Et Dieu créa la femme africaine
Comment être une femme africaine en 2025 ?
Pour son 100e numéro, Divas répond à cette question par l’exemple. Par les parcours de vie de figures qui inscrivent chacune leur singularité dans les réalités africaines et afro-descendantes. Loin des visions figées et des stéréotypes réducteurs, ce numéro anniversaire célèbre cent femmes d’Afrique et de la diaspora qui, par leur audace, leur résilience et leur sens de la mission, redéfinissent les contours du pouvoir, de l’influence et du leadership au XXIe siècle. Plus qu’un palmarès, ce dossier est une traversée intime de parcours inspirants et engagés, un hommage à la pluralité des identités féminines et à celles qui transforment leur histoire personnelle en force collective.
En décembre 1956, le film de Roger Vadim, Et Dieu créa la femme, avec Brigitte Bardot dans le rôle de « la femme », suscite le scandale. Bardot n’a que vingtdeux ans et exhibe une beauté insolente qui fait d’elle une superstar et un « sex symbol ». Au-delà de son contenu provocateur, Vadim voulait exprimer la liberté de la femme et critiquer les sociétés qui cantonnent les femmes à la procréation et à la soumission au patriartcat.
Une dizaine d’années plus tôt, Simone de Beauvoir avait publié un livre-choc au titre tout aussi remarqué :
Le Deuxième Sexe, devenu depuis lors une référence incontournable pour les féministes de tous pays. Beauvoir y affirmait : « On ne naît pas femme, on le devient. » La philosophe voulait dire par là que la féminité n’est pas une essence naturelle, quelque chose d’inné, mais plutôt une construction sociale.
Autrement dit, on ne vient pas au monde avec un rôle ou une identité « féminine » prédéfinie par la nature.

C’est la société, la culture, l’éducation et les normes sociales qui façonnent ce que l’on attend des femmes, ce que signifie « être une femme », comment une femme doit se comporter, s’habiller, parler, etc. Être femme ne se réduit donc pas simplement à une réalité biologique (avoir un corps de femme), mais résulte d’un processus d’apprentissage et de conditionnement, souvent invisible…

Depuis sa création, le magazine Divas s’est donné pour mission de valoriser les statuts et rôles des femmes africaines et de la diaspora,. Car l’on ne saurait parler de « la femme africaine » comme d’une entité homogène.
Il faut tenir compte des évolutions historiques, des différences philosophiques, de classes, de régions, d’âge, de religion ou de statut marital. Une femme noble au XIXe siècle ne vit pas la même réalité qu’une esclave ou une paysanne. Cette approche intersectionnelle est nécessaire pour comprendre la complexité des vécus féminins sur le continent et au-delà.
Il était donc normal que, pour le centième numéro de notre magazine, nous profitions de la symbolique de la distance parcourue pour rendre un hommage aussi original que possible aux femmes du continent et d’ailleurs. L’objectif du dossier présenté ici est de dresser le portrait d’un groupe diversifié de femmes qui ont façonné le XXIe siècle dans une multitude de domaines : de la politique à l’action sociale, de l’entreprise et de la technologie à la science, du sport aux arts, de la culture aux médias.
Les cent femmes africaines et de la diaspora les plus influentes réunies dans ce numéro parlent au nom des centaines de millions d’autres.
Bien que leurs parcours soient distincts, leurs histoires sont unies par des fils conducteurs puissants et profonds : la résilience face à l’adversité, un sens aigu de la mission qui transcende le gain personnel et un style unique qui redéfinit la nature même du leadership et de l’influence.
Cette collection de très courts portraits va au-delà d’une simple énumération de réalisations, en se concentrant plutôt sur les anecdotes personnelles et les moments fondateurs qui révèlent la raison d’être de leur succès. Le but poursuivi est de comprendre la vision du monde qui pousse une patronne des médias à transformer un traumatisme personnel en mouvement mondial d’empathie, une poète à convertir ses mots en action politique ou une femme d’affaires à utiliser sa plateforme pour l’activisme d’entreprise. Chaque coup de projecteur sur une personnalité sélectionnée se veut un petit voyage narratif, mêlant parfois des faits biographiques et de brèves analyses pour créer un témoignage vivant et authentique de la force d’une vie menée avec conviction.
Naturellement, les critères des choix opérés ont beau être aussi objectifs que possible (niveau d’influence réelle, respect auprès des pairs, force des convictions, honnêteté intellectuelle, degré d’exigence éthique et capacité à inspirer des citoyens à travers les générations), il est clair que tout classement de ce genre comporte une part de subjectivité. Nous l’assumons totalement.
Une lecture rapide des parcours des cent femmes leaders d’Afrique et de la diaspora identifiées dans ce numéro spécial révèle une mutation profonde et fascinante de la nature du pouvoir exercé par elles. À travers leurs courts portraits, on peut décrypter les dynamiques de cette nouvelle garde, dont l’influence s’étend bien au-delà des arènes politiques et économiques traditionnelles, pour toucher les sphères du développement socio-économique, de la justice sociale, de la culture, du sport et de l’innovation. Ces femmes ne se définissent plus uniquement par les titres qu’elles portent, mais par leur capacité à catalyser le changement, à naviguer dans des environnements complexes et à redéfinir les paramètres mêmes du leadership.
Plusieurs thèmes transversaux émergent de ce panorama, tissant un récit commun de résilience et de créativité. Nombre de ces femmes africaines et de la diaspora, qu’elles appartiennent aux mondes politique et des affaires ou qu’elles soient issues de l’activisme, de la culture ou du sport, ont ancré leur action dans une approche pragmatique et technocratique, cherchant à résoudre des problèmes concrets plutôt qu’à s’enfermer dans des dogmes idéologiques. Elles ont su transformer des expériences nationales, souvent marquées par le conflit ou la pauvreté, en missions à portée globale, utilisant fréquemment les plateformes internationales pour amplifier leur message.
Cette liste des cent femmes d’Afrique et de la diaspora les plus influentes indique clairement une transformation majeure du paysage du leadership féminin.
Ces femmes ne se contentent plus d'occuper des postes de pouvoir : elles les redéfinissent.
Un autre fil conducteur est la gestion de l’identité, à la fois source de force et de controverse, et la manière dont elles ont su naviguer parmi les critiques, qu’elles soient fondées ou non.
Enfin, le dossier proposé par Divas met en évidence l’utilisation du soft power — à travers la communication, le style personnel ou la mobilisation de la société civile — comme un outil de leadership puissant et distinctif.

Les expériences de ces cent femmes soulignent des défis persistants : le poids d’être la « première », la persistance des stéréotypes, et la pression médiatique et politique intense. Elles ont toutefois utilisé ces défis comme des catalyseurs pour affirmer leurs convictions et renforcer leur détermination. Leurs histoires, riches en anecdotes et en enseignements, constituent un modèle pour les générations futures de leaders. Leur héritage ne se limite cependant pas aux postes qu’elles ont occupés : il réside dans les systèmes qu’elles ont transformés, les lois qu’elles ont fait adopter et, pour des personnalités du calibre de Chantal Biya, les millions de personnes qu’elles ont inspirées. Leur influence ne dépend donc pas seulement de la fonction, mais du courage moral et de la capacité à élever les autres, prouvant que la vision d’une personne, soutenue par une action incessante, peut véritablement ébranler les nations.
Leurs parcours singuliers, leurs visions distinctes et leurs styles variés nous obligent à repenser nos cadres d’analyse du pouvoir. Leurs succès et leurs défis montrent que le leadership féminin est une force complexe, multidimensionnelle, qui ne peut être réduite à un seul stéréotype. Il est le fruit d’une alchimie entre l’expertise technique, la résilience face à l’adversité, la gestion stratégique de l’identité et la capacité à utiliser des outils non conventionnels.
Pour les futures générations et les organisations désireuses d’intégrer davantage de femmes dans leurs instances dirigeantes, la principale leçon à tirer est de valoriser la diversité des parcours et des styles.
Le pouvoir ne réside pas uniquement dans un titre sur une carte de visite, mais dans l’impact — qu’il soit le résultat de la discipline technocratique, de la mobilisation de la base ou de l’audace de transformer la controverse en levier d’influence. La voie a été tracée, et l’émergence de ces cent personnalités marque le début d’un nouveau chapitre, où le pouvoir est à la fois plus nuancé, plus accessible et plus ancré dans la réalité de ceux qu’il sert.

+LEADERS POLITIQUES ET PIONNIÈRES
Chantal Biya : la Première Dame du peuple

Rien ne prédisposait Chantal Biya à accéder au rôle de Première Dame…
C’est pourtant ce qu’elle devint en 1994 en épousant Paul Biya, le président de la République du Cameroun. Simple et issue d’un milieu modeste, elle a su rester proche du peuple. Elle consacre l’essentiel de son temps et de son énergie à des œuvres caritatives au bénéfice des femmes, des enfants et des personnes vulnérables. Mais, au fil des années, elle a aussi marqué sa fonction de son extraordinaire personnalité, devenant une icône internationale, connue pour porter des tenues chatoyantes et marcher deux pas derrière son époux.

C’est une tâche monumentale que d’être la Première Dame dans un pays dont le chef de l’État est au pouvoir depuis quarante-trois ans, ayant été régulièrement élu et réélu par ses compatriotes et s’étant imposé sur la scène internationale comme l’un des géants du monde contemporain.
Dans un tel contexte, il y a toujours quelques voix au sein d’une opposition aigrie et déboussolée pour colporter des ragots de toutes sortes au sujet d’une femme pourtant largement perçue comme étant la « mère de la nation ».
Les critiques artificielles ambitionnent de ternir l’image de la Première Dame et de la pousser à réagir publiquement, à publier des démentis à toutes les allégations fantaisistes énoncées à son sujet, et donc à tomber dans le piège de la politique politicienne. Car cela déclencherait alors un échange d’accusations et d’invectives gratuites, mettant surtout la famille présidentielle sur la sellette — objectif ultime de ces diffuseurs de fausses nouvelles…
Chantal Biya n’a pas eu besoin d’étudier la science politique pour comprendre et éviter ces jeux pervers et brutaux de la vie publique. Depuis qu’elle a accédé au rôle de Première Dame du Cameroun en 1994, elle a toujours considéré sa mission comme un service public bénévole, visant à soutenir les couches les plus vulnérables de la population — les femmes, les enfants et les citoyens des zones défavorisées. Elle n’a donc jamais consacré le moindre temps à l’agitation stérile et puérile de la politique. Elle ne s’est jamais laissé distraire par les allégations et propos outrageants diffusés ici et là sur les réseaux sociaux à son égard ou au sujet de sa famille.
Son époux l’avait prévenue avant même leur union. Le président Paul Biya lui avait rappelé la célèbre phrase du général prussien Carl von Clausewitz selon laquelle « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Le chef de l’État lui avait expliqué que la formule de von Clausewitz se traduit, dans le langage moderne, par des mots plus effrayants encore : « La politique, c’est la guerre par d’autres moyens. »
PAR SON MARIAGE AVEC PAUL BIYA, CHANTAL VIGOUROUX EST DEVENUE PREMIÈRE DAME DU CAMEROUN SANS POURTANT Y AVOIR ÉTÉ PRÉPARÉE…



Paul Biya, avait donc recommandé à son épouse de ne jamais prendre personnellement les accusations arbitraires et les critiques sans fondement dont elle serait l’objet, simplement à cause de sa proximité avec lui. « Au Cameroun, comme ailleurs dans le monde, les hommes politiques ont tendance à verser dans les amalgames et à faire feu de tout bois lorsqu’ils veulent attaquer un adversaire. Ils n’hésitent pas à recourir à des procédés calomnieux, dans l’espoir de le pousser à l’énervement et à la faute. »
En réalité, Chantal Biya n’avait pas besoin de cette préparation psychologique. Ayant grandi dans un Cameroun parfois violent, elle connaissait déjà bien ses compatriotes. Elle savait aussi que la vie publique n’est pas une sinécure, et que, lorsque l’on se retrouve en permanence sous les feux des projecteurs, il est presque inévitable de susciter fantasmes et jalousies…
Mieux : elle connaissait son propre tempérament, fait d’une exigence constante d’écoute et d’ouverture, même lorsque les opinions d’autrui sont désagréables. Elle ne s’offusque donc jamais de l’adversité.
L’admiration qu’elle suscite révèle une femme d’une complexité fascinante, dont le parcours et le style sont intimement liés à une mission d’humanisation du pouvoir et de soutien aux plus vulnérables. Elle a su transformer une position protocolaire en une plate-forme d’action et une personnalité flamboyante en un langage de pouvoir et d’espoir.
Aujourd’hui, Chantal Biya, l’une des Premières Dames les plus reconnaissables au monde, est une figure publique dont le portrait est indissociable de son style audacieux et de sa personnalité pétillante, qui s’accommode d’un rôle d’influence informelle. Elle a su rester la compagne du président Paul Biya tout en se forgeant une identité unique qui la distingue sur la scène internationale.

CHANTAL BIYA EST DEVENUE UNE DES PREMIÈRES DAMES LES PLUS RECONNAISSABLES AU MONDE…

Partout où elle apparaît, elle capte l’attention, souvent sans même avoir à parler. Loin des codes vestimentaires traditionnels des Premières dames, Chantal Biya allie la haute couture africaine et occidentale, mariant le goût des tissus africains aux motifs et aux couleurs vibrantes. Elle ne s’offusque pas que la presse se focalise parfois sur ses choix esthétiques audacieux et ses tenues qui ont fait sensation lors de certains sommets internationaux : elle utilise la mode comme un outil de soft power (« puissance douce » ou « pouvoir de convaincre sans recourir à la force ») au service du Cameroun et de l’Afrique, encourageant silencieusement le public à s’intéresser au travail des stylistes et créateurs africains.
PARTOUT OÙ ELLE APPARAÎT, ELLE CAPTE L’ATTENTION, SOUVENT SANS MÊME AVOIR À PARLER.
Chantal Biya peut se montrer enthousiaste et même exubérante lorsque les circonstances le justifient. En famille ou entre amis proches, elle exprime calmement ses opinions, ses passions et ses rêves. En revanche, elle se montre plus réservée en public, par déférence envers la fonction qu’occupe son époux, le président Paul Biya, et par respect des usages institutionnels de son pays. Elle sait que la Première Dame n’a pas de fonction élective, et que ses opinions personnelles sur les politiques publiques relèvent exclusivement de la sphère privée. Cela dit, il lui arrive de communier avec des foules de femmes et d’enfants, de danser avec eux pour leur transmettre la joie et le bonheur intérieurs qui l’habitent.

DEPUIS PLUS DE TROIS DÉCENNIES, ELLE NE CESSE DE CAPTIVER, D’INSPIRER ET DE SÉDUIRE L’OPINION PUBLIQUE. ELLE EST À LA FOIS UNE ICÔNE DE MODE AUDACIEUSE ET UNE MILITANTE DÉVOUÉE DES CAUSES SOCIALES.
Au-delà de son image publique, le cœur de l’action de Chantal Biya réside dans son engagement profond pour les causes sociales, en particulier celles des femmes et des enfants. Cette mission, qui lui vaut le surnom affectueux de « Première Dame du peuple », s’articule principalement autour de deux organisations majeures : la Fondation Chantal Biya (FCB), qu’elle a créée en 1994, et le Cercle des Amis du Cameroun (CERAC), fondé en 1995. Le bilan de ces structures est impressionnant et reflète directement le dévouement de l’épouse du chef de l’État camerounais.


La FCB a pour objectif de soulager les souffrances humaines, en se concentrant sur la santé, l’éducation et l’assistance aux mères et aux enfants. Elle a notamment établi le Centre Mère et Enfant à Yaoundé, un établissement de plusieurs centaines de lits offrant chaque année des consultations à des dizaines de milliers de femmes et d’enfants. Ce centre est également reconnu comme un établissement pilote d’oncologie pédiatrique, traitant avec succès plus de deux cents enfants et affichant un taux de rémission supérieur à 90 %.
D’autres initiatives, comme le Centre hospitalier de recherche et d’application en chirurgie endoscopique et reproduction humaine (CHRACERH) et la création de l’école maternelle Les Coccinelles du Palais de l’Unité, qu’elle suit personnellement, témoignent de son approche pragmatique et de son souci du bien-être des jeunes générations.






LE CHRACERH TÉMOIGNE DU SOUCI QUE CHANTAL BIYA A DU BIEN-ÊTRE DES JEUNES GÉNÉRATIONS.
En 2002, lors du lancement de l’association Synergies Africaines, qu’elle venait de fonder avec d’autres Premières Dames d’Afrique, expliquant publiquement les motivations de ce projet, Chantal Biya avait déclaré : « La cause du sida est une cause humanitaire et l’engagement contre le sida est une exigence universelle.»
Puis elle avait développé son propos :
« Ce n’est malheureusement pas tout. En dehors du VIH/sida, les populations africaines font face à d’autres endémies qui causent autant de ravages. On ne compte plus les victimes provoquées chaque année par la méningite, la tuberculose et le tétanos, surtout parmi les couches les plus vulnérables de nos populations, que sont les femmes et les enfants. À cela s’ajoutent la mortalité maternelle et néonatale, la malnutrition, les violences faites aux femmes et aux enfants. Dans ce tableau, on ne saurait oublier le paludisme. Ce mal insidieux, dû à la piqûre du célèbre Plasmodium falciparum, fait encore des millions de morts en zone tropicale. C’est un ennemi qui mérite une attention particulière et active. Par ailleurs, les nombreux conflits qui déchirent notre continent, entraînant des pertes massives en vies humaines, des déplacements de populations et des orphelins, aggravent le sous-développement. »

La Première Dame camerounaise avait ensuite expliqué que les pouvoirs publics déploient des efforts appréciables pour trouver des solutions à ces problèmes. Elle leur avait rendu un vibrant hommage, ainsi qu’au personnel médical qui a la lourde tâche d’être en permanence au chevet des malades. Elle avait également noté que, dans le domaine de la lutte contre le sida, l’action du gouvernement camerounais, à travers le Comité national de lutte contre le sida, a porté ces dernières années sur une politique d’information, de prévention et de soins, pour casser la courbe de l’épidémie. Et de souligner que l’accent a été notamment mis sur des campagnes intenses de sensibilisation et d’éducation ; la création de centres de traitement de l’infection à VIH ; la baisse très sensible du coût des médicaments antirétroviraux ; et le renforcement de la sécurité de la transfusion sanguine.


« Toutefois, avait observé Chantal Biya, en raison des moyens limités dont disposent nos pays, les efforts fournis sont encore insuffisants devant l’ampleur des besoins. Vous comprendrez donc la nécessité d’une très large mobilisation des bonnes volontés, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du continent, pour renforcer cette action. Il est clair que nous devons agir. Il est indispensable d’agir ensemble, et important d’agir maintenant, aux côtés de nos époux et de nos partenaires, pour soulager les souffrances des malades ; pour dissiper l’angoisse des mères en détresse ; pour préserver l’avenir des orphelins abandonnés ; et pour redonner espoir aux familles éprouvées, qui nous regardent aujourd’hui et attendent de nous assistance, affection et réconfort. De par notre qualité de mères, d’épouses, de sœurs et de leaders, aucune souffrance ne peut nous laisser indifférentes. Aucune ne doit nous être étrangère. Nous sommes toutes concernées, et devons apporter notre appui sans réserve dans cette lutte contre le VIH/sida et les souffrances. C’est cela, mes chères sœurs, le défi maternel que nous devons relever. »
Des paroles touchantes, des mots simples et forts, et une sensibilité qui en disent long sur sa vraie nature : une Première Dame animée essentiellement par la compassion, ce sentiment que l’on éprouve face à la souffrance de ses semblables.


« DE PAR NOTRE QUALITÉ DE MÈRES, D’ÉPOUSES, DE SŒURS ET DE LEADERS, AUCUNE SOUFFRANCE NE PEUT NOUS LAISSER INDIFFÉRENTES. »
Chantal Biya
Chantal Biya a trouvé le moyen de canaliser sa compassion vers des actions sociales positives. Le CERAC est l’un des principaux véhicules qu’elle a créés pour atteindre cet objectif. Association humanitaire, apolitique et à but non lucratif fondée en 1995, elle a été reconnue d’utilité publique en 2007. Ses quelques centaines de membres sont souvent des femmes engagées aux côtés de l’épouse du chef de l’État camerounais dans ses activités caritatives. Elles se recrutent parmi les épouses des membres du gouvernement et autres hautes personnalités, des sénateurs, des députés, ainsi que parmi les épouses des membres du corps diplomatique accrédités au Cameroun. Objectifs du CERAC : encourager l’assistance humanitaire ; améliorer la santé, la solidarité et les conditions de vie des nécessiteux ; renforcer les capacités des femmes et l’éducation des filles. Des dizaines de projets ont ainsi été réalisés dans chacun de ces domaines, et des milliers de bénéficiaires se comptent dans chacune des dix régions du Cameroun, notamment dans les zones les plus enclavées et les plus reculées.


LE CERAC EST UNE ASSOCIATION HUMANITAIRE, FONDÉE EN 1995, POUR AMÉLIORER LA SANTÉ, LA SOLIDARITÉ ET LES CONDITIONS DE VIE DES NÉCESSITEUX…
En choisissant de concentrer l’action du CERAC sur la jeunesse, Chantal Biya soutient activement les priorités de son époux. Pour quasiment tous les leaders politiques de la planète, les références à la jeunesse ne servent qu’à nourrir des slogans. Pas pour Paul Biya, qui croit dur comme fer que l’avenir de son pays dépendra de la nature de l’implication des jeunes dans les affaires politiques, économiques, sociales et culturelles. Lorsqu’il parle de la jeunesse, c’est pour expliquer comment il entend garantir aux jeunes l’égalité des chances. Il insiste cependant sur le fait que, malgré son importance, l’éducation universitaire n’est pas le seul ingrédient dont les jeunes ont besoin. « Nous avons aussi le devoir de les préparer à une bonne insertion dans la vie professionnelle et sociale et de leur apporter un complément de formation morale et civique », affirme le chef de l’État camerounais. « Nous avons besoin pour cela d’une véritable politique nationale de la jeunesse qui définisse les programmes destinés à mettre en œuvre l’acquisition, par les jeunes, des valeurs patriotiques et démocratiques et leur insertion dans les circuits de production. » Le Plan Jeunesse, initié par le chef de l’État et qui a fait l’objet d’une large concertation en 2008, répond à ces objectifs. Il est désormais finalisé et devrait entrer en application dès son approbation par le gouvernement.

L’accompagnement des jeunes est donc l’un des axes majeurs de l’action du CERAC. Des causeries éducatives sur le VIH/sida et les infections sexuellement transmissibles sont organisées dans le cadre du programme « Vacances sans sida », pendant la Fête de la jeunesse et en d’autres circonstances. Du matériel didactique, du mobilier et des équipements sont distribués aux établissements scolaires, en même temps que des fournitures scolaires aux élèves. La construction et l’équipement d’écoles — et leur rétrocession à l’État — ont également lieu. Que ce soit pour l’école publique de Gashiga, celle de Tombel, à Bangourain, Bafia, Mora, Bonamoussadi, Amchilga, Bandjoun, Nkolbisson, Bapi, Bandeng, et dans bien d’autres localités du Cameroun, les membres du CERAC travaillent à redonner vie à des bâtiments tombés en décrépitude, à cause de l’usure du temps et des intempéries.
Autre cible du CERAC : les femmes en zones rurales. L’organisation accompagne l’action du gouvernement à l’égard de ce groupe social. En 2016, les membres du CERAC se sont rendus dans six des dix régions du pays pour remettre des dons aux femmes rurales. Elles ont parcouru des routes impraticables et de longues distances pour parvenir jusqu’aux zones les plus enclavées. Bien plus que des dons, ces outils et autres équipements ont permis à celles qui nourrissent toute une nation, au cœur de leurs campagnes, de retrouver leur amour- propre, de reprendre confiance en elles-mêmes et de croire de nouveau aux opportunités qu’offre l’agriculture.
Le CERAC ne limite pas son action au seul versant « champêtre » de l’accompagnement des femmes rurales. L’autonomie financière de celles-ci est également au centre des préoccupations. Elles bénéficient régulièrement de programmes de formation, comme ce fut le cas dans la Bénoué, la Boumba-et-Ngoko, le Bui, la Lekié, le Lom-et-Djerem, le Moungo, le Mayo-Banyo, le Mayo-Kani, la Mémé, le Ngo-Ketunjia, la Vallée du Ntem et dans des dizaines d’autres départements. Partout à travers le Cameroun, des femmes sont ainsi formées à la transformation et à la conservation de produits comme le manioc, et à d’autres domaines tels que la fabrication et l’utilisation du compost, des engrais et des pesticides. Du matériel agricole (tronçonneuses, égreneuses, moulins, houes, arrosoirs, semences améliorées, pulvérisateurs, produits de conservation des récoltes) leur est remis pour réduire la pénibilité de leur travail, améliorer leur productivité, augmenter les rendements et renforcer leur autonomie. L’élevage n’est pas oublié : des produits tels que des cailles et des moutons ont été offerts aux femmes de Meiganga (Adamaoua), dans le département du Mbéré, pour stimuler leur dynamisme. De quoi leur augurer une certaine indépendance et leur donner les armes nécessaires pour devenir de véritables entrepreneures agricoles.

La compassion de Chantal Biya et des membres du CERAC se manifeste aussi lors des situations d’urgence. L’image est encore fraîche dans les esprits de millions de Camerounais : celle de Chantal Biya, aux côtés de son époux, le président Paul Biya, soutenant les rescapés des inondations ayant frappé le Nord et l’Extrême-Nord en 2012. La même année, le Nord-Ouest et l’Est ont également subi la colère de la nature. Le secours immédiat du CERAC ne s’est pas fait attendre. Présentes auprès des sinistrés, ses membres n’ont pas hésité à apporter le réconfort et à soutenir les personnes déplacées et les sans-abris, en leur offrant une couverture, un matelas ou un vêtement pour se couvrir, du matériel de construction pour se refaire un toit, des denrées alimentaires pour survivre, ainsi que des médicaments. Près de 7 000 victimes de la montée brutale des eaux dans le Nord et l’Extrême-Nord ont été secourues et réconfortées. Les victimes de catastrophes naturelles ou d’accidents sont donc susceptibles de recevoir du soutien.

LE TRAVAIL DE LA PREMIÈRE DAME LUI A VALU DE NOMBREUSES DISTINCTIONS INTERNATIONALES, DONT CELLE D’AMBASSADRICE DE BONNE VOLONTÉ DE L’UNESCO.
On le voit, l’importance du travail abattu par la « Première Dame du peuple » est presque impossible à mesurer. Peu d’institutions officielles et gouvernementales ont autant d’impact que celles qu’elle a créées, et qui lui ont valu de nombreuses distinctions internationales, dont celles d’Ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO et d’Ambassadrice spéciale de l’ONUSIDA. Si elle résidait sur un autre continent, Chantal Biya aurait probablement déjà reçu le prix Nobel de la paix.












