+LEADERS POLITIQUES ET PIONNIÈRES

Zita Oligui Nguema : LA SIMPLICITÉ EN ACTION (GABON)

Bien souvent, il suffit de très peu de choses pour changer durablement la vie des autres. Non pas, d’ailleurs, à cause de la valeur de l’acte posé, mais en raison de sa signification profonde, qui transforme ceux qui reçoivent et perçoivent intimement cet acte de générosité. Zita Oligui Nguema, la Première Dame du Gabon, a ainsi posé des actes hautement symboliques dont la portée a ensuite été presque incommensurable.

Contents
+LEADERS POLITIQUES ET PIONNIÈRESZita Oligui Nguema : LA SIMPLICITÉ EN ACTION (GABON)Dominique Ouattara : AVOCATE DES INVISIBLES (CÔTE D’IVOIRE)Antoinette Sassou-Nguesso : ÉLOGE DE LA FIDÉLITÉ (CONGO)Ellen Johnson Sirleaf, L’EFFRONTÉE GÉNIALE (LIBERIA)Leymah Gbowee, LA FORCE DE L’INTUITION ET DU COURAGE (LIBERIA)Judith Yah Sunday, L’AUTORITÉ DU ROSE (CAMEROUN)Wided Bouchamaoui : LA FORCE INTÉRIEURE (TUNISIE)Netumbo Nandi-Ndaitwah : UNE ÉCONOMIE DE LA FOI (NAMIBIE)Samia Hassan : UNE MAIN DE FER DANS UN GANT DE VELOURS (TANZANIE)Jane Naana Opoku-Agyemang : UNIVERSITAIRE ET POLITIQUE (GHANA)Judith Suminwa Tuluka : UNE TECHNOCRATE AU CONGO (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)Robinah Nabbanja : ÉLOGE DU DÉNUEMENT (OUGANDA)Thérèse Wagner : LA FORCE DU DROIT (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)Saara Kuugongelwa-Amadhila : L’ART DE LA PUGNACITÉ (NAMIBIE)Louise Mushikiwabo : LA DIPLOMATE (RWANDA)Kemi Badenoch : EMPÊCHEUSE DE TOURNER EN ROND (ROYAUME-UNI)Graça Machel : ICÔNE DE LA DIGNITÉ HUMAINE (MOZAMBIQUE/AFRIQUE DU SUD)Amina J. Mohammed : L’ART DU CONSENSUS (NIGERIA)Ngozi Okonjo-Iweala : L’EXIGENCE DE RÉSULTATS (NIGERIA)Mimi Touré : LA DAME DE FER (SENEGAL)Amina Bouayach : LA DIPLOMATIE MILITANTE (MAROC)Joyce Aluoch : L’AVOCATE DES ENFANTS (KENYA)Mariam Chabi Talata : LA VOIX DES FEMMES (BENIN)Victoire Tomegah Dogbe : LE GOÛT DE L’ACTION (TOGO)Retselisitsoe Matlanyane : LES BÉNÉFICES DE L’EXPERTISE (LESOTHO)Michelle Obama : L’APPEL DU DESTIN (ETATS-UNIS)Kamala Harris : L’ART DE BRISER LES BARRIÈRES (ETATS-UNIS)Nkosazana Dlamini-Zuma : UNE VIE DE SERVICE (AFRIQUE DU SUD)Phumzile Mlambo-Ngcuka : LE GOÛT DES GRANDS DÉFIS (AFRIQUE DU SUD)+BUSINESS, FINANCE ET SCIENCESheila Johnson : L’HUMILITÉ CONTAGIEUSE (ETATS-UNIS)Soraya Hakuziyaremye : L’APPEL DU PAYS (RWANDA)Caroline Abel : L’ESPRIT D’ÉQUIPE (SEYCHELLES)Frannie Léautier : LA FORCE DISCRÈTE (TANZANIE)Oprah Winfrey : UN EMPIRE BÂTI SUR L’EMPATHIE (ETATS-UNIS)Folorunsho Alakija : L’ART DE PROVOQUER LA CHANCE (NIGERIA)Isabel dos Santos : LE SUCCÈS ET SES RISQUES (ANGOLA)Soha El-Turky : LA FEMME PRESSÉE (EGYPTE)Salwa Akhannouch : L’ART DE BÂTIR UN EMPIRE (MAROC)Saïda Karim Lamrani : LA GARDIENNE DU TEMPLE (MAROC)Elisabeth Medou : LA PIONNIÈRE DU NUMÉRIQUE (CAMEROUN)Denise Epoté : AU-DESSUS DE LA MÊLÉE (CAMEROUN)Nolitha Fakude : MILITANTE ET FEMME D’AFFAIRES (AFRIQUE DU SUD)Nonkululeko Nyembezi-Heita : LA FEMME D’ACIER (AFRIQUE DU SUD)Iyabo Tinubu-Karch : LA MÉDECINE DE HAUTE PRÉCISION (ETATS-UNIS)Lillian Barnard : GRANDE PRÊTRESSE DU NUMÉRIQUE (AFRIQUE DU SUD)Angela Kyerematen-Jimoh : LE GOÛT DE L’IMPRÉVU (GHANA)Rukayatu Sanusi : FABRICANTE DE TALENTS (NIGERIA)Yvonne Ike : LA BANQUIÈRE INNOCENTE (NIGERIA)Irene Koki Mutungi : LA BRISEUSE DE GLACE (KENYA)Agnes Kalibata : MADAME 50 % (RWANDA)Elizabeth Wathuti : LA MILITANTE DU CLIMAT (KENYA)Kizzmekia Corbett : L’ENNEMIE DES VIRUS (ETATS-UNIS)Francine Ntoumi : LA BIOLOGISTE PRÉFÉRÉE DES « SAPEURS » (RÉPUBLIQUE DU CONGO)

En mai, alors qu’elle était en visite à Koulamoutou (chef-lieu de la province de l’Ogooué-Lolo et du département de Lolo-Bouenguidi), elle a été particulièrement touchée par les difficiles conditions des femmes les plus pauvres de la région, qui se rendent chaque jour au marché pour espérer y écouler leurs récoltes de produits agricoles et d’autres marchandises achetées et revendues à faible prix, avec des marges bénéficiaires trop faibles pour améliorer leurs dures conditions de travail.

Très rapidement, l’épouse du chef de l’État gabonais a décidé de leur offrir un cadeau simple et directement utile, auquel personne, avant elle, n’avait jamais pensé : elle a fait don de 200 tables et de 200 parasols à ces commerçantes courageuses, souvent mères de famille, dont le travail permet non seulement à des milliers de familles de vivre, mais illustre aussi, de façon pédagogique, la résilience nécessaire dans la quête de dignité même lorsque l’État n’a pas les moyens d’offrir le cadre de travail adéquat aux citoyens.

Acte banal ? Pas du tout. La pertinence et l’efficacité de la décision de Zita Oligui Nguema ont changé la vie de ces femmes, qui lui en sont éternellement reconnaissantes — comme le sont, d’ailleurs, bien d’autres de ses compatriotes. Quelques semaines plus tôt, un mouvement nommé Mbela Bâ Kasse (« appel des femmes » en langue nzebi) avait réuni des femmes de tout le pays au Palais des sports. Ces dernières lui avaient offert une simple Bible en signe de reconnaissance.

La Première Dame gabonaise a activement participé cette année à la récolte des bananes à la plantation de Libongui, symbole de la promotion du développement rural. L’année dernière, elle a mis sur pied la Fondation Ma Bannière, dédiée à l’autonomisation des jeunes et des femmes. Ses réalisations incluent la création d’un centre de réinsertion sociale à Akanda, d’une clinique multidisciplinaire, la fourniture de kits d’accouchement aux hôpitaux publics, ainsi que des actions contre les violences faites aux femmes et en faveur des soins maternels. Il y a quelques mois, lors de la première édition des Olympiades de l’Éducation nationale au Palais des sports de Libreville, elle a remis des bourses d’études et des ordinateurs à vingt jeunes filles brillantes issues de milieux modestes, dans le cadre du programme Educating Linda, soutenu par sa fondation et la Fondation Merck.

Une Première Dame pas comme les autres : Zita Oligui Nguema se distingue aussi par son profil inhabituel. Titulaire d’une maîtrise en biologie végétale obtenue dans l’une des meilleures universités marocaines (Meknès-Fès), elle a également obtenu un diplôme d’études supérieures en douanes au Centre de formation douanière de Casablanca. Cette ancienne inspectrice principale des douanes est aujourd’hui le visage de la simplicité, de la compassion et de la solidarité au Gabon.

Dominique Ouattara : AVOCATE DES INVISIBLES (CÔTE D’IVOIRE)

Son engagement social est bien connu en tant que Première Dame de Côte d’Ivoire, de même que ses nombreuses actions de femme d’affaires visionnaire, préoccupée par les questions de responsabilité sociale des entreprises. Mais les livres d’histoire retiendront aussi d’elle une initiative qui a totalement changé la vie de millions de ses compatriotes et inspiré des gouvernements dans le monde entier. En 2018, interpellée par une série de statistiques effrayantes, elle a décidé d’agir : selon l’UNICEF, les naissances de près de 230 millions d’enfants de moins de cinq ans — environ un tiers du total mondial — n’ont jamais été inscrites sur un registre officiel dans leur pays. Ils n’ont donc pas d’acte de naissance. L’Asie compte 59 % de ces enfants non recensés et l’Afrique subsaharienne 37 %. Tous ces enfants grandissent « invisibles », même dans leur propre pays.

Dominique Nouvian Ouattara a mis sur pied une petite équipe de recherche qui lui a permis de se faire une opinion sur la gravité de la situation. Elle a ainsi noté que les enfants nés dans les zones rurales, souvent éloignées des centres administratifs, sont moins susceptibles d’être inscrits que ceux qui vivent dans les villes. Le revenu est un autre facteur : les enfants nés dans les 20 % de ménages les plus pauvres sont beaucoup plus enclins à passer à travers les mailles de la bureaucratie. Les enfants des familles appartenant à des minorités ethniques ou des familles de réfugiés ont encore moins de chances de figurer dans un registre d’état civil.

Les principales raisons de non-inscription sont connues. De nombreux parents, soit par manque d’éducation, soit par ignorance des procédures officielles, se contentent de rituels, de cérémonies, ou même des « actes » délivrés par certaines maternités. Les crises politiques, les guerres et les déplacements internes aggravent le problème : les parents qui fuient pour se mettre en sécurité avec leurs enfants ne se soucient généralement pas de les enregistrer correctement. Les conséquences peuvent toutefois être graves. Les enfants non enregistrés naissent, vivent et meurent dans l’anonymat. Leur existence physique et juridique étant inconnue des autorités nationales, ils sont souvent condamnés à vivre en marge de la société.

« Les enfants qui n’ont pas de certificat de naissance ne peuvent pas prouver leur âge, leur filiation ni leur identité, ni obtenir des documents officiels comme un passeport », explique la Première Dame ivoirienne. « Ils ont des difficultés extrêmes à accéder à des services de base comme la santé, l’éducation et l’aide sociale. Les enfants non enregistrés sont aussi souvent parmi les premiers à subir la discrimination et les mauvais traitements. Parce que leur âge ne peut pas être prouvé, ils deviennent souvent victimes du travail des enfants ou de la traite et, pour les filles, du mariage forcé. » Sous son impulsion, la Côte d’Ivoire a institué des audiences de tribunaux mobiles, qui se déplacent à travers le pays et permettent aux personnes non enregistrées de recevoir un certificat de naissance. Elle a également lancé un grand projet, en collaboration avec les ministres de l’Intérieur et de la Justice, qui permet à tout enfant entrant en sixième d’obtenir un certificat de scolarité, lui garantissant ainsi la délivrance d’un acte de naissance.

Antoinette Sassou-Nguesso : ÉLOGE DE LA FIDÉLITÉ (CONGO)

Peu de femmes au monde peuvent se targuer d’avoir été plusieurs fois Premières Dames de leur pays. Bien avant l’Américaine Melania Trump, il y a eu Antoinette Sassou-Nguesso. Cette ancienne institutrice a été Première Dame du Congo à deux reprises : d’abord de 1979 à 1992, durant le premier mandat de Denis Sassou- Nguesso, puis de nouveau à partir du 31 août 1997, à l’occasion du retour de son époux à la présidence de la République. Mais cette native de Brazzaville, qui a partagé son enfance entre Pointe-Noire et la capitale de son pays, et qui a fait ses études secondaires au collège des filles de Mouyondzi et à l’École normale d’institutrices de la même ville, doit son destin personnel à bien d’autres facteurs que le choix de son mari : la discrétion, l’humilité, le respect des autres sans considération des classes et statuts sociaux, ainsi qu’un degré de patience et de tolérance qui frappe tous ceux qui la connaissent.

Son engagement auprès de son époux, Denis Sassou- Nguesso, va bien au-delà du rôle traditionnel d’une Première Dame. Elle est une partenaire politique discrète mais stratégique, qui l’a accompagné dans les moments clés de son ascension, de la consolidation de son pouvoir et de ses retours au sommet de l’État. Mais c’est surtout sa fidélité à sa propre vision de la société qui fait d’Antoinette Sassou-Nguesso une femme d’influence. Malgré son statut de Première Dame, elle a, par exemple, toujours maintenu une relation solide avec ses anciennes camarades de l’École normale de Mouyondzi, dont elle est d’ailleurs la présidente d’honneur. En 2022, elle est revenue sur ces lieux pour participer à la réhabilitation de l’école où elle avait décroché son premier diplôme, il y a près de soixante ans !

Entre 1992 et 1997, période où Denis Sassou-Nguesso était écarté du pouvoir, Antoinette jouait un rôle diplomatique informel et mobilisateur auprès des soutiens potentiels de son époux et des réseaux de la société civile. Elle recevait régulièrement à son domicile des délégations féminines, des leaders d’associations et des anciens combattants. Elle a ainsi contribué à maintenir une image sociale positive de leur couple durant une période marquée par les divisions politiques et les tensions ethniques. Antoinette Sassou-Nguesso incarne une figure à la fois enracinée dans l’éducation et engagée sur les fronts social et humanitaire. Son parcours témoigne d’un attachement à ses origines, d’un engagement constant envers les populations vulnérables, ainsi que d’un rôle de leader influente aux niveaux national et continental.

Ellen Johnson Sirleaf, L’EFFRONTÉE GÉNIALE (LIBERIA)

Mariée à 17 ans, Ellen Eugenia Johnson Sirleaf a subi des violences conjugales, dont une gifle publique et des menaces de mort qui l’ont convaincue de divorcer assez rapidement. Ayant effectué des études secondaires au College of West Africa à Monrovia, elle a ensuite poursuivi ses études aux États-Unis, obtenant une licence à l’Université du Colorado à Boulder et un master en administration publique à Harvard en 1971. De retour au Liberia, elle est nommée secrétaire d’État aux Finances (1972–1978), puis ministre des Finances en 1979– 1980 sous le président William Tolbert. Mais les choses tournent à nouveau mal lorsque le sergent Samuel Doe prend le pouvoir par un coup d’État en 1980. Elle est emprisonnée à deux reprises — échappant de peu à une exécution — et finit par s’exiler de nouveau.

Cet exil lui est salutaire : durant cette période (1980–1997), elle travaille pour la Banque mondiale, Citibank, le PNUD et d’autres institutions financières, acquérant une solide réputation de technocrate. À son retour au Liberia, après le départ du président Charles Taylor en 2003, elle préside la Commission sur la bonne gouvernance, qui prépare alors la tenue d’élections démocratiques dans le pays. Nul n’est surpris lorsqu’elle devient la première femme élue démocratiquement à la tête d’un État africain, prenant ses fonctions en janvier 2006. Quelle entrée fracassante dans les livres d’histoire d’Afrique et du monde !
Durant ses deux mandats (2006–2018), elle mène des réformes majeures : annulation de la dette nationale (près de 5 milliards de dollars), mise en place de l’éducation primaire
gratuite, promotion des femmes à des postes clés et transition pacifique du pouvoir en 2018. Distinction suprême : elle reçoit le prix Nobel de la paix en 2011 pour son action en faveur de la paix et des droits des femmes. Après avoir quitté la présidence en 2018, Ellen Johnson Sirleaf fonde le Ellen Johnson Sirleaf Presidential Center for Women and Development (EJS Center), organisation dédiée à la valorisation du leadership féminin en Afrique.

Leymah Gbowee, LA FORCE DE L’INTUITION ET DU COURAGE (LIBERIA)

Peut-on faire peur à un assassin et conjurer le mal en se déshabillant ? C’est l’une des très nombreuses intuitions géniales qui, des décennies plus tard, ont valu à la libérienne Leymah Gbowee le prix Nobel de la paix. Elle n’a que dix-sept ans lorsque la première guerre civile éclate dans son pays, le Liberia, en 1989. Elle dit avoir alors été transformée « d’enfant en adulte en quelques heures ».
Adolescente, Leymah Roberta Gbowee doit non seulement faire face à la guerre, mais aussi devenir
chef de famille : elle prend soin de sa mère traumatisée, de ses neveux, de ses nièces et de près de vingt personnes réfugiées à leur domicile. Son destin est ainsi tracé : elle sera travailleuse sociale et militante pour la paix.

Durant cette période, elle se forme comme conseillère en traumatologie auprès d’anciens enfants soldats. Elle devient membre fondatrice et coordinatrice libérienne du Women in Peacebuilding Network (WIPNET). En 2002, elle organise le mouvement interreligieux Women of Liberia Mass Action for Peace, réunissant des femmes chrétiennes et musulmanes dans des actions non violentes déterminantes pour mettre fin à la guerre civile. Son action pacifique inclut des pray-ins — prières en commun pour demander la paix — réunissant chaque jour des personnes de toutes origines dans un marché de Monrovia.

En 2003, lors des pourparlers de paix sur le Liberia, organisés à Accra (Ghana), Leymah Gbowee mène une délégation de femmes qui forme une véritable barrière humaine autour de la salle de réunion. Quand la tension monte, elle menace symboliquement de se déshabiller — un geste censé porter malheur à ceux qui la regarderaient —, empêchant les négociateurs de fuir sans accord. Quelques semaines plus tard, l’accord de paix est signé.

En 2011, elle partage le prix Nobel de la paix avec Ellen Johnson Sirleaf et Tawakkul Karman, pour leur action non violente en faveur de la sécurité et des droits des femmes. Elle fonde ensuite la Gbowee Peace Foundation Africa (GPFA), organisation de promotion du leadership féminin et de la paix, et cofonde WIPSEN-Africa, réseau panafricain pour la paix et la sécurité.

Judith Yah Sunday, L’AUTORITÉ DU ROSE (CAMEROUN)

Certains de ses collaborateurs redoutent son autorité ferme et discrète, autorité qu’elle n’hésite jamais à exercer. D’autres apprécient son humour, même lorsqu’ils en sont les cibles privilégiées. Judith Yah Sunday, la première femme nommée directrice générale de Cameroon Telecommunications (CAMTEL, opérateur public national) en 2018, s’en amuse, surtout lorsqu’elle repense à ses années comme directrice de département dans cette entreprise dominée par des experts et des techniciens aux qualifications pointues, souvent uniquement des hommes : « Lors de mes réunions, j’étais la seule femme dans la salle, vêtue d’une robe rose ou violette, raconte-t-elle. Ils me regardaient et disaient : « C’est notre chef. Comment ça se fait ? ». Habituellement, la directrice était assise en bout de table, mais j’avais décidé de ne pas m’y asseoir ; je m’étais installée sur un siège au milieu de la table. Je leur ai toujours dit que ce n’était pas la place qui me conférait la position… Où que je sois assise, c’était moi la directrice. Et ils souriaient tous ».

Judith Yah Sunday, veuve de l’ancien Premier ministre camerounais Simon Achidi Achu—est l’une des figures les plus marquantes du paysage télécoms et industriel camerounais contemporain. Elle n’a eu aucun mal à s’affirmer comme une cadre indépendante dont le succès et l’influence ne doivent strictement rien à la carrière politique son mari (décédé en 2021). Son parcours académique et sa trajectoire professionnelle combinent rigueur technique, sens de la gouvernance et volonté de fer sur les grandes questions sociales (notamment son engagement en faveur de l’égalité des genres).

Cette native de Loum (région du Littoral) a suivi des études supérieures au Canada où elle a obtenu en 1991 une licence en sciences économiques à l’Université du Québec à Montréal.

De retour au pays, elle a renforcé son cursus universitaire avec un diplôme d’études supérieures spécialisé en banque et finance à l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC) en 1995, puis par un doctorat à l’Université de Yaoundé II en 2015 — un parcours académique qui lui a donné une base analytique solide et une crédibilité pour assumer les fonctions de haut niveau.

Wided Bouchamaoui : LA FORCE INTÉRIEURE (TUNISIE)

Il n’est pas indispensable de naître dans la pauvreté pour vouloir changer le monde. Les personnes d’origine aisée aussi ont de la compassion et prennent parfois tous les risques pour améliorer les choses, cela même lorsqu’elles bénéficient d’un statut social privilégié. Wided Bouchamaoui, co-lauréate du prix Nobel de la paix 2015, est née dans une famille d’affaires prospère en Tunisie.

Cette visionnaire, dont la vie et la carrière illustrent la force du dialogue et d’un leadership fondé sur des principes éthiques, aurait pu se contenter de jouir de son bonheur : l’héritage entrepreneurial de la famille remonte à son grand-père, Ahmed, qui a fondé une entreprise de génie civil au début du XXe siècle. Son père, Hédi Bouchamaoui, a repris une partie de l’entreprise et l’a transformée en Hédi Bouchamaoui & Sons, un groupe diversifié spécialisé dans le pétrole, le textile, le BTP et d’autres industries.

Son parcours exceptionnel, de l’entreprise familiale tunisienne à la reconnaissance mondiale, prouve que le pragmatisme en affaires, l’acuité politique et un engagement inébranlable au sein de nobles institutions de la société civile peuvent constituer des leviers efficaces de résolution des conflits et de renforcement d’une transition démocratique. En tant que présidente de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA) et cofondatrice du Quartet du dialogue national tunisien, elle a transformé le rôle de la communauté d’affaires tunisienne : naguère perçue comme bénéficiaire de l’ancien régime autocratique du président Ben Ali, celle-ci est désormais vue comme l’architecte centrale d’un nouvel ordre démocratique.

L’influence de son père a été un facteur déterminant dans la formation de son caractère et de son développement personnel. Le plus marquant dans son récit est l’égalité de traitement que son père (un musulman très pieux) accordait à ses enfants : « Il nous a éduqués de la même manière, les garçons et les filles », confie-t-elle. Ce traitement égalitaire a nourri en elle un sentiment de capacité inné, lui permettant d’affirmer plus tard qu’elle ne s’est jamais sentie moindre que les hommes.

Netumbo Nandi-Ndaitwah : UNE ÉCONOMIE DE LA FOI (NAMIBIE)

« Les derniers seront les premiers ». Cette phrase de Jésus dans la Bible, que la célèbre chanteuse Céline Dion a choisi pour titre d’une de ses chansons les plus connues, s’applique à Netumbo Nandi-Ndaitwah, femme très pieuse, présidente de la République de Namibie et deuxième Africaine jamais élue directement chef d’État.

Ses amis s’y réfèrent pour la taquiner, en lui rappelant qu’elle n’était que la neuvième d’une famille de treize enfants, et qu’elle est pourtant la première personne de ce groupe à graver son nom dans l’histoire du pays… À cela, elle pourrait cependant répondre qu’il lui aura fallu attendre l’âge de soixante-douze ans pour devenir chef de l’État, alors qu’à seulement vingt et un ans, elle s’était déjà engagée dans la lutte politique clandestine, servant comme représentante de l’Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (SWAPO, mouvement de libération) en exil en Zambie et en Tanzanie. Elle poursuit un cursus en relations internationales et en diplomatie et suit aussi une formation politique dans une école du Komsomol soviétique…

De retour après l’indépendance de la Namibie en 1990, elle entre à l’Assemblée nationale et occupe ensuite plusieurs portefeuilles ministériels clés : Femmes et Enfance, Information, Environnement et Tourisme, puis Affaires étrangères (2012–2024). Nommée vice-Première ministre en 2015, elle devient vice- présidente de la République en février 2024, la première femme à ce poste. Investie le 21 mars 2025, son gouvernement, annoncé le 22 mars, est réduit et atteint une quasi-parité femmes- hommes : sept femmes ministres sur quinze postes, dont la vice-
présidence confiée à Lucia Witbooi, une autre femme. Elle ouvre ainsi une nouvelle ère symbolique pour la Namibie, qui s’impose comme pays leader dans la promotion de l’égalité de genre.

Samia Hassan : UNE MAIN DE FER DANS UN GANT DE VELOURS (TANZANIE)

Comment une femme musulmane qui parle peu et souvent à voix basse, originaire de Zanzibar — la région semi-autonome du pays —, est-elle devenue la première femme chef d’État de la République unie de Tanzanie, en mars 2021 ? Il y a eu, certes, les hasards de l’histoire, mais surtout l’éclat de son brio politique et de son intelligence. Vice-présidente de 2015 à 2021 sous le président John Magufuli, elle a accédé à la tête de l’État à la suite du décès brutal de celui-ci.

Après ses études secondaires, elle a travaillé comme simple employée de bureau, tout en suivant des cours à temps partiel pour continuer à se former. Devenue agente de développement au sein du gouvernement régional de Zanzibar en 1988, elle gère un projet du Programme alimentaire mondial dans les années 1990, ce qui lui confère de l’expérience et de nouveaux liens professionnels. Elle renforce ensuite son profil universitaire en obtenant un diplôme de troisième cycle à l’Université de Manchester et un master en développement économique communautaire via un programme conjoint de l’Open University of Tanzania et de la Southern New Hampshire University (SNHU). Avec un curriculum vitæ ainsi nettement amélioré, elle intègre le gouvernement semi-autonome de Zanzibar en tant que ministre de 2000 à 2010.

En 2014, Samia Suluhu Hassan est élue vice-présidente de l’Assemblée constituante, l’organisme chargé de rédiger la nouvelle Constitution du pays. Ce rôle la place au cœur des débats politiques nationaux et des processus de négociation entre les grandes forces politiques. L’année suivante, en 2015, elle est choisie comme colistière par John Magufuli, candidat à la présidence du parti au pouvoir, le Chama Cha Mapinduzi (CCM).

Prendre le pouvoir ne suffit pas ; il faut aussi pouvoir l’exercer ! La présidence de « Mama Samia », comme l’appellent affectueusement ses compatriotes, s’est révélée un exercice d’équilibre délicat : il lui a fallu se positionner en réformatrice et établir son autorité sur le CCM. Cette capacité à se frayer un chemin dans les champs souvent minés du politique — et à y survivre — lui a permis de revendiquer l’héritage de son prédécesseur tout en apportant sa touche personnelle à la fonction et en accélérant la modernisation de la Tanzanie.

Jane Naana Opoku-Agyemang : UNIVERSITAIRE ET POLITIQUE (GHANA)

Qui a dit que les universitaires étaient de médiocres personnalités politiques ? Les parents de Jane Naana Opoku-Agyemang voulaient qu’elle fasse des études poussées pour devenir une femme autonome et ne jamais dépendre d’un homme, même si elle en épousait un. La jeune fille qu’elle était les a écoutés religieusement. Élève des prestigieuses écoles Wesley Girls’ High School, Anglican Girls’ Secondary School (Koforidua) et Aburi Presby Girls’ School, elle y a fait un parcours sans faute, ce qui l’a conduite aux universités de Cape Coast (au Ghana, son pays), de Dakar (Sénégal) et de York (Canada).

De retour au pays, elle a rejoint naturellement l’Université de Cape Coast (UCC) et y a occupé successivement les postes de cheffe du département d’anglais, doyenne de la faculté des arts, doyenne des études supérieures et fondatrice de l’École des études supérieures et de la recherche. Elle est surtout devenue la première femme vice-chancelière d’une université publique au Ghana (2008–2012). En tant que vice-chancelière, elle a transformé l’université en un véritable modèle d’autonomie institutionnelle — en lançant des initiatives telles que la production locale d’eau potable et de produits d’entretien, la transformation de la ferme de l’université pour approvisionner la communauté, la reprise d’une imprimerie universitaire en maison d’édition, et même la fabrication des toges de remise des diplômes pour renforcer l’identité institutionnelle.

Jane Naana Opoku-Agyemang est parvenue à la conclusion que ceux qui détiennent les leviers des politiques publiques ont bien plus de pouvoir de transformation de la société. C’est pourquoi elle a accepté avec enthousiasme l’invitation du président John Mahama à servir, pendant près de quatre ans, comme ministre de l’Éducation. Au gouvernement, elle a défendu la politique d’inclusion scolaire : supprimé les « écoles sous les arbres » et fourni des manuels scolaires et des uniformes gratuits. Normal, donc, que cette femme qui affiche fièrement son héritage ghanéen à travers ses tenues — souvent en tissu Kente ou à motifs traditionnels — ait été désignée en 2020, pour la première fois, comme candidate à la vice-présidence de la République, et qu’elle ait finalement accédé à cette fonction en 2024. Elle est bien consciente que l’Afrique entière la regarde.

Judith Suminwa Tuluka : UNE TECHNOCRATE AU CONGO (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

Ce n’était pas un poisson d’avril : le 1er avril de l’année dernière a marqué un moment historique pour la République démocratique du Congo (RDC) avec la nomination de Judith Suminwa Tuluka au poste de Première ministre, faisant d’elle la première femme de l’histoire du pays à occuper cette fonction éminente depuis l’indépendance.

Les actions et le parcours de cette dernière ne sont pas ceux d’une femme politique conventionnelle, mais plutôt ceux d’une technocrate rigoureuse et pragmatique. Économiste de formation, cette ancienne de Citibank en RDC a travaillé aussi pour des agences du système des Nations unies, notamment au sein du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), où elle a acquis une solide compréhension des programmes de développement et du suivi budgétaire.

La nomination de Judith Suminwa Tuluka a été largement saluée comme un symbole puissant d’espoir et de progrès pour les femmes congolaises. Perçue comme une réponse aux demandes de représentation féminine, son arrivée à la tête du gouvernement est vue comme une victoire pour l’égalité des sexes et un catalyseur de changement social. Le fait qu’elle soit la première femme à occuper ce poste est une source d’inspiration pour de nombreuses Congolaises, qui voient en elle la preuve que la résilience et la détermination peuvent briser les barrières de genre.

Avant la Primature, Judith Suminwa Tuluka a exercé les fonctions de coordinatrice adjointe du Conseil présidentiel de veille stratégique (CPVS), un service spécialisé de la présidence de la République. Cette position lui a permis de maîtriser les grands dossiers de développement du pays, y compris le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T), et de se familiariser avec les questions de sécurité, complexes dans la région des Grands Lacs. Nommée ministre d’État, ministre du Plan en 2023, elle a coché toutes les cases pour apparaître comme la cheffe du gouvernement dont la RDC avait besoin.

Robinah Nabbanja : ÉLOGE DU DÉNUEMENT (OUGANDA)

Certaines personnes dissimulent leurs origines lorsqu’elles accèdent à des fonctions de haute visibilité et de pouvoir. Elles ont honte de leur passé. Elles réinventent alors leur biographie pour se donner une importance et un lustre plus dignes de ce qu’elles présentent comme leur parcours. La Première ministre ougandaise, Robinah Nabbanja, ne fait pas partie de cette catégorie de personnes complexées. Au contraire, elle assume, avec fierté son passé et son histoire personnelle, qui lui garantissent un ancrage dans les réalités profondes de son pays. Elle souligne avec sérénité son origine paysanne. Enfant, elle se rendait à l’école à pied, souvent sans chaussures. Un oncle prévenant lui en avait ensuite acheté une paire pour lui permettre d’intégrer une école réputée. Après avoir obtenu une licence en sciences politiques et un master en évaluation de projets, elle a commencé sa carrière professionnelle comme enseignante. Sa trajectoire prend un tournant décisif lorsqu’elle est nommée ministre d’État à la Santé en 2019, puis cheffe du gouvernement en 2021. Elle entre dans l’histoire en devenant la première femme à occuper ce poste depuis l’indépendance du pays, en 1962. Outre ses fonctions de cheffe du gouvernement, Robinah Nabbanja s’illustre sur la scène mondiale comme porte-parole de solutions concrètes aux grands enjeux environnementaux, en plaidant notamment, à la COP28, pour une large mobilisation des financements en faveur des énergies durables en Afrique.

Thérèse Wagner : LA FORCE DU DROIT (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

Elle aime les grandes tenues africaines en tissu pagne qui lui donnent un air encore plus majestueux. Ses adversaires affirment qu’elle est toujours la personne la mieux préparée dans chaque réunion à laquelle elle participe. Elle représente une nouvelle génération de leaders congolais dont le parcours est un mélange unique de l’expérience humanitaire, du service public international et du secteur privé.

Sa carrière a débuté en 2009 à l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ) à Kigali, au Rwanda, avant qu’elle ne rejoigne l’organisation humanitaire Oxfam à Goma, en RDC, en 2011. C’est là, dans un contexte de crise avec le groupe rebelle M23, qu’elle a pris en charge un programme de protection des civils, se familiarisant avec les réalités du conflit et de l’aide humanitaire sur le terrain. En 2014, elle a intégré les Nations unies, travaillant au sein de missions de maintien de la paix, notamment à la MONUSCO en RDC et à la MINUSCA en République centrafricaine. Avant sa nomination au gouvernement, elle était directrice des programmes pour l’Afrique subsaharienne chez Meta, responsable de la préparation aux crises et aux élections. C’est cette expérience polyvalente et son expertise en matière de sécurité et de résolution des conflits qui l’ont menée à sa nomination en tant que ministre des Affaires étrangères de la RDC en juin 2024.

Dans ses interventions publiques, elle ne compte jamais sur la rhétorique (bien qu’elle soit une excellente oratrice). Elle préfère s’en référer aux instruments dont la communauté internationale s’est dotée pour maintenir la paix et la sécurité. Elle affirme alors que sa voix « n’est pas seulement celle de la diplomate, ni celle du citoyen congolais et des organisations de la société civile », mais qu’elle est « le résultat des instruments que la communauté internationale s’est donnés ».

Saara Kuugongelwa-Amadhila : L’ART DE LA PUGNACITÉ (NAMIBIE)

Le parcours de Saara Kuugongelwa-Amadhila est en effet celui d’une combattante de la liberté devenue figure de proue de la haute finance et de la politique namibienne. Elle a rejoint le mouvement de libération de la Namibie, la SWAPO, à l’âge de treize ans, vivant en exil en Sierra Leone et en Angola. Après ses études secondaires, elle a fréquenté Lincoln University (Pennsylvanie), aux États-Unis, où elle a obtenu un master en économie financière.

À son retour en Namibie, en 1995, le président Sam Nujoma la nomme directrice générale de la Commission nationale de planification à seulement vingt-sept ans, un poste de rang ministériel. Cette nomination précoce, plutôt qu’une victoire électorale, marque son entrée en politique. En 2003, elle est promue ministre des Finances, un poste qu’elle occupe pendant douze ans, supervisant la gestion économique du pays. Son engagement et sa compétence technique sont reconnus par une nomination au poste de Première ministre en 2015, faisant d’elle la première femme à occuper cette fonction en Namibie.

La philosophie de leadership de Saara Kuugongelwa-Amadhila est fondamentalement technocratique, axée sur la discipline budgétaire et la stabilité économique. En tant que ministre des Finances, ses réalisations les plus notables ne sont pas des programmes sociaux grandioses, mais la mise en œuvre de la « discipline fiscale » et la réalisation des premiers excédents budgétaires de l’histoire du pays, entre 2005 et 2008. Ces décisions lui ont permis d’utiliser la politique fiscale pour résister à la tempête de la crise financière mondiale. Cette approche ne lui a pas valu que des amis, mais elle estime que les femmes doivent être aussi pugnaces que les hommes lorsqu’elles s’engagent en politique, et ne pas hésiter à donner des coups…

Louise Mushikiwabo : LA DIPLOMATE (RWANDA)

Originaire de Kigali, elle a émigré aux États-Unis en 1986 pour y poursuivre ses études et y a vécu pendant plus de vingt ans. Durant cette période, elle a travaillé comme traductrice, puis a occupé des postes de direction à la Banque africaine de développement, où elle a finalement pris la tête du département de la communication. En 2006, elle a coécrit un livre intitulé Rwanda Means the Universe, une autobiographie qui mêle son histoire personnelle à celle du génocide rwandais, œuvre qui l’a positionnée comme l’une des intellectuelles rwandaises capables d’articuler une réflexion profonde, percutante et poignante sur l’histoire de son pays.

En 2008, le président Paul Kagame l’a rappelée pour occuper le poste de ministre de l’Information. Son retour a marqué le début d’une carrière fulgurante au service de l’État rwandais, où elle a ensuite occupé le poste de ministre des Affaires étrangères pendant près de dix ans. Ceux qui ont alors travaillé avec elle affirment qu’il ne faut pas se fier à son air fragile et à son sourire constant, car elle n’hésite jamais à prendre les décisions les plus difficiles — qu’elle explique ensuite sur le ton d’une conversation intime…

Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) depuis 2019, Louise Mushikiwabo ambitionne de transformer cette institution, souvent perçue comme un reliquat postcolonial, en un outil moderne et pertinent au service du développement, de la paix, de la démocratie et des droits de l’homme, avec une attention particulière à l’inclusion des jeunes et à l’éducation des filles. Et peu importe, d’ailleurs, que son propre pays ait délaissé le français pour adopter l’anglais comme langue nationale en 2003…

Kemi Badenoch : EMPÊCHEUSE DE TOURNER EN ROND (ROYAUME-UNI)

Elle est aujourd’hui l’une des deux personnes susceptibles de devenir la prochaine Première ministre du Royaume-Uni. Qui l’eût cru ? Ce qu’a réussi à faire Kemi Badenoch en s’imposant comme cheffe du Parti conservateur britannique restera longtemps dans les livres d’histoire des grandes transformations politiques du XXIe siècle.

Son parcours est un témoignage du « rêve britannique » qu’elle s’est donné pour mission de défendre. Née Olukemi Olufunto Adegoke, elle est d’origine nigériane et a passé son enfance entre les États-Unis et Lagos avant de revenir au Royaume-Uni à seize ans. Elle a étudié l’informatique à l’Université du Sussex, puis le droit à Birkbeck (University of London), et a travaillé dans l’informatique et la finance avant d’entrer en politique. Après un passage dans le secteur financier en tant que directrice adjointe chez Coutts, puis comme directrice du département numérique de la revue The Spectator, elle a décidé de se lancer en politique. Elle a rejoint le Parti conservateur en 2005 et a été élue à l’Assemblée de Londres, où elle s’est imposée comme porte-parole sur l’économie et les transports.

Sa détermination et son pragmatisme ont été récompensés par son élection comme députée de la circonscription de Saffron Walden en 2017. Elle a occupé plusieurs postes ministériels au sein du gouvernement conservateur, notamment en tant que ministre du Commerce international et ministre des Femmes et des Égalités. Elle a été élue à la tête du Parti conservateur en novembre 2024. Elle se définit comme une « patriote britannique » et admire des figures comme Winston Churchill et Margaret Thatcher. Elle a affirmé ne plus s’identifier comme Nigériane, une déclaration qui a provoqué un tollé dans la diaspora nigériane, qui l’a accusée de « dédain pour son héritage ».

Graça Machel : ICÔNE DE LA DIGNITÉ HUMAINE (MOZAMBIQUE/AFRIQUE DU SUD)

Elle est aujourd’hui la seule femme au monde dont les deux époux successifs ont été à la fois les libérateurs de leur pays de l’occupation coloniale et sont devenus chefs d’État, et qui a servi comme ministre de l’Éducation dans son pays d’origine (Mozambique) à l’âge de vingt- neuf ans.

C’est désormais une icône dont le parcours de vie transcende les frontières nationales et les fonctions officielles. Son histoire est celle d’une combattante de la liberté, d’une ministre et d’une militante infatigable pour les droits de l’homme. Après avoir rejoint le Front de libération du Mozambique (FRELIMO) en 1973 en tant qu’enseignante, elle est devenue la première ministre de l’Éducation et de la Culture du Mozambique indépendant, fonction qu’elle a occupée de 1975 à 1989. Son bilan dans ce poste particulièrement difficile fut impressionnant : elle y a supervisé une augmentation spectaculaire du taux de scolarisation, passé de 40 % à plus de 90 % pour les garçons et à 75 % pour les filles.

Sa conviction : le « vrai leadership est enraciné dans le courage moral, et non dans l’ego ». Son travail le plus emblématique reste le « rapport Machel », document novateur qu’elle a commandé aux Nations unies sur l’impact des conflits armés sur les enfants. Ce rapport a établi un nouvel agenda pour la protection des enfants en temps de guerre, transformant les
politiques et les pratiques des gouvernements et des agences de l’ONU.

En 2007, elle a cofondé le groupe « The Elders » (souvent traduit par « Les Anciens »), une organisation de leaders mondiaux qui utilisent leur influence collective pour « rassembler les gens, amplifier la voix des sans-voix et catalyser l’action ».

Amina J. Mohammed : L’ART DU CONSENSUS (NIGERIA)

Seuls les chefs d’État et les membres des gouvernements le savent véritablement : depuis une quinzaine d’années, Amina J. Mohammed est sans doute la personnalité la plus puissante au sein de l’Organisation des Nations unies (ONU). Même si le grand public connaît surtout le secrétaire général, c’est elle, en tant que numéro deux, qui fait tourner la machine au quotidien.

Née à Liverpool d’un père nigérian et d’une mère britannique, Amina J. Mohammed est une diplomate et femme politique qui a consacré sa carrière au développement durable et à la réforme des politiques publiques. Son parcours est marqué par une transition fluide entre le secteur privé, la société civile et les plus hautes sphères gouvernementales et internationales. Elle a commencé en travaillant pour des cabinets d’architectes et d’ingénieurs au Nigeria avant de fonder, en 1991, son propre groupement, Afri-Projects Consortium. De 2002 à 2005, elle a coordonné la Task Force sur le genre et l’éducation du Projet du Millénaire de l’ONU.

Ministre nigériane de l’Environnement de 2015 à 2017, elle a dirigé les efforts du pays en matière de climat et de protection des ressources naturelles. Sa capacité à traduire des objectifs globaux en actions nationales l’a menée à servir comme conseillère spéciale auprès de trois présidents nigérians successifs sur la réduction de la pauvreté et les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Cette expertise a préparé le terrain pour son rôle crucial de conseillère spéciale auprès du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, où elle a été l’une des actrices majeures de l’élaboration de l’Agenda de développement post-2015, aboutissant aux Objectifs de développement durable (ODD).

Son style de leadership est collaboratif, axé sur les solutions et fondé sur une diplomatie du consensus. Il se caractérise par sa capacité à naviguer dans les complexités des institutions multilatérales et à forger des partenariats entre des acteurs aux intérêts divergents.

Ngozi Okonjo-Iweala : L’EXIGENCE DE RÉSULTATS (NIGERIA)

Quelle que soit la saison, et quel que soit le statut de son interlocuteur, Ngozi Okonjo- Iweala porte toujours une tenue africaine traditionnelle, avec foulard assorti. C’est sa « signature » la plus connue.

Économiste de renommée mondiale, dont le parcours est un exemple de résilience et de brio stratégique, elle est issue d’une famille royale du sud-est du Nigeria. Elle a quitté son pays pour les États-Unis en 1973, où elle a étudié à l’Université Harvard, puis au Massachusetts Institute of Technology (MIT), où elle a obtenu un doctorat en économie régionale et du développement.
Sa carrière a débuté à la Banque mondiale, où elle a travaillé pendant vingt-cinq ans, gravissant les échelons jusqu’à devenir directrice générale des opérations, le numéro deux de l’institution.

C’est au Nigeria qu’elle a véritablement marqué l’histoire en devenant la première femme à occuper à deux reprises le poste de ministre des Finances (2003–2006 et 2011–2015), et brièvement celui de ministre des Affaires étrangères en 2006. En tant que ministre des Finances, elle a mis en œuvre des réformes politiques et institutionnelles pour lutter contre la corruption et a mené la campagne qui a abouti à l’annulation de 30 milliards de dollars de dette nigériane par le Club de Paris. Sous sa direction, le Nigeria a procédé à une révision de son produit intérieur brut (PIB), une première en vingt-quatre ans, qui a consacré le pays première économie d’Afrique.

En 2021, elle est devenue la première femme et la première Africaine à diriger l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Sa vision à l’OMC vise l’intégration accrue de l’Afrique dans le commerce mondial, qu’elle perçoit comme un moteur de croissance et de développement.

Mimi Touré : LA DAME DE FER (SENEGAL)

Aminata « Mimi » Touré est une personnalité politique sénégalaise dont le parcours illustre l’engagement en faveur des droits de l’homme, les complexités de la politique nationale et les défis de l’opposition. Avant d’entrer en politique nationale, elle a servi comme fonctionnaire aux Nations unies et militante des droits de l’homme, ce qui a façonné sa vision de la gouvernance. En 2013, elle est nommée Première ministre du Sénégal, un rôle qu’elle n’a occupé que brièvement mais qui a été marqué par ses efforts de lutte contre la corruption.

Sa carrière est jalonnée de moments de rupture et de fidélités politiques. Elle quitte le gouvernement en 2014 après une défaite aux élections municipales dans sa propre circonscription de Dakar. Cet échec met en lumière la fragilité de la coalition au pouvoir. Bien qu’elle ait ensuite été nommée à d’autres postes, notamment présidente du Conseil économique, social et environnemental (CESE), des tensions émergent entre elle et Macky Sall, le chef de l’État.

En 2022, Mimi Touré dirige la coalition au pouvoir lors des élections législatives et remporte la majorité des suffrages. Elle brigue alors la présidence de l’Assemblée nationale, qu’elle estime lui revenir. Le président Macky Sall lui préfère un autre candidat, Amadou Mame Diop. Mais personne ne badine avec Mimi Touré : elle dénonce publiquement ce choix et suggère qu’il repose sur des « liens familiaux ». Elle tente de se présenter à l’élection présidentielle de 2024. Sa candidature est rejetée par le Conseil constitutionnel pour « signatures de parrainage insuffisantes ». Cela ne l’arrête pas : elle prend fait et cause pour l’opposant très populaire Ousmane Sonko, dont l’emprisonnement déclenchera une forte colère sociale et, en fin de compte, la fin du régime de Macky Sall.

Amina Bouayach : LA DIPLOMATIE MILITANTE (MAROC)

Figure majeure de la défense des droits humains au Maroc et sur la scène internationale, elle a un parcours qui combine le militantisme de terrain et la diplomatie institutionnelle. Son engagement remonte aux « années de plomb », période de répression politique dans son pays durant les années 1970 et 1980. Elle a également mené des campagnes nationales, notamment pour l’abolition du mariage des mineur : es. En 2006, elle devient la première femme élue à la tête d’une importante ONG marocaine de défense des droits de l’homme.

Son expertise et sa reconnaissance internationale l’ont menée à la vice-présidence puis au poste de secrétaire générale de la Fédération internationale pour les droits de l’homme (FIDH). En 2016, elle est nommée ambassadrice du Maroc en Suède et en Lettonie, avant d’être désignée par le roi Mohammed VI, en 2018, à la tête du Conseil national des droits de l’homme (CNDH). En 2019, elle lance une campagne nationale, couronnée de succès, pour l’abolition du mariage des mineures. Elle a également œuvré à la défense des victimes de violences sexuelles et de harcèlement. Son style de leadership est souvent qualifié de stratégique : il vise à faire progresser la cause des droits de l’homme en travaillant avec le pouvoir, et non contre lui.

Ancienne ambassadrice du Maroc en Suède et en Lettonie, elle défend une vision consistant à « préserver et transmettre la mémoire » des luttes pour les droits de l’homme afin d’ancrer l’altérité. Son engagement a été reconnu par les Nations unies, qui l’ont choisie, en 2021, comme l’une des cinq femmes leaders mondiales pour les droits de l’homme et l’égalité.

Joyce Aluoch : L’AVOCATE DES ENFANTS (KENYA)

Figure internationale du droit, dont la carrière est dédiée à la justice — plus particulièrement à la défense des droits de l’enfant et de la famille —, Joyce Aluoch a servi plus de vingt ans à la Haute Cour du Kenya avant d’être nommée à la cour d’appel. Elle a fait preuve d’une grande persévérance en plaidant, durant de longues années, pour la création d’une division de la famille au sein de la Haute Cour. Sa proposition a d’abord été refusée, avant d’être finalement acceptée.

Elle croit fermement que le droit est un outil de protection des plus vulnérables. Cette conviction l’a menée à occuper des rôles internationaux de premier plan. Elle a été première présidente du Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant de l’Union africaine, où elle a mené des missions d’enquête en Ouganda pour étudier l’impact de la guerre sur les enfants. Elle a joué un rôle crucial dans les négociations avec le gouvernement soudanais afin qu’il ratifie la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant. En 2009, elle a été élue juge à la Cour pénale internationale (CPI), où elle a siégé pendant neuf ans. En 2015, elle est devenue première vice-présidente de la Cour, au sein d’une présidence entièrement féminine — une première historique.

Lorsqu’elle a appris sa nomination à la CPI, elle a d’abord hésité, estimant que le poste était « trop grand pour elle ». Il a fallu l’insistance des autorités de son pays pour la convaincre d’accepter ce défi. Son travail à la CPI a été salué pour son engagement en faveur de « l’équité, de l’impartialité et de la primauté du droit ».

Après sa retraite en 2018, elle est restée active dans le monde du droit en se reconvertissant dans la médiation et l’arbitrage, prouvant qu’elle demeure une figure infatigable, prête à s’adapter pour poursuivre son œuvre de réformatrice.

Mariam Chabi Talata : LA VOIX DES FEMMES (BENIN)

Elle a d’abord consacré sa vie à l’éducation avant de s’imposer sur la scène politique, gravissant les échelons avec une détermination qui a fait d’elle la première femme vice-présidente de la République du Bénin. Son parcours, loin d’être le fruit d’une ambition démesurée, est celui d’une militante dévouée, d’une technocrate rigoureuse et d’une mère de quatre enfants, qui a su allier un sens aigu de la justice et de l’équité à une quête constante de dignité pour les femmes de son pays.

Après un baccalauréat littéraire en 1985, elle a poursuivi des études de philosophie à l’Université nationale du Bénin, où elle a obtenu le CAPES de philosophie. Sa passion pour l’enseignement l’a menée dans plusieurs établissements du Nord du pays, avant de devenir, en 2016, directrice de l’enseignement secondaire général au sein du ministère de l’Enseignement.

Son engagement public s’est manifesté très tôt et s’est concrétisé par des rôles qui ont directement contribué à l’autonomisation des femmes. Cette expérience de terrain a jeté les bases d’une vision qui place l’éducation et la participation civique au rang de piliers essentiels de l’émancipation féminine. Son entrée en politique formelle, en 2001, avec son adhésion au parti Union pour la démocratie et le
progrès social (UDS), a constitué une étape naturelle de son parcours. Sa trajectoire a pris une ampleur nationale en 2019, lorsqu’elle a été élue députée. Elle a marqué l’histoire du Bénin en devenant la première femme élue première vice- présidente de l’Assemblée nationale.

Son plaidoyer pour la légalisation de l’avortement est un autre aspect de son héritage. En tant que vice-présidente de la République, elle en a fait une question de santé publique, une mesure nécessaire pour « sauver des vies et empêcher les femmes de mourir après des procédures illégales et dangereuses ».

Victoire Tomegah Dogbe : LE GOÛT DE L’ACTION (TOGO)

L’ancienne Première ministre togolaise incarne la détermination, l’expertise et un profond dévouement au développement de son pays. Diplômée d’un master en économie et gestion de l’Université de Lomé, Victoire Tomegah Dogbe a complété sa formation par des spécialisations en management et en finance au Danemark et via l’université virtuelle du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Elle a débuté sa carrière dans l’industrie, comme gestionnaire d’approvisionnement à l’Industrie togolaise des plastiques (ITP), où elle a gravi les échelons jusqu’à en devenir la directrice générale.

Cependant, c’est au sein du PNUD qu’elle a trouvé sa véritable vocation pour le développement. Elle a occupé des postes de direction dans plusieurs pays d’Afrique, notamment au Togo, en République du Congo, au Burkina Faso et au Bénin. Ces années passées sur le terrain ont renforcé sa conviction que le développement doit être inclusif et toucher les communautés de base. En 2008, le président Faure Essozimna Gnassingbé l’a appelée à servir en tant que ministre déléguée chargée du Développement à la base, rôle qu’elle a embrassé avec une détermination sans faille. Ce retour aux sources — de l’institution internationale à l’action locale — a fait d’elle la dirigeante qu’elle est aujourd’hui, une femme dont la philosophie est enracinée dans le pragmatisme et le service.

Parmi ses réalisations les plus remarquables figure son engagement en faveur de l’inclusion financière. Consciente que l’accès au financement constitue l’un des principaux obstacles pour les petites entreprises et les populations vulnérables, elle a activement soutenu des initiatives comme le Fonds national de la finance inclusive (FNFI), qui a distribué plus de 98 milliards de francs CFA pour aider les entrepreneurs — en particulier les femmes — à créer et développer leurs activités, améliorant ainsi le revenu des ménages et dynamisant l’économie. Elle s’est également attaquée aux problèmes d’infrastructures, en lançant des projets de réhabilitation de routes rurales pour faciliter l’accès des agriculteurs et des artisans aux marchés.

Un autre chapitre inspirant de la carrière de Victoire Tomegah Dogbe est son plaidoyer en faveur de l’égalité des sexes. Elle a délibérément utilisé sa position pour briser les barrières faites aux femmes en politique, dans les affaires et dans l’éducation.

Retselisitsoe Matlanyane : LES BÉNÉFICES DE L’EXPERTISE (LESOTHO)

Économiste, banquière et femme politique lésothienne, Retselisitsoe Matlanyane incarne l’efficacité, la rigueur et la discrétion. Son ascension aux plus hauts échelons de la gouvernance n’est pas le fruit d’un charisme politique flamboyant, mais d’une expertise technique irréprochable et d’un engagement inébranlable en faveur de la stabilité économique. Première femme gouverneure de la
Banque centrale du Lesotho, puis, depuis 2022, ministre des Finances et de la Planification du développement, elle a fait de la discipline fiscale et de la réforme budgétaire ses principaux leviers pour construire un avenir durable pour sa nation.

Après une licence à l’Université nationale du Lesotho, elle a poursuivi un master en économie monétaire et finance internationale à l’Université du Botswana. Son parcours culmine avec un doctorat en microéconométrie et en modélisation de l’économie globale à l’Université de Pretoria (Afrique du Sud). Cette solide formation a servi de fondation à sa carrière, qu’elle débute comme maître de conférences au département d’économie de l’Université nationale du Lesotho pendant plusieurs années.

Son entrée à la Banque centrale en 2006 marque le début d’une ascension rapide : deuxième vice-gouverneure en 2006, première vice-gouverneure en 2007, puis gouverneure en 2012 — fonction qu’elle occupe jusqu’en 2021 —, devenant ainsi la première femme de l’histoire du pays à ce poste. Elle a également travaillé comme économiste au département Afrique du Fonds monétaire international (FMI), expérience qui a élargi sa perspective et renforcé son expertise en politiques publiques et en finances. Une trajectoire qui témoigne d’un leadership fondé non sur des alliances politiques, mais sur une compétence technique incontestable.

Michelle Obama : L’APPEL DU DESTIN (ETATS-UNIS)

Sans elle, Barack Obama n’aurait peut-être jamais eu la force, l’ambition, le soutien et l’accompagnement nécessaires pour concourir aux élections américaines et devenir le premier président noir des États-Unis. Figure publique dont l’influence a transcendé son rôle de Première Dame des États-Unis (2009–2017), celle qui s’appelait Michelle LaVaughn Robinson est née dans le quartier de South Shore, à Chicago. Elle a grandi dans une famille de la classe ouvrière, unie et aimante. Elle a toujours excellé dans ses études, notamment à l’Université de Princeton, où elle a rédigé un mémoire sur les diplômés afro-américains de Princeton. Elle a ensuite obtenu un diplôme de droit à la faculté de droit de Harvard en 1988, avant de rejoindre le cabinet d’avocats Sidley & Austin, où elle a rencontré son futur mari, Barack Obama.

Elle quitte ensuite le monde du droit des affaires et consacre sa carrière au service public. Elle occupe des fonctions de leadership dans le secteur non lucratif, notamment en tant que directrice exécutive de la section de Chicago de Public Allies et vice-présidente des affaires communautaires du centre médical de l’Université de Chicago.

En tant que Première dame des États-Unis, elle se consacre à la promotion d’un mode de vie sain pour les enfants et au soutien des familles de militaires. En 2010, elle lance l’initiative Let’s Move! pour lutter contre l’obésité infantile et encourage les écoles à proposer des déjeuners plus nutritifs.
Elle plante un potager à la Maison-Blanche en 2009, le premier depuis le « jardin de la Victoire » d’Eleanor Roosevelt pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce geste symbolique devient un outil puissant pour sensibiliser les Américains à l’importance d’une alimentation saine et à bien connaître l’origine de leur nourriture.

Son image publique reste forte tout au long de sa présence à la Maison-Blanche, avec un taux d’approbation qui n’est jamais descendu sous les 60 %.

Kamala Harris : L’ART DE BRISER LES BARRIÈRES (ETATS-UNIS)

Son échec à l’élection présidentielle de novembre 2024 contre Donald Trump a presque fait oublier que cette femme a brisé de nombreuses barrières pour devenir une figure de premier plan sur la scène mondiale. Fille d’immigrés — d’un père jamaïcain, professeur d’économie à Stanford University, et d’une mère indienne —, elle a grandi dans une famille profondément engagée dans le mouvement des droits civiques.

Après des études de sciences politiques et d’économie à Howard University (Washington, D.C.), une université historiquement noire (HBCU), elle a obtenu un diplôme de droit à l’University of California, Hastings College of the Law. Elle a commencé sa carrière comme procureure adjointe à Oakland, où elle s’est forgé une réputation de « dure à cuire » en poursuivant des affaires de violences de gangs, de trafic de drogue et d’abus sexuels. Elle a ensuite été élue procureure du district de San Francisco, puis, en 2010, procureure générale de Californie, devenant la première femme et la première personne noire à occuper ce poste. Dans ces fonctions, elle a défendu des lois de contrôle des armes à feu, la dépénalisation/légalisation du cannabis au niveau fédéral et la réforme des systèmes de santé. Elle a également créé une unité de lutte contre les crimes de haine axée notamment sur les crimes visant les enfants et les adolescents LGBT+. Elle est une fervente partisane du droit à l’avortement et a fait de la santé reproductive un élément central de sa campagne, recevant le soutien de nombreuses organisations pro-choix.

En 2016, elle est élue sénatrice des États-Unis et, en 2020, elle devient la première femme vice-présidente des États-Unis. Elle a aujourd’hui dans son viseur le poste de gouverneure de Californie, et nombreux sont ceux qui estiment que sa carrière politique est loin d’être terminée.

Nkosazana Dlamini-Zuma : UNE VIE DE SERVICE (AFRIQUE DU SUD)

Nkosazana Dlamini-Zuma a déclaré, lorsqu’elle présidait la Commission de l’Union africaine (UA), lors d’une conférence sur la microfinance, qu’elle ne voulait plus que celle-ci soit associée aux femmes, car « il n’y a rien de micro chez une femme ! ». Connue affectueusement en Afrique du Sud sous ses initiales NDZ, elle est une figure emblématique de la lutte pour la libération du pays et une architecte des réformes qui ont remodelé la gouvernance sur le continent.

Née en 1949 dans la province du KwaZulu-Natal, à une époque où l’avenir des femmes noires semblait scellé par les frontières de l’apartheid, elle a fait preuve d’un esprit « indestructible et courageux » qui l’a propulsée de militante clandestine à cheffe de la diplomatie, puis à la tête de la plus haute institution de gouvernance du continent. Son parcours est une source d’inspiration, car il montre que le leadership ne réside pas seulement dans les titres que l’on possède, mais dans la capacité à transformer des idéaux en actions concrètes au service du peuple.

Elle souhaitait devenir avocate, mais son père l’a convaincue d’étudier la médecine. Elle a obtenu une licence en zoologie et en botanique à l’Université du Zululand en 1971, puis a entamé des études de médecine à l’Université du Natal, où elle s’est activement impliquée dans le mouvement Black Consciousness. En 1976, elle est élue vice- présidente de la South African Students’ Organisation. Son engagement politique la place dans le collimateur de la police et la contraint à l’exil la même année. Elle achève ses études de médecine à l’Université de Bristol, au Royaume-Uni, en 1978.

Nelson Mandela a fait d’elle la ministre de la Santé de son premier gouvernement. Son influence continue de croître sous la présidence de Thabo Mbeki (successeur de Mandela), qui la nomme ministre des Affaires étrangères en 1999. C’est toutefois son rôle de ministre de l’Intérieur, qu’elle occupe de 2009 à 2012, qui met le mieux en évidence son style de leadership technocratique et orienté vers les résultats. Son élection à la présidence de la Commission de l’UA en 2012 couronne un parcours qui inspirera longtemps les femmes d’Afrique.

Phumzile Mlambo-Ngcuka : LE GOÛT DES GRANDS DÉFIS (AFRIQUE DU SUD)

C’est une figure emblématique dont le parcours — de l’Afrique du Sud de l’apartheid à la scène politique mondiale — témoigne de courage, d’adaptabilité et d’un engagement inébranlable pour la justice et l’égalité. Son destin a été intimement lié à l’histoire de sa nation, mais sa vision a toujours dépassé les frontières, faisant d’elle une dirigeante qui a su allier l’action locale à l’influence globale. Son histoire est celle d’une enseignante devenue Première vice-présidente d’Afrique du Sud, avant de se faire la championne mondiale de l’égalité des sexes à la tête d’une institution internationale.

Son style de leadership, marqué par une empathie profonde et une ténacité discrète, a laissé une marque indélébile sur des millions de vies, faisant d’elle une source d’inspiration pour une génération entière de femmes et d’hommes qui croient en un monde plus juste et plus équitable.

Le voyage de Phumzile Mlambo-Ngcuka vers les plus hautes sphères du pouvoir a commencé par une vocation noble : l’enseignement. Diplômée en sciences sociales et en éducation de l’Université nationale du Lesotho, elle a enseigné dans un lycée puis dans un collège de formation des enseignants entre 1980 et 1983. C’est durant ces années formatrices qu’elle a pris conscience de l’injustice et de la marginalisation, ce qui a nourri sa passion pour le travail communautaire. En 1983, elle cofonde la Natal Organisation of Women (NOW), affiliée au United Democratic Front (UDF), dont elle devient la première présidente. Cet engagement précoce a jeté les bases d’un leadership ancré dans les réalités du terrain et les besoins des populations opprimées.

Son parcours académique s’est étoffé avec un diplôme en politiques de genre à l’University College London et un master en planification et politique de l’éducation à l’Université du Cap. Après la fin de l’apartheid, elle devient députée en 1994. Elle est ensuite ministre déléguée du Commerce et de l’Industrie, puis ministre des Minéraux et de l’Énergie. Son plus grand rôle politique en Afrique du Sud a été celui de Première vice-présidente, fonction qu’elle a occupée de 2005 à 2008.

En 2013, Phumzile Mlambo-Ngcuka est nommée secrétaire générale adjointe des Nations unies et directrice exécutive d’ONU Femmes, poste qu’elle occupe pendant deux mandats, jusqu’en 2021. À la tête de cette institution, elle hisse au premier plan les enjeux d’égalité des sexes et d’autonomisation des femmes.

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Sheila Johnson : L’HUMILITÉ CONTAGIEUSE (ETATS-UNIS)

Comment devient-on la première femme noire milliardaire en dollars ? Réponse rapide — mais erronée : en étant la cofondatrice du Black Entertainment Television (BET). Entrepreneure et philanthrope américaine dont l’influence s’étend des médias aux sports en passant par l’hôtellerie, Sheila Johnson a certes cofondé en 1980 avec son ex-mari, Robert Johnson, BET, première chaîne à se consacrer à la culture et aux besoins des Afro-Américains. Mais elle est aussi PDG de Salamander Hotels & Resorts et détient des parts dans plusieurs équipes sportives professionnelles, dont les Washington Capitals et les Washington Wizards, ce qui fait d’elle la seule femme afro-américaine à posséder des participations dans trois franchises sportives professionnelles.

Mais son succès ne se résume pas à des créations d’entreprises avec son ex-mari. Il tient surtout à son engagement personnel et à son humilité contagieuse. Un jour, alors qu’elle marchait dans l’un de ses propres hôtels, elle s’est arrêtée pour ramasser un papier tombé au sol et l’a jeté à la poubelle. Au lieu d’ordonner à une employée de s’en charger, elle a d’abord pris de ses nouvelles, montrant ainsi autant d’attention à l’environnement de travail qu’au bien-être du personnel. Son équipe n’a jamais oublié cette scène, qui résume bien la philosophie de leadership de Sheila Johnson, HARP : Honest, Authentic, Respectful, Passionate — honnête, authentique, respectueuse et passionnée.

Elle met aussi sa réussite au service des autres, en particulier des femmes et des enfants.
Ambassadrice mondiale de l’ONG CARE pendant des années, elle a fondé l’équipe de football pour femmes sans domicile, les Lady Salamanders. Elle reverse 10 % des bénéfices d’une ligne d’écharpes — illustrées de ses propres photographies — à cette équipe.

Soraya Hakuziyaremye : L’APPEL DU PAYS (RWANDA)

Celle qui est aujourd’hui gouverneure de la Banque nationale du Rwanda (banque centrale) se souvient que, durant ses études en Europe, certains enseignants doutaient ouvertement de ses capacités en tant qu’étudiante noire. Ce qui aurait pu être un traumatisme a produit l’effet inverse : le doute des autres a transformé l’épreuve en moteur, la poussant à travailler plus dur. Cette expérience l’a conduite à encourager la jeunesse rwandaise à acquérir les compétences nécessaires pour saisir les opportunités, plutôt que de céder à la colère et aux préjugés, fussent-ils tenaces.

Économiste de formation, née à Bruxelles — où elle aurait pu rester —, elle a choisi de s’ouvrir au monde et de s’enrichir intellectuellement des expériences d’ailleurs. Elle a ainsi mené une carrière réussie dans la banque internationale, occupant des postes de responsabilité chez BNP Paribas, Fortis Bank et Bank of New York Mellon. Malgré cette trajectoire florissante en Occident, elle a ressenti le désir profond de retourner au Rwanda pour contribuer au développement de son pays d’origine.

Autre source de satisfaction : ce retour a été nourri par la rencontre d’autres jeunes Rwandais de la diaspora, désireux d’honorer leur patrie en y construisant l’avenir, pour conjurer les douleurs du passé. Soraya Hakuziyaremye a d’abord été conseillère principale auprès du ministre des Affaires étrangères, fonction qui lui a donné une connaissance fine du paysage économique national. Elle a ensuite été ministre du Commerce et de l’Industrie, avant de devenir vice-gouverneure, puis gouverneure de la Banque nationale du Rwanda en février 2025.

Caroline Abel : L’ESPRIT D’ÉQUIPE (SEYCHELLES)

Caroline Abel est une économiste seychelloise qui a marqué l’histoire en devenant, en 2012, la première femme à occuper le poste de gouverneure de la Banque centrale des Seychelles. Son parcours illustre parfaitement la méritocratie institutionnelle : elle a gravi tous les échelons de la Banque, de simple employée en 1994 jusqu’à sa nomination à la tête de l’institution. Elle est titulaire d’une licence en économie de l’Université de Leeds et d’un master en économie monétaire de l’Université de Glasgow.

Lorsqu’on lui a demandé si, en tant que responsable des réserves nationales d’un pays comme les Seychelles, le poids de la fonction ne pesait pas trop sur ses épaules, elle a répondu que l’institut d’émission est chargé de garantir des réserves suffisantes pour soutenir l’économie, assurer le développement et la croissance économiques et maîtriser l’inflation. Et d’ajouter que cette mission ne relève pas uniquement de la responsabilité du gouverneur : « C’est certes un poste à forte responsabilité, mais il faut garder à l’esprit que la Banque centrale ne se résume pas au gouverneur : c’est une équipe de professionnels compétents. Cette équipe, y compris le gouverneur, façonne l’institution et veille à ce qu’elle atteigne les objectifs fixés par son mandat ; le gouverneur entérine la décision finale de l’équipe. »

Frannie Léautier : LA FORCE DISCRÈTE (TANZANIE)

Peu de personnes ont noté que l’équipe de campagne qui a conduit fermement le Mauritanien Sidi Ould Tah à la victoire lors de l’élection du président de la Banque africaine de développement (BAD), en mai, était dominée par une femme à poigne : l’économiste tanzanienne Frannie Léautier.

Diplômée du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), elle a débuté sa carrière à la Banque mondiale, à Washington, D.C., où elle a occupé, pendant quinze ans, plusieurs postes clés de direction. Elle a ensuite dirigé la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique, après avoir assumé les fonctions de vice-présidente et de directrice de cabinet du président. À l’issue d’un mandat de vice-présidente principale à la BAD, elle a rejoint le Groupe de la Banque pour le commerce et le développement, où elle a supervisé, plusieurs années durant, les activités de gestion d’actifs. Spécialisée en finance et en développement, Frannie Léautier est également associée principale du groupe SouthBridge et PDG de SouthBridge Investments. Elle siège en outre comme conseillère et administratrice au sein de conseils d’administration de plusieurs organisations africaines et internationales.

« Tout au long de ma vie, je n’ai jamais pensé aux plafonds de verre ni aux limites dans mes études ou mon travail, confie-t- elle. Je faisais simplement ce qui m’intéressait et je saisissais toutes les opportunités qui s’offraient à moi. Lorsqu’on me proposait un poste ou un entretien et que les personnes qui m’interviewaient mentionnaient que j’étais considérée parce que j’étais une femme, j’interrompais systématiquement l’entretien et déclinai l’offre… Je suis inspirée par l’excellence, par celles et ceux qui ont innové, découvert de nouvelles théories ou concepts, ou fait émerger de nouvelles idées, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes.

Oprah Winfrey : UN EMPIRE BÂTI SUR L’EMPATHIE (ETATS-UNIS)

Oprah Winfrey illustre de manière éclatante la façon dont le destin peut transformer une histoire de vie personnelle en mission publique. Née dans la pauvreté, dans une région rurale du Mississippi, d’une mère adolescente non mariée, l’enfance d’Oprah Winfrey a été marquée par d’immenses défis, notamment des années d’abus répétés. Un moment décisif de son éducation — qui deviendra la pierre angulaire de sa carrière de communicatrice — est l’apprentissage de la lecture, à l’âge de trois ans, grâce à sa grand- mère. Cette éducation précoce a nourri son talent de « petite oratrice », récitant des poèmes et des versets bibliques à l’église — anecdote préfigurant sa capacité à capter l’attention d’un public grâce à une voix authentique et puissante.

Son ascension, de ses débuts comme présentatrice du journal télévisé à Nashville à dix-neuf ans jusqu’à son statut de magnat des médias de portée mondiale, est bien documentée. Mais c’est sa vision du monde qui la distingue. Elle ne se contente pas de diriger une entreprise : elle la met au service des autres. Cette approche montre que son succès n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une marque bâtie sur une connexion authentique et une émotion sincère. Son activisme est l’extension directe de son histoire personnelle : son témoignage devant le Congrès américain, en 1991, qui a contribué à l’adoption de la « loi Oprah » pour la protection de l’enfance, illustre la façon dont elle a mis sa célébrité au service des victimes de traumatismes semblables à ceux qu’elle a elle- même subis.

Folorunsho Alakija : L’ART DE PROVOQUER LA CHANCE (NIGERIA)

Folorunsho Alakija est considérée comme la femme la plus riche d’Afrique, ayant brillamment réussi dans les affaires et comme philanthrope. Elle supervise plusieurs entreprises, dont FAMFA Oil Limited, l’entreprise familiale d’exploration et de production pétrolière, dont elle est vice-présidente. Elle est également vice-présidente de Dayspring Property Development Company Limited, société immobilière investissant dans le monde entier. Elle est aussi vice-présidente de Digital Reality Print Ltd et directrice générale du groupe Rose of Sharon. Conférencière et autrice, elle a été la première femme nommée chancelière de l’Université d’État d’Osun (Nigeria) en 2016. Elle siège au conseil d’administration du Commonwealth Business Forum. Sur le plan philanthropique, elle a lancé la Rose of Sharon Foundation pour soutenir les veuves et les orphelins.

Le parcours de Folorunsho Alakija est un récit de transition stratégique et de destin. Éduquée en Europe, elle a d’abord travaillé dans l’administration et la banque avant de faire « le grand saut » vers sa vocation créative en fondant sa marque Supreme Stitches.

Le tournant décisif de sa carrière — révélateur de sa manière d’activer ses réseaux — tient au fait que sa clientèle comptait l’épouse de l’ancien président nigérian Ibrahim Babangida. Cette relation s’est révélée déterminante : en 1993, le gouvernement a accordé à son entreprise une licence d’exploration pétrolière, qui deviendra la pierre angulaire de FAMFA Oil. Ce succès n’est pas la conséquence directe de ses compétences dans la mode, mais l’issue d’une utilisation habile de son capital social et politique pour pénétrer une industrie très exclusive, largement dominée par les hommes. Folorunsho Alakija a su provoquer la chance et faire basculer son destin.

Isabel dos Santos : LE SUCCÈS ET SES RISQUES (ANGOLA)

Nombreux sont ceux qui rêvent d’être les enfants et héritiers d’hommes de pouvoir et de familles fortunées. Pourtant, l’histoire politique contemporaine de l’Afrique montre que les énormes bénéfices d’influence, financiers et de statut social qui accompagnent ce type de privilèges peuvent s’évanouir au gré des changements politiques — et que la gloire se transforme alors en cauchemar. Au point que l’histoire ne sait plus si les réalisations naguère célébrées relevaient du talent, de l’intelligence et du travail, ou plutôt de simples détournements honteux de fonds publics — des délits et des crimes punis par la prison et l’excommunication sociale.

Isabel dos Santos en sait quelque chose : personnage à la fois immensément riche et profondément controversé, fille de l’ancien dirigeant autocratique angolais José Eduardo dos Santos, elle a vu son héritage servir à la fois de fondement à son empire et de source à sa chute. L’enquête internationale dite des « Luanda Leaks », fondée sur quelque 715 000 documents, a décrit la construction d’un réseau de plus de 400 sociétés grâce à des liens familiaux et à des transactions privilégiées. Les auteurs affirment également qu’Isabel dos Santos et son défunt mari, Sindika Dokolo (mort en 2020 à Dubaï), auraient utilisé des sociétés écrans dans des paradis fiscaux pour échapper à la surveillance et détourner des centaines de millions du Trésor public angolais ; leurs affaires seraient ainsi fondées sur l’opacité et le privilège politique.

Isabel dos Santos réfute fermement ces allégations, qu’elle qualifie de « chasse aux sorcières » orchestrée par le gouvernement de son pays pour ternir son image et celle de sa famille. Elle se présente comme une femme d’affaires s’étant faite par elle-même, affirme avoir créé plus de 20 000 emplois, bâti de nombreuses entreprises et être l’une des plus grandes contribuables d’Angola. L’histoire tranchera…

Soha El-Turky : LA FEMME PRESSÉE (EGYPTE)

L’itinéraire de Soha El-Turky est un modèle de navigation réussie à travers les intersections complexes de la finance mondiale et du développement économique. Cadre supérieure accomplie, forte de trois décennies d’expérience, elle a su passer sans heurts du secteur privé au secteur public. Son parcours universitaire, qui l’a menée de l’Université américaine du Caire à l’Université d’Oxford, est aussi international que sa carrière.

Son ascension — des grandes banques comme Citi et Barclays à ses fonctions actuelles de vice-gouverneure de la Banque centrale d’Égypte, en passant par un poste de vice-présidente et directrice financière à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) — met en évidence son sens stratégique. Elle a l’art d’être au bon endroit au bon moment.

Formée à l’Université américaine du Caire et à l’Université d’Oxford, elle affirme être guidée par le désir de concevoir et d’appliquer des stratégies d’entreprise et d’optimiser les performances organisationnelles au service des institutions africaines. Car, explique-t-elle, le financement du développement est de plus en plus le fruit d’une fusion entre une expertise technique adossée à des normes internationales et une compréhension fine des dynamiques régionales.

Salwa Akhannouch : L’ART DE BÂTIR UN EMPIRE (MAROC)

Pour réussir dans la vie, il peut être utile d’avoir un grand-père très riche et d’épouser un homme d’affaires à succès. Mais ce serait une injustice de réduire le spectaculaire parcours de Salwa Idrissi Akhannouch à la bonne fortune des deux hommes les plus influents de sa vie. Car elle a beaucoup donné d’elle-même pour s’imposer comme l’une des femmes d’affaires les plus puissantes du Maroc et l’une des entrepreneures les plus riches d’Afrique du Nord.

Certes, elle a hérité une partie de sa fortune de son grand-père, Haj Ahmed Benlafkih, qui s’est enrichi dans le commerce du thé dans les années 1960. Elle est également l’épouse d’Aziz Akhannouch, riche homme d’affaires et homme politique marocain. Mais son écosystème familial est loin d’expliquer ses réalisations. Elle est la fondatrice et PDG du groupe Aksal, leader marocain du luxe, des grands magasins et des centres commerciaux.

Elle réalise un coup de maître en 2004 en obtenant les droits de franchise exclusifs de plusieurs marques mondiales, dont Zara, et en inaugurant le premier magasin phare de la marque en Afrique. Son projet le plus marquant, le Morocco Mall, l’un des plus grands centres commerciaux d’Afrique, a fait d’elle une figure de proue du luxe. Elle a étendu son influence en lançant sa propre marque de beauté, Yan&One, ainsi qu’une académie de formation destinée aux futurs professionnels du retail.

Le groupe Aksal, qui attire près de 15 millions de visiteurs chaque année et génère un chiffre d’affaires estimé à 5 milliards de dirhams marocains (environ 514 millions de dollars), détient 50 % du Morocco Mall, construit en 2007 pour un coût supérieur à 240 millions de dollars. Le conglomérat détient également la franchise exclusive de plusieurs grandes marques au Maroc, notamment Fendi, Gucci, Ralph Lauren, Zara, Banana Republic, Massimo Dutti, Pull&Bear et Gap. Sa capacité à ériger un empire commercial ne saurait donc se limiter à ses attaches familiales.

Saïda Karim Lamrani : LA GARDIENNE DU TEMPLE (MAROC)

Les mots de son père, Mohammed Karim Lamrani, plusieurs fois Premier ministre entre 1971 et 1994, continuent de résonner en elle : « Celui qui n’a pas d’argent, ses mots ne comptent pas ! » Autrement dit, la richesse n’est ni une vertu ni un luxe : c’est une nécessité citoyenne, sinon morale. La philosophie familiale, telle qu’énoncée par le patriarche, est donc claire. L’histoire de ce père est indissociable de la sienne : un homme décrit comme le premier technocrate du royaume chérifien et comme un stratège avisé, qui a introduit les méthodes du secteur privé dans la sphère publique durant ses décennies comme chef du gouvernement de Sa Majesté le Roi.

Il a fondé, dans les années 1940, un groupe commercial aujourd’hui connu sous le nom de Holdings Safari-Sofipar, dont sa fille, Saïda Karim Lamrani, a hérité. Elle en est la vice- présidente et la véritable patronne. Le groupe emploie 3 600 personnes et génère un chiffre d’affaires annuel de plus de 500 millions de dollars. Il est très présent dans des secteurs porteurs tels que le BTP, la distribution automobile, le matériel agricole et le textile.

Saïda Karim Lamrani a su se faire un prénom en étendant le champ d’affaires initié par son père : elle est également présidente-directrice générale de la Société méditerranéenne pour l’industrie automobile (SMEIA), concessionnaire exclusif des marques Land Rover et BMW, et dirige plusieurs sociétés d’importation de véhicules et de matériel agricole (Jama Auto, Comicom), afin d’accompagner les besoins d’une agriculture marocaine en pleine modernisation.

Elisabeth Medou : LA PIONNIÈRE DU NUMÉRIQUE (CAMEROUN)

Les grandes entreprises françaises accusent toujours un retard dans la responsabilisation des cadres africains. Même des groupes qui tirent leurs plus fortes sources de rentabilité en Afrique sont lents à faire des citoyens du continent le visage de leurs sociétés. C’est pourquoi des carrières comme celle de la Camerounaise Elisabeth Medou suscitent l’attention.

Diplômée en finance de l’Université de Paris-XI et de l’ESCP Europe, Elisabeth Medou cumule plus de trente ans d’expérience en management. Arrivée chez Orange en 1999, elle a dirigé la filiale botswanaise du groupe. Elle a ensuite pris la tête d’Orange Cameroun pendant quatre ans avant d’être nommée directrice et porte-parole d’Orange pour la zone Moyen-Orient et Afrique, puis vice-présidente d’Orange Afrique et Moyen-Orient, et porte-parole du groupe.

Mère de deux enfants, et ayant mené sa carrière sans mentor, elle explique son succès par les hasards de la vie et par son focus constant sur les tendances fondamentales qui tracent les lignes d’évolution de demain — ces signaux que chaque leader doit capter et interpréter pour maintenir la position dominante de son entreprise. Mieux que ses concurrents, et même que la plupart de ses collègues, Elisabeth Medou a identifié deux leviers clés pour améliorer les performances d’Orange en Afrique : l’harmonisation des réglementations, qui facilite les échanges, et la mise en œuvre de synergies entre les différentes opérations, donnant au groupe une véritable ambition continentale — le tout porté par la numérisation.

Denise Epoté : AU-DESSUS DE LA MÊLÉE (CAMEROUN)

Personne ne connaît les opinions politiques de Denise Époté, pionnière de la Cameroon Radio Television (CRTV), qui entretient d’excellentes relations avec des personnes de tous bords politiques, de toutes classes sociales et de toutes obédiences, mystiques ou religieuses. À l’écran, elle se contente de leur tendre son micro et de poser des questions de bon sens, en adoptant toujours une neutralité bienveillante.

Formée à l’École supérieure internationale de journalisme de Yaoundé (aujourd’hui École supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication de Yaoundé — ESSTIC), elle est devenue, en 1985, la première femme présentatrice du journal de 20 h 30 sur la toute nouvelle chaîne nationale CRTV. En 1993, elle est recrutée par TV5 Monde et Radio France Internationale, ce qui lui permet d’élargir son public au-delà des frontières du Cameroun. Depuis 2022, elle est directrice de la distribution, du marketing et de la commercialisation de TV5 Monde, ainsi que présidente du conseil d’administration de TV5 Monde USA et Amérique latine.

Nolitha Fakude : MILITANTE ET FEMME D’AFFAIRES (AFRIQUE DU SUD)

Cette femme à la poigne de fer dans un gant de velours a été la première femme noire à présider le conseil d’organismes et d’entreprises parmi les plus puissants et les plus riches de son pays (par exemple le Minerals Council South Africa ou Anglo American Afrique du Sud). Elle a occupé des postes de direction dans des secteurs variés, de la vente au détail aux services financiers, en passant par l’exploitation minière, le pétrole et le gaz. Nolitha Fakude maîtrise l’économie et le business des métaux précieux, et tous les banquiers du monde veulent lui parler.

Pourtant, sa formation académique ne la prédestinait pas à ces domaines. Fille d’un commerçant de la province du Cap- Oriental (Afrique du Sud), elle a surtout étudié la psychologie, jusqu’à l’obtention d’une licence. Cela lui a suffi pour s’imposer progressivement comme l’une des plus grandes dirigeantes d’entreprise du continent, dans des secteurs hautement techniques où les nouvelles technologies sont omniprésentes.

Surtout, Nolitha Fakude ne s’est jamais contentée de multiplier les profits et d’enrichir les actionnaires. Elle a toujours gardé à l’esprit la mission de service public et la responsabilité sociale de l’entreprise. Mieux : elle estime qu’une grande multinationale doit s’imposer des valeurs et des devoirs moraux. Ainsi, aux différents postes de leadership qu’elle a occupés — notamment comme présidente d’Anglo American Afrique du Sud —, elle s’est donné pour mission de faire progresser les femmes et les groupes marginalisés au travail. Dans le même temps, elle a promu l’idée selon laquelle la diversité et l’inclusion ne sont pas de simples impératifs éthiques, mais des moteurs essentiels de la croissance économique. Puisque les femmes représentent la moitié de la population, il est inconcevable qu’une entreprise maximise son potentiel en les tenant à l’écart des cercles de décision et d’action.

Nonkululeko Nyembezi-Heita : LA FEMME D’ACIER (AFRIQUE DU SUD)

D’apparence, elle est plutôt menue. Pourtant, que de pouvoir dans ces petites mains-là ! Son téléphone portable est allumé 24 heures sur 24. « Je le mets en mode silencieux quand je suis à la maison, mais je suis toujours joignable, dit-elle. Je trouve plus stressant d’être hors de portée de communication ». Elle a également appris à travailler efficacement lorsqu’elle est en déplacement. Normal, surtout dans ses fonctions actuelles de PDG de Standard Bank Group et Standard Bank d’Afrique du Sud.

Née à Pietermaritzburg et élevée à Clermont, dans le KwaZulu-Natal, Nonkululeko Nyembezi-Heita est l’une des trois enfants d’Aubrey Nyembezi, avocat réputé. Titulaire d’une licence en génie électrique de l’Institut des sciences et technologies de l’Université de Manchester, d’un master dans la même discipline du California Institute of Technology et d’un MBA de l’Open University au Royaume-Uni, elle a débuté sa carrière au Research Triangle Park d’IBM en Caroline du Nord, aux États- Unis, puis a travaillé pour IBM à Dallas, avant de retourner travailler pour cette entreprise en Afrique du Sud.

Nonkululeko Nyembezi- Heita a ensuite pris la direction du groupe de services financiers Alliance Capital Management, alors filiale locale de la société de gestion d’investissements internationale basée à New York, avant de rejoindre Vodacom à la tête de sa division fusions et acquisitions. En 2008, en pleine crise financière et économique mondiale, elle est nommée directrice générale d’ArcelorMittal Afrique du Sud, premier producteur d’acier du continent africain et filiale du groupe ArcelorMittal, lui-même premier producteur d’acier au monde. Malgré l’environnement difficile, elle y fait des miracles et gagne sa réputation de femme d’acier…

Redevenue banquière à la tête du Standard Bank Group, elle siège en tant qu’administratrice non exécutive aux conseils d’administration de la Bourse de Johannesburg et d’Old Mutual. Son secret : travailler toujours plus que tous les autres.
« Je m’impose un niveau d’excellence très élevé, dit-elle.

Iyabo Tinubu-Karch : LA MÉDECINE DE HAUTE PRÉCISION (ETATS-UNIS)

Depuis son arrivée à Sidra Medicine à Doha (Qatar) en tant que PDG, la Dr Tinubu-Karch a renforcé la stratégie de médecine de précision de l’établissement afin de faire progresser les soins au Moyen-Orient et dans le monde. Elle a supervisé le développement et le lancement de plusieurs programmes et initiatives cliniques et de recherche centrés sur les femmes et les enfants, et noué des partenariats avec des institutions clés, locales et internationales.

Née au Nigeria, elle a piloté des projets de recherche clinique innovants en médecine de précision, notamment sur le diabète et l’obésité monogénique. Elle a conclu des protocoles de partenariat entre Sidra Medicine et de grandes institutions telles qu’Al Koot Insurance, GlobeMed et l’Université Nazarbaïev (Kazakhstan), afin de renforcer la collaboration clinique, la recherche et l’enseignement.

L’an dernier, la Dr Tinubu-Karch a dirigé l’expansion des programmes de séquençage du génome et de thérapie génique de Sidra Medicine pour les enfants atteints d’amyotrophie spinale et de dystrophie musculaire de Duchenne. Elle a également supervisé le lancement du programme d’essais cliniques de l’établissement et la mise en œuvre réussie du séquençage du génome entier (WGS) de qualité clinique, un test génétique avancé d’aide au diagnostic. Cette année, elle a piloté la création d’un centre de thérapie génique et l’ouverture du nouveau service pédiatrique de greffe de cellules souches hématopoïétiques (GCSH).

Forte d’une vaste expérience clinique en médecine interne générale, en médecine hospitalière et en gériatrie, elle est sollicitée dans le monde entier. Elle a dirigé plusieurs programmes internationaux sur l’usage des technologies en pratique clinique. Elle siège également à de nombreux conseils d’administration et entretient des affiliations avec des universités et des associations de premier plan dans le domaine de la santé aux États-Unis.

Lillian Barnard : GRANDE PRÊTRESSE DU NUMÉRIQUE (AFRIQUE DU SUD)

Avant même sa nomination comme présidente de Microsoft Afrique en 2023 — première femme à accéder à ce poste —, la Sud-Africaine Lillian Barnard occupait déjà cette place dans l’imaginaire collectif depuis longtemps. Tous ceux qui suivent les développements technologiques connaissaient son travail et son influence dans le secteur. Cette nomination entérine tout simplement plus de trente années de carrière, bâties sur la rigueur, l’ambition et une passion constante pour les technologies.

Née dans la province du Cap-Occidental, en Afrique du Sud, dans une société encore marquée par les inégalités, cette femme animée d’une rare force de conviction a choisi d’étudier les sciences à l’université, à une époque où peu de femmes noires osaient s’aventurer dans cette voie. Elle y fait très vite ses preuves, occupant successivement des fonctions de haute responsabilité dans diverses entreprises (Vodacom, IBM, Microsoft) dès l’âge de 28 ans. « Chaque poste, chaque pays, chaque équipe m’a poussée à sortir de ma zone de confort », confie Lillian Barnard, qui s’est donné pour mission de « militer pour que la technologie soit au service de l’humain ».

Depuis sa prise de fonctions à la présidence de Microsoft Afrique, Lillian Barnard porte l’ambition de faire de la technologie un levier de transformation économique et sociale du continent. Elle promeut le développement du cloud computing, de l’intelligence artificielle (IA), ainsi que l’inclusion, la formation et la création d’opportunités pour la jeunesse. Elle rappelle qu’aujourd’hui, plus de 67 % des entreprises en Afrique subsaharienne utilisent le cloud et l’IA, et que 75 % d’entre elles investissent dans l’automatisation de leurs processus opérationnels. Cette dynamique, Lillian Barnard veut la pousser encore plus loin.

Angela Kyerematen-Jimoh : LE GOÛT DE L’IMPRÉVU (GHANA)

Elle n’aime pas les identités préassignées aux individus en raison de leur nationalité ou de leur race. Elle se veut citoyenne du monde et femme libre de ses choix esthétiques comme de sa carrière. Elle affectionne les grandes robes de stylistes occidentaux et les coiffures solennelles qui renforcent sa personnalité tranchée.

Responsable, depuis juillet 2023, de la transformation numérique pour l’Afrique au sein du groupe informatique américain Microsoft, leader mondial du logiciel (plus de 200 milliards de dollars de revenus en 2023), la Ghanéenne Angela Kyerematen-Jimoh, diplômée de la Harvard Business School, trace courageusement son chemin dans les mondes de la technologie, des affaires et de la finance.
« Mon réveil sonne tous les matins à 5 heures, dit-elle. Je me lève doucement, je fais mes prières, je me ressource et je pratique la gratitude. Cela m’aide à me concentrer pour la journée. Je fais aussi des étirements, car le corps et l’esprit sont liés. J’alterne cardio et musculation. »

Avant de rejoindre Microsoft — où elle a notamment piloté les partenariats stratégiques pour l’Afrique avant d’occuper sa fonction actuelle —, elle avait été la première femme directrice exécutive d’IBM pour l’Afrique du Nord, de l’Est et de l’Ouest, une zone couvrant 35 pays. Après une décennie chez IBM et un passage chez Microsoft, elle a senti qu’il était temps de changer de cap. Elle raconte comment elle a décidé de faire désormais cavalier seul et de transformer sa relation de salariée chez Microsoft en un partenariat stratégique : « Je n’ai jamais vraiment voulu devenir entrepreneure, mais un jour, alors que je priais et parlais à Dieu, j’ai eu une idée. Le Saint-Esprit était très clair : il était temps pour moi de créer ma propre entreprise. Je continuerais à travailler avec IBM et Microsoft, mais en tant que partenaire commercial. C’est pourquoi je l’ai appelée Brainwave Africa Tech. Dès que cette idée m’est venue, j’ai trouvé la paix. »

Rukayatu Sanusi : FABRICANTE DE TALENTS (NIGERIA)

« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années », écrit Corneille dans Le Cid. Vrai : le talent s’exprime souvent dès le plus jeune âge et n’attend donc pas la maturité pour se manifester. La Ghanéenne Rukayatu Sanusi a très tôt compris que le développement économique s’accomplit surtout lorsque l’État et ses partenaires accordent un soutien efficace aux petites et moyennes entreprises (PME).

C’est ainsi qu’elle est devenue directrice exécutive du Ghana Climate Innovation Center (GCIC), un incubateur d’entreprises pionnier dont la mission est de développer les PME et les entrepreneurs de l’économie verte ghanéenne.

Le GCIC est financé par une subvention des gouvernements du Danemark et des Pays-Bas, par l’intermédiaire de la Banque mondiale, et géré par un consortium composé de l’Université Ashesi, d’Ernst & Young, de SNV Ghana et de l’Université des Nations unies. Avant de diriger le GCIC, Rukayatu Sanusi a travaillé pendant vingt ans dans le conseil international, au Royaume-Uni et en Afrique. Elle a ensuite fondé son propre cabinet de conseil, Alldens Lane, spécialisé dans l’accompagnement des petites entreprises en croissance, notamment celles détenues et dirigées par des femmes.

« Il y a cinq ans, j’ai réalisé que, même dans les pays africains à forte croissance économique, seules les grandes entreprises étaient soutenues par les quatre grands cabinets de conseil, tandis que le secteur des PME professionnelles était totalement délaissé », dit-elle.
« Qui allait accompagner ces entreprises dans leur transition vers les géants de demain ? ».

Elle explique aussi qu’elle se montre très exigeante quant à la qualité des dirigeants des PME qu’elle invite àrejoindre le GCIC : « Nous formons une classe d’entrepreneurs transformationnels qui doivent faire preuve d’un professionnalisme assumé et d’un leadership éclairé. Ils doivent savoir comment construire une marque. Je leur pose la question test : travaillez-vous dans votre entreprise ou sur votre entreprise ? Nous avons besoin d’entrepreneurs dotés de l’état d’esprit, de la personnalité et de la détermination nécessaires. »

Yvonne Ike : LA BANQUIÈRE INNOCENTE (NIGERIA)

Yvonne Ike est une pionnière du secteur financier, reconnue pour son leadership exemplaire et son impact transformateur en tant que directrice générale et responsable de l’Afrique subsaharienne chez Bank of America Corporation. Avant de rejoindre Bank of America Merrill Lynch en septembre 2014, elle était directrice générale de Renaissance Capital pour l’Afrique de l’Ouest, où elle supervisait la franchise régionale couvrant la banque d’investissement et le négoce de titres.

De 1984 à 2009, Yvonne a été directrice générale chez J.P. Morgan. Elle a également été associée chez Africapital Management Limited de 2009 à 2011. Yvonne a débuté sa carrière comme auditrice chez Ernst & Young International et est représentante agréée auprès de la FSA depuis 1994.

Née et élevée au Nigeria, Yvonne Ike a vu sa carrière décoller lorsqu’elle s’est lancée dans le monde dynamique de la banque d’investissement. Forte de son expertise technique et d’une détermination sans faille, elle a rapidement gravi les échelons, se faisant reconnaître pour son sens aigu de la finance et sa vision stratégique. Sa capacité à identifier les tendances émergentes du marché et à capitaliser sur les opportunités lucratives fait d’elle une force redoutable dans l’industrie.

Dans son rôle actuel chez Bank of America Corporation, Yvonne Ike supervise les opérations et les initiatives de l’entreprise en Afrique subsaharienne, une région au potentiel économique prometteur et aux opportunités florissantes. Son leadership a joué un rôle déterminant dans le renforcement de la présence de la banque sur le continent, la promotion de partenariats stratégiques et la stimulation de l’innovation pour répondre aux besoins changeants des clients. Sous sa direction, Bank of America a étendu sa gamme de produits et de services financiers adaptés aux besoins spécifiques des entreprises et des investisseurs locaux.

Son engagement en faveur du développement durable et de la croissance inclusive lui a valu des distinctions au sein du secteur et au-delà. Lorsqu’on lui demande quel est le secret de sa réussite, elle répond avec un sourire désarmant que c’est peut-être simplement son acharnement à faire son travail avec la sincérité de l’innocence…

Irene Koki Mutungi : LA BRISEUSE DE GLACE (KENYA)

Certains voyageurs en avion manquent vraiment de sagesse. Irene Koki Mutungi, célèbre pilote de la compagnie Kenya Airways, raconte : « Mon premier vol commercial, je m’en souviendrai toujours. C’était un Nairobi-Kisumu [ouest du Kenya]. Au moment de l’embarquement, un passager m’a aperçue. Il a été surpris de voir une femme et a dit : “Je ne suis pas un rat de laboratoire sur lequel vous allez tester de nouvelles expériences !” Il refusait d’avoir une femme pilote ! » Avoir comme commandant de bord une femme ? Encore aujourd’hui, certains passagers s’en offusquent. « Quand je leur dis au revoir et qu’ils se rendent compte que la pilote de l’avion était une femme, alors ils affichent tous des expressions incroyables ! Certains sont surpris, d’autres paniqués ou enthousiastes », s’amuse-t-elle.

Son père était lui aussi pilote. Il a même dirigé, à une époque, les opérations aériennes de Kenya Airways. Dès l’âge de deux ans, elle avait déjà volé avec lui à peu près partout dans le monde… et très souvent dans le cockpit ! L’un des moments les plus émouvants de sa carrière a été d’effectuer son dernier vol comme copilote aux côtés de son père avant la retraite de ce dernier.

Première Africaine à être promue commandante de bord de vols commerciaux au milieu des années 1990 et, depuis 2014, première femme du continent à prendre les commandes d’un Boeing 787 long-courrier, Irene Koki Mutungi accumule les titres de gloire. Son histoire est si singulière qu’elle fait désormais partie du corpus que les éducateurs kenyans et les auteurs de bandes dessinées ont constitué pour inspirer les jeunes femmes d’Afrique.

Agnes Kalibata : MADAME 50 % (RWANDA)

Cette Rwandaise, élevée dans un camp de réfugiés en Ouganda, a changé la perception que ses compatriotes ont de l’agriculture et de son potentiel en tant que moteur de la transformation économique du pays. Son père, un ancien médecin devenu agriculteur, la forçait à lire en public, lui apprenant ainsi à s’exprimer devant les autres et à vaincre sa timidité naturelle. L’expérience directe de la vie dans un camp de réfugiés a été la source de son engagement en faveur de politiques publiques efficaces et lui a permis de bien comprendre le lien fondamental entre l’agriculture, le reste de l’économie et le bien-être des populations, dans des pays où l’essentiel des revenus provient du secteur primaire.

Titulaire d’un doctorat en entomologie, Agnes Kalibata a été ministre de l’Agriculture et des Ressources animales du Rwanda de 2008 à 2014, une période durant laquelle le pays a atteint la sécurité alimentaire. Elle est présidente de l’Alliance pour la révolution verte en Afrique (Alliance for a Green Revolution in Africa, AGRA) depuis 2014. Durant son mandat, elle a mis en œuvre des approches agricoles fondées sur la science, augmentant ainsi considérablement la production alimentaire et améliorant la sécurité alimentaire au Rwanda. Ses efforts ont contribué à réduire la pauvreté de plus de 50 % et à faire du pays un modèle de développement agricole.

Agnes Kalibata a également été l’Envoyée spéciale du Secrétaire général des Nations unies pour le Sommet sur les systèmes alimentaires de 2021 et a joué un rôle crucial dans la mobilisation des efforts mondiaux visant à améliorer les systèmes alimentaires et à atteindre les Objectifs de développement durable.

Elizabeth Wathuti : LA MILITANTE DU CLIMAT (KENYA)

Plus de 30 000 arbres plantés dans son pays ! C’est la première réalisation de la Green Generation Initiative (Initiative de la Génération verte), créée il y a moins de dix ans par Elizabeth Wathuti. Son véritable objectif : « planter » le désir d’agir, stimuler la conscience climatique chez ses compatriotes et sensibiliser d’autres jeunes à la cause environnementale.

Ces dernières années, Elizabeth Wathuti s’est imposée comme une véritable porte-parole de sa génération. Elle a prononcé un discours devant plus de cent chefs d’État lors de la COP26, qui s’est tenue à Glasgow, en Écosse, en 2021, expliquant en détail les conséquences dévastatrices de la crise climatique sur les pays à faible revenu et implorant les dirigeants des nations développées d’agir sans délai. Elle avait alors demandé aux chefs d’État d’ouvrir leurs cœurs.

Sa passion pour l’environnement remonte à son enfance à Nyeri, une région du Kenya dotée de l’une des plus vastes forêts du pays. En grandissant, son amour de la nature s’est transformé en militantisme. « La plus grande richesse de l’Afrique, ce sont ses jeunes », affirme-t-elle. Soixante-dix pour cent de la population du continent a moins de trente ans.

« Ce sont ces jeunes qui sont à l’origine des idées, des solutions et des innovations sur le terrain. Et ce sont ces mêmes jeunes qui, si l’on n’investit pas en eux, devront vivre plus longtemps avec les conséquences de l’inaction climatique. » Elle a relancé le club environnemental de son lycée pour en apprendre davantage sur le changement climatique, en suivant notamment les tendances météorologiques, comme la formation des pluies, grâce à la station météorologique de l’établissement.

Après avoir obtenu son diplôme de l’Université Kenyatta, Elizabeth Wathuti a fondé la Green Generation Initiative afin d’apprendre aux enfants à « purifier leur propre air, cultiver leur propre nourriture et créer leurs propres espaces verts », notamment en plantant des arbres. Un projet dont elle se dit particulièrement fière consiste à introduire différentes espèces d’arbres fruitiers dans les écoles kényanes et à encourager chaque enfant à en adopter un et à en prendre soin.

Kizzmekia Corbett : L’ENNEMIE DES VIRUS (ETATS-UNIS)

Peu de petites filles, de surcroît noires, grandissent dans le sud des États- Unis en rêvant de changer le monde. Le docteur Kizzmekia S. Corbett, immunologiste et professeure à la prestigieuse université Harvard, appartient à cette catégorie rare de personnes qui tracent très tôt leur ambitieux chemin d’existence, sans se soucier des préjugés ni des doutes de leur environnement. Aujourd’hui, à moins de quarante ans, elle peut se dire : mission accomplie. Car elle a été un membre clé de l’équipe de Moderna qui a développé le vaccin contre la Covid-19 — un exploit salué par la mairie de sa ville de Chapel Hill (Caroline du Nord), qui, le 28 janvier 2021, a déclaré une journée spéciale en son honneur.

Le docteur Kizzmekia S. Corbett a travaillé comme chercheuse et responsable scientifique de l’équipe « Vaccins et immunopathogenèse contre le coronavirus » au Centre de recherche sur les vaccins (VRC) des National Institutes of Health (NIH), l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses. Elle a obtenu une licence en sciences biologiques, avec une spécialisation secondaire en sociologie, en 2008 à l’université du Maryland – Comté de Baltimore, où elle a bénéficié de la prestigieuse bourse Meyerhoff. Elle s’est ensuite inscrite à l’université de Caroline du Nord à Chapel Hill, où elle a obtenu son doctorat en microbiologie et immunologie en 2014.

Immunologiste virale de formation, Kizzmekia S. Corbett a mis son expertise au service du développement de nouveaux vaccins destinés à combattre les pandémies. Face à la Covid-19, son équipe a conçu le concept vaccinal intégré à l’ARNm-1273 à partir des données de séquence virale et l’a rapidement transmis à son partenaire industriel, Moderna, Inc., pour un essai clinique de phase 1 approuvé par la Food and Drug Administration (FDA), l’agence gouvernementale américaine. Cet essai, sans précédent, a débuté seulement soixante-six jours après la publication de la séquence virale.

Outre l’ARNm-1273, son équipe dispose d’un portefeuille comprenant également des concepts de vaccins universels contre le coronavirus et de nouveaux anticorps thérapeutiques. Ce n’est pas tout : Kizzmekia S. Corbett travaille depuis plusieurs années à la mise au point d’un vaccin universel contre la grippe. Elle étudie également le virus de la dengue, le virus respiratoire syncytial et le virus de la grippe.

Francine Ntoumi : LA BIOLOGISTE PRÉFÉRÉE DES « SAPEURS » (RÉPUBLIQUE DU CONGO)

En annonçant, l’année dernière, la nomination du professeur Francine Ntoumi comme ambassadrice nationale en République du Congo, l’UNICEF savait qu’elle faisait un « coup ». Docteure en sciences et spécialiste du paludisme, cette femme unanimement admirée est l’une des expertes les plus reconnues du pays dans le domaine de la santé. Biologiste moléculaire de formation, titulaire d’un doctorat de l’université Pierre-et-Marie-Curie (Paris), elle s’est engagée dès le début de sa carrière dans la lutte contre le paludisme. En 2008, elle crée la Fondation congolaise pour la recherche médicale et devient très vite la première femme africaine à prendre la tête du secrétariat de l’Initiative multilatérale sur le paludisme. Elle est également cheffe de laboratoire et professeure associée à l’Institut de médecine tropicale de l’université de Tübingen, en Allemagne, ainsi qu’enseignante-chercheuse à la Faculté des sciences et techniques de l’université Marien-Ngouabi de Brazzaville. Elle a publié ses travaux dans plusieurs revues scientifiques et a reçu de nombreux prix et distinctions, notamment les prix Kwame Nkrumah, Georg Forster, Christophe Mérieux et la Croix du service fédéral allemand.

Née à Brazzaville, en République du Congo, d’un père ingénieur- électricien et d’une mère infirmière- puéricultrice, aînée et seule fille d’une fratrie de cinq enfants, elle est mère d’un garçon.

Francine Ntoumi a une approche novatrice de la communication scientifique. Elle a lancé une caravane de sensibilisation habillée par des « sapeurs » — ces dandys congolais adeptes de l’art de l’habillement — pour attirer l’attention du public sur l’importance de la science. Cette approche inattendue, qui allie rigueur intellectuelle et culture populaire, témoigne d’une compréhension fine de la nécessité de rendre la science attrayante et accessible pour engager le public. Elle prouve que le combat pour la recherche se joue aussi sur le terrain de la visibilité et de la perception.