sourire constant, car elle n’hésite jamais à prendre les décisions les plus difficiles — qu’elle explique ensuite sur le ton d’une conversation intime…
Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) depuis 2019, Louise Mushikiwabo ambitionne de transformer cette institution, souvent perçue comme un reliquat postcolonial, en un outil moderne et pertinent au service du développement, de la paix, de la démocratie et des droits de l’homme, avec une attention particulière à l’inclusion des jeunes et à l’éducation des filles. Et peu importe, d’ailleurs, que son propre pays ait délaissé le français pour adopter l’anglais comme langue nationale en 2003…
Kemi Badenoch : EMPÊCHEUSE DE TOURNER EN ROND (ROYAUME-UNI)
Elle est aujourd’hui l’une des deux personnes susceptibles de devenir la prochaine Première ministre du Royaume-Uni. Qui l’eût cru ? Ce qu’a réussi à faire Kemi Badenoch en s’imposant comme cheffe du Parti conservateur britannique restera longtemps dans les livres d’histoire des grandes transformations politiques du XXIe siècle.
Son parcours est un témoignage du « rêve britannique » qu’elle s’est donné pour mission de défendre. Née Olukemi Olufunto Adegoke, elle est d’origine nigériane et a passé son enfance entre les États-Unis et Lagos avant de revenir au Royaume-Uni à seize ans. Elle a étudié l’informatique à l’Université du Sussex, puis le droit à Birkbeck (University of London), et a travaillé dans l’informatique et la finance avant d’entrer en politique. Après un passage dans le secteur financier en tant que directrice adjointe chez Coutts, puis comme directrice du département numérique de la revue The Spectator, elle a décidé de se lancer en politique. Elle a rejoint le Parti conservateur en 2005 et a été élue à l’Assemblée de Londres, où elle s’est imposée comme porte-parole sur l’économie et les transports.
Sa détermination et son pragmatisme ont été récompensés par son élection comme députée de la circonscription de Saffron Walden en 2017. Elle a occupé plusieurs postes ministériels au sein du gouvernement conservateur, notamment en tant que ministre du Commerce international et ministre des Femmes et des Égalités. Elle a été élue à la tête du Parti conservateur en novembre 2024. Elle se définit comme une « patriote britannique » et admire des figures comme Winston Churchill et Margaret Thatcher. Elle a affirmé ne plus s’identifier comme Nigériane, une déclaration qui a provoqué un tollé dans la diaspora nigériane, qui l’a accusée de « dédain pour son héritage ».
Graça Machel : ICÔNE DE LA DIGNITÉ HUMAINE (MOZAMBIQUE/AFRIQUE DU SUD)
Elle est aujourd’hui la seule femme au monde dont les deux époux successifs ont été à la fois les libérateurs de leur pays de l’occupation coloniale et sont devenus chefs d’État, et qui a servi comme ministre de l’Éducation dans son pays d’origine (Mozambique) à l’âge de vingt- neuf ans.
C’est désormais une icône dont le parcours de vie transcende les frontières nationales et les fonctions officielles. Son histoire est celle d’une combattante de la liberté, d’une ministre et d’une militante infatigable pour les droits de l’homme. Après avoir rejoint le Front de libération du Mozambique (FRELIMO) en 1973 en tant qu’enseignante, elle est devenue la première ministre de l’Éducation et de la Culture du Mozambique indépendant, fonction qu’elle a occupée de 1975 à 1989. Son bilan dans ce poste particulièrement difficile fut impressionnant : elle y a supervisé une augmentation spectaculaire du taux de scolarisation, passé de 40 % à plus de 90 % pour les garçons et à 75 % pour les filles.
Sa conviction : le « vrai leadership est enraciné dans le courage moral, et non dans l’ego ». Son travail le plus emblématique reste le « rapport Machel », document novateur qu’elle a commandé aux Nations unies sur l’impact des conflits armés sur les enfants. Ce rapport a établi un nouvel agenda pour la protection des enfants en temps de guerre, transformant les
politiques et les pratiques des gouvernements et des agences de l’ONU.
En 2007, elle a cofondé le groupe « The Elders » (souvent traduit par « Les Anciens »), une organisation de leaders mondiaux qui utilisent leur influence collective pour « rassembler les gens, amplifier la voix des sans-voix et catalyser l’action ».
Amina J. Mohammed : L’ART DU CONSENSUS (NIGERIA)
Seuls les chefs d’État et les membres des gouvernements le savent véritablement : depuis une quinzaine d’années, Amina J. Mohammed est sans doute la personnalité la plus puissante au sein de l’Organisation des Nations unies (ONU). Même si le grand public connaît surtout le secrétaire général, c’est elle, en tant que numéro deux, qui fait tourner la machine au quotidien.
Née à Liverpool d’un père nigérian et d’une mère britannique, Amina J. Mohammed est une diplomate et femme politique qui a consacré sa carrière au développement durable et à la réforme des politiques publiques. Son parcours est marqué par une transition fluide entre le secteur privé, la société civile et les plus hautes sphères gouvernementales et internationales. Elle a commencé en travaillant pour des cabinets d’architectes et d’ingénieurs au Nigeria avant de fonder, en 1991, son propre groupement, Afri-Projects Consortium. De 2002 à 2005, elle a coordonné la Task Force sur le genre et l’éducation du Projet du Millénaire de l’ONU.
Ministre nigériane de l’Environnement de 2015 à 2017, elle a dirigé les efforts du pays en matière de climat et de protection des ressources naturelles. Sa capacité à traduire des objectifs globaux en actions nationales l’a menée à servir comme conseillère spéciale auprès de trois présidents nigérians successifs sur la réduction de la pauvreté et les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Cette expertise a préparé le terrain pour son rôle crucial de conseillère spéciale auprès du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, où elle a été l’une des actrices majeures de l’élaboration de l’Agenda de développement post-2015, aboutissant aux Objectifs de développement durable (ODD).
Son style de leadership est collaboratif, axé sur les solutions et fondé sur une diplomatie du consensus. Il se caractérise par sa capacité à naviguer dans les complexités des institutions multilatérales et à forger des partenariats entre des acteurs aux intérêts divergents.
Ngozi Okonjo-Iweala : L’EXIGENCE DE RÉSULTATS (NIGERIA)
Quelle que soit la saison, et quel que soit le statut de son interlocuteur, Ngozi Okonjo- Iweala porte toujours une tenue africaine traditionnelle, avec foulard assorti. C’est sa « signature » la plus connue.
Économiste de renommée mondiale, dont le parcours est un exemple de résilience et de brio stratégique, elle est issue d’une famille royale du sud-est du Nigeria. Elle a quitté son pays pour les États-Unis en 1973, où elle a étudié à l’Université Harvard, puis au Massachusetts Institute of Technology (MIT), où elle a obtenu un doctorat en économie régionale et du développement.
Sa carrière a débuté à la Banque mondiale, où elle a travaillé pendant vingt-cinq ans, gravissant les échelons jusqu’à devenir directrice générale des opérations, le numéro deux de l’institution.
C’est au Nigeria qu’elle a véritablement marqué l’histoire en devenant la première femme à occuper à deux reprises le poste de ministre des Finances (2003–2006 et 2011–2015), et brièvement celui de ministre des Affaires étrangères en 2006. En tant que ministre des Finances, elle a mis en œuvre des réformes politiques et institutionnelles pour lutter contre la corruption et a mené la campagne qui a abouti à l’annulation de 30 milliards de dollars de dette nigériane par le Club de Paris. Sous sa direction, le Nigeria a procédé à une révision de son produit intérieur brut (PIB), une première en vingt-quatre ans, qui a consacré le pays première économie d’Afrique.
En 2021, elle est devenue la première femme et la première Africaine à diriger l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Sa vision à l’OMC vise l’intégration accrue de l’Afrique dans le commerce mondial, qu’elle perçoit comme un moteur de croissance et de développement.
Mimi Touré : LA DAME DE FER (SENEGAL)
Aminata « Mimi » Touré est une personnalité politique sénégalaise dont le parcours illustre l’engagement en faveur des droits de l’homme, les complexités de la politique nationale et les défis de l’opposition. Avant d’entrer en politique nationale, elle a servi comme fonctionnaire aux Nations unies et militante des droits de l’homme, ce qui a façonné sa vision de la gouvernance. En 2013, elle est nommée Première ministre du Sénégal, un rôle qu’elle n’a occupé que brièvement mais qui a été marqué par ses efforts de lutte contre la corruption.
Sa carrière est jalonnée de moments de rupture et de fidélités politiques. Elle quitte le gouvernement en 2014 après une défaite aux élections municipales dans sa propre circonscription de Dakar. Cet échec met en lumière la fragilité de la coalition au pouvoir. Bien qu’elle ait ensuite été nommée à d’autres postes, notamment présidente du Conseil économique, social et environnemental (CESE), des tensions émergent entre elle et Macky Sall, le chef de l’État.
En 2022, Mimi Touré dirige la coalition au pouvoir lors des élections législatives et remporte la majorité des suffrages. Elle brigue alors la présidence de l’Assemblée nationale, qu’elle estime lui revenir. Le président Macky Sall lui préfère un autre candidat, Amadou Mame Diop. Mais personne ne badine avec Mimi Touré : elle dénonce publiquement ce choix et suggère qu’il repose sur des « liens familiaux ». Elle tente de se présenter à l’élection présidentielle de 2024. Sa candidature est rejetée par le Conseil constitutionnel pour « signatures de parrainage insuffisantes ». Cela ne l’arrête pas : elle prend fait et cause pour l’opposant très populaire Ousmane Sonko, dont l’emprisonnement déclenchera une forte colère sociale et, en fin de compte, la fin du régime de Macky Sall.
Amina Bouayach : LA DIPLOMATIE MILITANTE (MAROC)
Figure majeure de la défense des droits humains au Maroc et sur la scène internationale, elle a un parcours qui combine le militantisme de terrain et la diplomatie institutionnelle. Son engagement remonte aux « années de plomb », période de répression politique dans son pays durant les années 1970 et 1980. Elle a également mené des campagnes nationales, notamment pour l’abolition du mariage des mineur : es. En 2006, elle devient la première femme élue à la tête d’une importante ONG marocaine de défense des droits de l’homme.
Son expertise et sa reconnaissance internationale l’ont menée à la vice-présidence puis au poste de secrétaire générale de la Fédération internationale pour les droits de l’homme (FIDH). En 2016, elle est nommée ambassadrice du Maroc en Suède et en Lettonie, avant d’être désignée par le roi Mohammed VI, en 2018, à la tête du Conseil national des droits de l’homme (CNDH). En 2019, elle lance une campagne nationale, couronnée de succès, pour l’abolition du mariage des mineures. Elle a également œuvré à la défense des victimes de violences sexuelles et de harcèlement. Son style de leadership est souvent qualifié de stratégique : il vise à faire progresser la cause des droits de l’homme en travaillant avec le pouvoir, et non contre lui.
Ancienne ambassadrice du Maroc en Suède et en Lettonie, elle défend une vision consistant à « préserver et transmettre la mémoire » des luttes pour les droits de l’homme afin d’ancrer l’altérité. Son engagement a été reconnu par les Nations unies, qui l’ont choisie, en 2021, comme l’une des cinq femmes leaders mondiales pour les droits de l’homme et l’égalité.
Joyce Aluoch : L’AVOCATE DES ENFANTS (KENYA)
Figure internationale du droit, dont la carrière est dédiée à la justice — plus particulièrement à la défense des droits de l’enfant et de la famille —, Joyce Aluoch a servi plus de vingt ans à la Haute Cour du Kenya avant d’être nommée à la cour d’appel. Elle a fait preuve d’une grande persévérance en plaidant, durant de longues années, pour la création d’une division de la famille au sein de la Haute Cour. Sa proposition a d’abord été refusée, avant d’être finalement acceptée.
Elle croit fermement que le droit est un outil de protection des plus vulnérables. Cette conviction l’a menée à occuper des rôles internationaux de premier plan. Elle a été première présidente du Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant de l’Union africaine, où elle a mené des missions d’enquête en Ouganda pour étudier l’impact de la guerre sur les enfants. Elle a joué un rôle crucial dans les négociations avec le gouvernement soudanais afin qu’il ratifie la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant. En 2009, elle a été élue juge à la Cour pénale internationale (CPI), où elle a siégé pendant neuf ans. En 2015, elle est devenue première vice-présidente de la Cour, au sein d’une présidence entièrement féminine — une première historique.
Lorsqu’elle a appris sa nomination à la CPI, elle a d’abord hésité, estimant que le poste était « trop grand pour elle ». Il a fallu l’insistance des autorités de son pays pour la convaincre d’accepter ce défi. Son travail à la CPI a été salué pour son engagement en faveur de « l’équité, de l’impartialité et de la primauté du droit ».
Après sa retraite en 2018, elle est restée active dans le monde du droit en se reconvertissant dans la médiation et l’arbitrage, prouvant qu’elle demeure une figure infatigable, prête à s’adapter pour poursuivre son œuvre de réformatrice.









