+ARTS, CULTURE ET MEDIAS

Martha Koome : JUGE AU SERVICE DES PLUS VULNÉRABLES (KENYA)

Martha Koome est à la fois la femme la plus admirée du Kenya et la plus redoutée des élites du pays. Ses décisions font trembler les leaders politiques de tous les camps — y compris le président de la République, William Ruto. Sa carrière illustre son dévouement inébranlable à la loi et sa capacité à naviguer dans le monde complexe et houleux de la politique. Avocate, juge et défenseure des droits de l’homme, elle a déjà marqué durablement l’histoire en devenant la première femme à occuper le poste de présidente de la Cour suprême du Kenya.

Contents
+ARTS, CULTURE ET MEDIASMartha Koome : JUGE AU SERVICE DES PLUS VULNÉRABLES (KENYA)Olivette Otele : L’HISTORIENNE DE LA MÉMOIRE (CAMEROUN – ROYAUME-UNI)Amina Mama : INTELLECTUELLE D’AVANT-GARDE (NIGERIA – ETATS-UNIS)Chimamanda Ngozi Adichie : EN ATTENDANT LE NOBEL (NIGERIA)Tsitsi Dangarembga : LE DEVOIR DE RÉVOLTE (ZIMBABWE)Samia Kassab Cherfi : L’INTRANQUILLITÉ EN NOUS (TUNISIE)Amanda Gorman : LA MUSE DE L’UNITÉ ET DE L’ESPOIR (ETATS-UNIS)Imbolo Mbue : LA CONTEUSE DES RÊVES BRISÉS ET RETROUVÉS (CAMEROUN)Hemley Boum : CHRONIQUEUSE DES COEURS SENSIBLES (CAMEROUN)Edith Brou : UNE INFLUENCEUSE ÉTHIQUE (CÔTE D’IVOIRE)Rihanna : LA PERLE DES CARAÏBES (ETATS-UNIS)Beyoncé : LA FORCE DU CHANGEMENT (ETATS-UNIS)Megan Thee Stallion : LA VOIX DES FEMMES NOIRES (ETATS-UNIS)Doja Cat : LA REINE DU MONDE VIRTUEL (ETATS-UNIS)Aya Nakamura : LE SON D’UNE IDENTITÉ MONDIALE (FRANCE – MALI)Tems : LES BÉNÉFICES DE L’INTÉGRITÉ ARTISTIQUE (NIGERIA)Yemi Alade : L’AMBASSADRICE DE L’AFROBEATS (NIGERIA)Charlotte Dipanda : LA VOIX DE L’ÂME CAMEROUNAISE (CAMEROUN)Angélique Kidjo : LA DAME AUX 5 GRAMMYS (BENIN)Alicia Keys : ICÔNE MULTIDIMENSIONNELLE (ETATS-UNIS)Angela Bassett : MADAME LA PRÉSIDENTE (ETATS-UNIS)Lupita Nyong’o : UN TALENT AUX MULTIPLES FACETTES (KENYA)Mati Diop : ÉLOGE DE L’HYBRIDE (FRANCE – SENEGAL)Aida Muluneh : LA VÉRITÉ EN NOIR ET BLANC (ETHIOPIE)Betye Saar : 99 ANS DE DISSIDENCE (ETATS-UNIS)Julie Mehretu : MAÎTRESSE DE L’ABSTRACTION (ETHIOPIE – ETATS-UNIS)Mouna Karray : PENSEUSE DE L’ALTÉRITÉ (TUNISIE)Fatoumata Diawara : LA RECETTE DE LA RÉSILIENCE (MALI)Amy Sherald : LES BÉNÉFICES POLITIQUES DU GRIS (ETATS-UNIS)Lynette Yiadom-Boakye : L’ART AMBIGU (GHANA – GRANDE-BRETAGNE)Peju Alatise : LA TISSEUSE DE LA MÉMOIRE HISTORIQUE (NIGERIA)Oumou Sangaré : CONJURER LA SOUFFRANCE (MALI)Farida Benlyazid : L’OUVREUSE DES PORTES DU CIEL (MAROC)Kaouther Ben Hania : LE CINÉMA COMME MEDIUM POLITIQUE (TUNISIE)+SPORTSSimone Biles : LA PLUS GRANDE DE TOUS LES TEMPS (ETATS-UNIS)Coco Gauf : LA VOIX D’UNE GÉNÉRATION (ETATS-UNIS)Ons Jabeur : LA « MINISTRE DU BONHEUR » (TUNISIE)Beatrice Chebet : LE SOURIRE DE « L’ASSASSIN » (KENYA)Tsige Duguma : ALLER AU BOUT DE SOI-MÊME (ETHIOPIE)Marie-Josée Ta Lou : LA FLÈCHE DE BOUAKÉ (CÔTE D’IVOIRE)Faith Kipyegon : LA RÊVEUSE AUX PIEDS NUS (KENYA)Murielle Ahouré : ATHLÈTE ET JURISTE (CÔTE D’IVOIRE)Freweyni Hailu : LA TYRANNIE DU BONHEUR (ETHIOPIE)Tobi Amusan : L’ART DE VAINCRE LE DOUTE (NIGERIA)Asisat Oshoala : LA CONSTRUCTION D’UNE LÉGENDE (NIGERIA)Maria Mutola : LA FORCE TRANQUILLE DE L’AFRIQUE (MOZAMBIQUE)Françoise Mbango : LE DILEMME DE LA PATRIE (CAMEROUN)Kirsty Coventry : LA SIRÈNE DU ZIMBABWE (ZIMBABWE)

Martha K. Koome a pris ses fonctions de juge en chef et de présidente de la Cour suprême du Kenya le 21 mai 2021. Avant sa nomination comme quinzième juge en chef de la République du Kenya, elle était juge principale à la cour d’appel. Durant son mandat de juge d’appel, elle a dirigé la chambre pénale de la Cour et présidé les comités ayant élaboré les directives de pratique de la cour d’appel en Diplômée en droit de l’université de Nairobi et de l’université de Londres, elle a participé au processus de révision des textes fondamentaux qui a abouti à la Constitution du Kenya de 2010. Elle est devenue présidente de l’Association des magistrats et des juges du Kenya (KMJA) en 2019, ainsi que responsable de l’Association des magistrats et des juges d’Afrique de l’Est.

Olivette Otele : L’HISTORIENNE DE LA MÉMOIRE (CAMEROUN – ROYAUME-UNI)

Pendant des siècles, l’Europe officielle a voulu oublier sa mémoire, occulter une partie importante de sa propre histoire. Une affaire non avouée de pureté raciale, souvent menée par des gouvernements et des institutions qui se proclament progressistes et inclusives… Pas si vite ! leur rétorque l’historienne camerounaise Olivette Otele, qui documente abondamment — et indirectement — les éléments de cette supercherie en montrant que l’Europe raciale n’a jamais existé, même si elle s’obstine à ignorer sa part intrinsèque d’africanité.

Son livre-événement Une histoire des Noirs d’Europe : de l’Antiquité à nos jours (2022) a changé la manière dont s’écrira désormais le passé européen. L’ouvrage est devenu immédiatement un classique. Il démontre que, contrairement à une croyance largement partagée, la présence d’Africains en Europe n’est pas récente : elle remonte à l’Antiquité, lorsque l’Égyptien saint Maurice — dont nombre de gravures et d’œuvres d’art ont fait un homme blanc — prit la tête de la légion thébaine à Rome. Depuis lors, les échanges entre ceux que l’on désignait comme les « Africains » et les « Européens » ont été riches et variés, dessinant une histoire certes brutale, mais que l’on ne peut réduire à l’esclavage et à la colonisation.

Son livre retrace les étapes de cette relation Afrique– Europe, de Septime Sévère aux migrants d’aujourd’hui, en passant par la Renaissance et la période moderne. Décryptant la fabrique des préjugés depuis plus de deux mille ans, évoquant au passage Alexandre de Médicis et Dumas, Pouchkine et Battling Siki, ce vaste tour d’horizon apporte un éclairage inédit sur les questions de discrimination, de racisme et d’identité.

Olivette Otele occupe une chaire intitulée Histoire et mémoires de l’esclavage à la School of Oriental and African Studies (SOAS) de l’université de Londres. Elle est titulaire d’un
doctorat de l’université de la Sorbonne et a reçu un doctorat honorifique en droit de l’université Concordia de Montréal (Canada) en 2022. Elle est membre de la Royal Historical Society — dont elle a été vice-présidente —, membre de l’Académie du pays de Galles et ancienne membre du jury du prestigieux prix littéraire International Man Booker Prize.

Amina Mama : INTELLECTUELLE D’AVANT-GARDE (NIGERIA – ETATS-UNIS)

La professeure Amina Mama, chercheuse et universitaire nigériane, a beaucoup publié et voyagé. Elle a vécu et travaillé au Nigeria, en Afrique du Sud, en Grande-Bretagne, aux Pays- Bas et aux États-Unis. Elle a passé dix ans (1999- 2009) à diriger la création de l’Institut africain du genre de l’université du Cap, une institution continentale dédiée au développement de recherches transformatrices alliant théorie féministe et militantisme. Rédactrice fondatrice de la revue continentale d’études de genre, ses travaux portent sur la culture et la subjectivité, la politique et les politiques, les mouvements de femmes et le militarisme. Elle a également coproduit le film documentaire de cinquante minutes Les sorcières de Gambaga en 2010.

Sa pensée est révolutionnaire à plus d’un titre : non seulement parce qu’elle est féministe, mais surtout parce qu’elle montre que la quête de liberté et d’égalité initiée par les femmes africaines remonte à plusieurs millénaires. Et que le féminisme occidental, qui domine le discours contemporain sur la démocratie et les questions de genre, est, au mieux, en retard sur les aspirations des femmes africaines. Elle va même plus loin, suggérant que les nombreux exemples de femmes africaines pionnières dans la revendication de liberté sont, en réalité, les sources d’inspiration intellectuelles des « nouveaux » féminismes occidentaux.

Elle cite notamment des femmes africaines mythiques dont les œuvres anciennes, savantes et philanthropiques, mettent en lumière les limites conceptuelles de la pensée féministe moderne : parmi elles, les figures érudites et militaires médiévales nigérianes Nana Asmau et Amina de Zazzau, ou encore la Marocaine Fatima bint Mohammed ben Fehri, philanthrope et voyageuse, fondatrice de l’ancienne université Al-Qarawiyin à Fès, au Maroc, en 859.

Chimamanda Ngozi Adichie : EN ATTENDANT LE NOBEL (NIGERIA)

Certaines personnes ont tellement de talent dans leur domaine qu’à peine leur premier travail publié, tout le monde s’attend à ce qu’elles reçoivent un jour le prix Nobel. C’est par exemple le cas de l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, dont l’œuvre a désormais conquis le monde entier et qui est régulièrement pressentie pour la plus prestigieuse distinction littéraire dont rêvent tous les auteurs.

Son premier roman, Purple Hibiscus (2003), a remporté le Commonwealth Writers’ Prize, et son deuxième, Half of a Yellow Sun (2006), l’Orange Prize. Son roman Americanah, paru en 2013, a reçu le National Book Critics Circle Award aux États-Unis et a été classé parmi les dix meilleurs livres de l’année 2013 par le New York Times. Son œuvre est aujourd’hui traduite en plus de trente langues.

Chimamanda Ngozi Adichie est née à Enugu, au Nigeria. Elle a grandi sur le campus de l’université du Nigeria, à Nsukka, où son père était professeur et sa mère, première femme secrétaire générale de l’établissement. Elle a étudié la médecine pendant un an à Nsukka, puis est partie aux États-Unis à dix-neuf ans pour poursuivre ses études dans d’autres disciplines. Elle a obtenu un diplôme avec mention très bien de l’université d’État du Connecticut oriental, en communication et en sciences politiques.

Elle est également titulaire d’un master en création littéraire de l’université Johns Hopkins et d’un master en histoire africaine de l’université Yale. Outre son écriture sublime, son talent réside dans sa capacité à redéfinir le féminisme dans sa forme la plus simple — « la conviction que les hommes et les femmes doivent être égaux sur le plan social, politique et économique » — et à l’enraciner dans son vécu de femme nigériane. Elle a brisé l’idée selon laquelle le féminisme serait une « importation occidentale », en le rendant à la fois local et universel.

Tsitsi Dangarembga : LE DEVOIR DE RÉVOLTE (ZIMBABWE)

Quand on demande à Tsitsi Dangarembga pourquoi elle a voulu devenir écrivaine, sa réponse surprend : « Je trouve que c’est l’écriture qui m’attirait, plutôt que l’inverse, dit-elle. J’ai toujours eu envie de raconter des histoires, mais je ne pensais pas en faire mon métier. En fait, je voulais devenir cinéaste. Cela dit, j’ai voulu écrire de la fiction spéculative dès l’âge de huit ans. Même à cette époque, je ne pensais pas être “écrivain”. Je trouve aussi que vouloir écrire est différent de vouloir être écrivain. Je pensais écrire comme je faisais d’autres choses. Puis, à un moment donné, j’ai réalisé que l’écriture me consumait, et j’y ai cédé. J’aimerais toujours faire mes films, qui commencent aussi par l’écriture. »

Elle y est bien parvenue : elle est la première femme zimbabwéenne noire à avoir publié un roman en anglais. C’était Nervous Conditions, paru en 1988, un ouvrage qui explore les questions postcoloniales et le patriarcat, et que les critiques littéraires de la BBC ont décrit comme l’un des cent livres qui ont « façonné le monde ». Rien que cela !
Tsitsi Dangarembga a étudié en Grande-Bretagne et au Zimbabwe, où elle a obtenu un diplôme de psychologie à l’université du Zimbabwe, avant de se spécialiser en réalisation à l’Académie du film et de la télévision de Berlin (Allemagne). En tant que cinéaste, elle a fondé la société de production Nyerai Films et réalisé plusieurs films primés. Elle est également la fondatrice de l’Institut des arts créatifs pour le progrès en Afrique (ICAPA) et du International Images Film Festival for Women.

Son militantisme est bien connu : elle s’est souvent engagée publiquement pour les droits des femmes et la justice sociale au Zimbabwe, ayant fondé plusieurs organisations et participé à des manifestations contre le gouvernement. En juillet 2020, elle a été brièvement arrêtée et condamnée pour « incitation à la violence publique », après avoir pris part à des manifestations anticorruption dans les rues de Harare.

Samia Kassab Cherfi : L’INTRANQUILLITÉ EN NOUS (TUNISIE)

Le grand public ne connaît pas son nom, mais les intellectuels africains les plus respectés dans le monde — notamment ceux qui enseignent dans les plus prestigieuses universités américaines — la citent publiquement comme une véritable force de la nature et une personne d’une grande humilité. Samia Kassab Cherfi est professeure de littérature française et francophone à l’université de Tunis. Parlant de littérature et d’écriture, elle aime à rappeler le mot de Patrick Chamoiseau selon lequel « on est toujours en résistance contre soi, et en libération de soi, quand on écrit vraiment ».

Reconnue pour ses travaux sur la poétique et la rhétorique, elle a d’abord concentré ses recherches sur la poésie classique (Baudelaire, Rimbaud, Saint-John Perse) avant de les orienter vers des problématiques contemporaines. Son travail le plus récent se focalise sur l’écopoétique et l’écocritique, s’interrogeant sur l’impact des dérèglements climatiques et environnementaux sur la créativité littéraire.

Lauréate du prix Ibn Khaldoun–Senghor 2023 pour sa traduction du roman Barg Ellil de Béchir Khraïef, elle est titulaire d’une thèse de doctorat d’État en langue et littérature françaises, soutenue en 2003 à Tunis. Grande spécialiste de la littérature de langue française des Caraïbes, elle enseigne également dans plusieurs universités françaises. Après Autour d’Édouard Glissant : lectures, épreuves, extensions d’une poétique de la relation, ouvrage dans lequel elle explore l’univers et la stylistique de l’inventeur de la créolité, elle publie en 2012 une étude poétique sur une autre grande figure de la littérature antillaise : Patrick Chamoiseau.

Elle est l’autrice de plusieurs publications, parmi lesquelles : Mémoires et imaginaires du Maghreb et de la Caraïbe (2013), Patrick Chamoiseau (2012), Et l’une et l’autre face des choses : la déconstruction poétique de l’histoire dans “Les Indes” et “Le Sel noir” d’Édouard Glissant (2011).

Amanda Gorman : LA MUSE DE L’UNITÉ ET DE L’ESPOIR (ETATS-UNIS)

Ceux qui ont regardé Amanda Gorman à la télévision le 20 janvier 2021, lors de la cérémonie d’investiture du président américain Joe Biden, n’ont jamais oublié l’extraordinaire performance de cette jeune fille alors âgée de vingt-deux ans, lisant un poème transcendant sur le thème de l’unité. Ce fut un moment magique, partagé par des milliards de téléspectateurs à travers le monde.

Ceux qui ont regardé Amanda Gorman à la télévision le 20 janvier 2021, lors de la cérémonie d’investiture du président américain Joe Biden, n’ont jamais oublié l’extraordinaire performance de cette jeune fille alors âgée de vingt-deux ans, lisant un poème transcendant sur le thème de l’unité. Ce fut un moment magique, partagé par des milliards de téléspectateurs à travers le monde.

Le comité d’organisation de la cérémonie d’investiture avait contacté Amanda Gorman seulement trois semaines plus tôt. La jeune poétesse avait alors appris que Jill Biden l’avait découverte à la Bibliothèque du Congrès, en 2017, lors d’une lecture de son poème In This Place: An American Lyric, texte dans lequel Amanda Gorman condamnait une marche raciste organisée à Charlottesville, en Virginie. La future Première dame avait suggéré que la poétesse lise un poème lors de l’investiture. Aucune consigne particulière ne lui avait été donnée, sinon de parler d’unité et d’espoir.

Amanda Gorman est ainsi devenue la plus jeune poète inaugurale de l’histoire des États- Unis. Auteure primée, elle est diplômée avec mention de l’université Harvard, où elle a étudié la sociologie. Elle a écrit pour le New York Times, et trois de ses livres sont en cours de parution.

Née et élevée à Los Angeles, elle a commencé à écrire dès sa tendre enfance. Sa production littéraire lui a valu des invitations à la Maison-Blanche sous Barack Obama.

Amanda Gorman ne cache pas son ambition. Dans une interview accordée au New York Times en 2017, elle déclarait même avoir la Maison-Blanche dans son viseur : « C’est un objectif très lointain, mais en 2036, je présenterai ma candidature pour devenir présidente des États-Unis », affirmait-elle, avant d’ajouter à l’intention du journaliste : « Vous pouvez ajouter cela à votre calendrier iCloud. »

Imbolo Mbue : LA CONTEUSE DES RÊVES BRISÉS ET RETROUVÉS (CAMEROUN)

Son histoire littéraire est bien plus qu’un conte de fées. En 2016, le magazine O, de la célèbre grande dame des médias américaine Oprah Winfrey, annonce à Imbolo Mbue qu’elle recevra un appel du responsable de la section littéraire, qui souhaiterait lui parler d’une recension de son roman. Le téléphone sonne et, surprise, c’est Oprah elle-même qui ne lui annonce pas une recension, mais une nouvelle dont elle n’aurait jamais rêvé : son premier roman, Voici les rêveurs, a été choisi comme livre du mois de son prestigieux club de lecture — ce qui lui assure instantanément des millions d’exemplaires vendus et une renommée mondiale.

L’espace d’un moment, Imbolo Mbue est confuse au téléphone ; puis, réalisant ce qui lui arrive, elle explose de joie — une joie qui ne l’a jamais quittée depuis. Sa vie change complètement ce jour-là : elle devient une célébrité littéraire. Et elle l’a bien mérité, car son oeuvre est originale et puissante.

« Il y a quinze ans, je suis entrée dans une bibliothèque publique aux États-Unis et j’ai emprunté ma première sélection du club de lecture d’Oprah : Le Chant de Salomon, de Toni Morrison. J’ai été tellement inspirée par cela que j’ai commencé à écrire, sans trop réfléchir à l’endroit où mon écriture me mènerait, n’imaginant jamais vraiment qu’elle me conduirait un jour à ce privilège intimidant », dira Imbolo Mbue, interviewée par Oprah Winfrey elle-même et par toutes les grandes chaînes de télévision.

Originaire de la ville balnéaire de Limbé, au Cameroun, cette brillante romancière est titulaire d’une licence de l’université Rutgers et d’un master de l’université Columbia. Elle a émigré aux États-Unis à l’âge de seize ans et vit à New York. Son premier roman, salué par la critique, a remporté le prix PEN/Faulkner de fiction en 2017 et a été cité par le New York Times et le Washington Post parmi leurs livres remarquables. Son deuxième roman, intitulé Puissions-nous vivre longtemps et paru en 2021, est considéré comme encore meilleur — preuve qu’elle a dompté le syndrome du succès.

Hemley Boum : CHRONIQUEUSE DES COEURS SENSIBLES (CAMEROUN)

Dans l’univers pourtant surchargé des grandes femmes de lettres camerounaises (un monde très compétitif qui inclut des talents hors norme comme Imbolo Mbue, Leonora Miano, Calixthe Beyala, Djaili Amadou Amal, Nana Nkweti, Nathalie Etoke et Werewere-Liking entre autres), Hemley Boum occupe une place à part. Pas seulement pour les nombreux prix qu’elle collectionne. Son entrée fracassante dans la célèbre collection Blanche de l’éditeur français Gallimard la place désormais en pole position pour produire une œuvre qui s’inscrit dans la postérité.

Enfant à Douala où elle a grandi, Hemley Boum a gardé le souvenir de l’absence notable d’auteurs africains dans les bibliothèques de son école, une lacune qu’elle s’est par la suite efforcée de combler par ses écrits. Habitée très tôt par le démon de l’écriture, elle a voulu produire des livres qui parleraient directement aux jeunes de son pays et de son continent, non seulement à travers des problématiques familières mais également avec des personnages qui leur ressemblent.

Elle a étudié l’anthropologie et le commerce international, ce qui lui confère une perspective singulière sur les dynamiques sociales et économiques de son Cameroun natal et de
l’Afrique. Le Clan des femmes (2010), son premier livre, a marqué le début d’une carrière littéraire couronnée de succès. Son roman Les Maquisards (2015), aborde des sujets douloureux et sensibles de l’histoire, tels que la décolonisation et la résistance armée camerounaise, en se concentrant sur les vies des anonymes plutôt que sur les figures héroïques. Son approche est celle d’une « littérature de l’intime », cherchant à s’approcher au plus près des « désordres humains » pour raconter les petites victoires et défaites du quotidien.

Hemley Boum a remporté de nombreuses distinctions prestigieuses, notamment le Grand prix littéraire d’Afrique noire en 2015 pour son roman Les Maquisards, le Prix Ahmadou-Kourouma en 2020 pour Les Jours viennent et passent et le Prix littéraire des Sciences Po en 2024 et le prix des cinq continent de la Francophonie 2025 pour Le Rêve du pêcheur.

Edith Brou : UNE INFLUENCEUSE ÉTHIQUE (CÔTE D’IVOIRE)

Edith Brou dit avoir eu une enfance des plus normales, à Abidjan, dans une famille modeste. Normal, lorsque l’on a cinq grandes sœurs et un petit frère : les parents sont alors préoccupés par les aînées et par le petit dernier, ce qui lui permet de laisser promener son esprit. Elle fait ses études secondaires au lycée d’excellence de Cocody, puis s’inscrit à l’université Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan pour étudier les sciences économiques. Déjà petite, elle adorait la science-fiction et les nouvelles technologies. « J’étais une grande fan de Star Wars et de Stargate, dit-elle. J’étais très rêveuse. Je m’imaginais travailler dans le monde de la publicité. Malheureusement, l’université de publicité étant privée, mes parents ne pouvaient pas me l’offrir. J’ai donc fait deux années de sciences économiques dans une université publique. Ça ne me plaisait vraiment pas. »

Au grand dam de ses parents, elle a suivi son instinct et poursuivi ses rêves. À vingt-deux ans, sans formation particulière, elle commence à travailler dans l’agence de communication de son beau-frère et se forme sur le tas. Internet fait alors son apparition en Côte d’Ivoire et Facebook naît en 2007. Elle crée son blog et devient la première femme connue dans le domaine de la tech dans le pays.

« On peut dire que j’ai créé mon métier de community manager et de blogueuse, raconte-t- elle avec le recul. Grâce à mon blog, je n’ai jamais déposé de CV. J’ai été débauchée comme community manager et chargée web chez AOS, l’une des plus grosses agences de publicité ivoiriennes. J’ai ensuite été recrutée par People Input, une agence de communication digitale sénégalaise qui souhaitait créer une succursale en Côte d’Ivoire. »

Aujourd’hui, Edith Brou, mère de trois garçons et épouse du peintre Jacob Bleu, est l’une des figures les plus influentes du numérique en Côte d’Ivoire. Aucune grande entreprise privée, ni agence gouvernementale ou institution internationale basée en Côte d’Ivoire, n’envisage d’événement médiatique sans la consulter, même informellement. Rien ne lui fait plus plaisir que de former des compatriotes plus jeunes, car, dit- elle, « tout ce qui ne se partage pas se perd ».

Rihanna : LA PERLE DES CARAÏBES (ETATS-UNIS)

Rihanna transforme tout ce qu’elle touche en or. Dès sa première décennie dans le show- business, elle s’est imposée comme la plus jeune artiste solo à atteindre la première place du Billboard Hot 100 avec quatorze singles — la plus rapide à y parvenir — et a vendu plus de 54 millions d’albums et 210 millions de titres dans le monde. Mieux : elle est « l’artiste numérique ayant vendu le plus de disques de tous les temps, avec plus de 100 millions de disques d’or et de platine », ayant remporté huit Grammy Awards et quatorze Billboard Music Awards, parmi d’innombrables distinctions musicales.

Outre ses succès musicaux, Rihanna est aussi une femme d’affaires à très grand succès, à la tête de multiples entreprises florissantes. Et, pour couronner le tout, son influence culturelle indéniable l’a inscrite à jamais dans l’histoire comme une icône mondiale malgré son jeune âge. Une véritable force de la nature !

Tout a commencé en 2003, par une performance improvisée devant les producteurs new-yorkais Evan Rogers et Carl Sturken, alors en vacances dans son pays, la Barbade. Robyn Rihanna Fenty n’avait que quinze ans, mais elle a immédiatement décroché un contrat pour son premier album, Music of the Sun.

Un an plus tard, Rihanna sort son deuxième album, A Girl Like Me, certifié disque de platine, avec les singles numéro 1 « SOS » et « Unfaithful ».
Mais c’est l’album Good Girl Gone Bad, paru en 2007, qui l’a propulsée au rang d’icône mondiale. S’éloignant de ses racines musicales caribéennes, la chanteuse a démontré son talent pour la réinvention en évoluant vers des morceaux dance plus rythmés. Le premier single de l’album, « Umbrella », a mené la charge : le morceau est devenu la chanson pop numéro 1 incontestée de l’été, dominant les classements Billboard (pop, urban et crossover) pendant cinquante-deux semaines consécutives. « Umbrella » a valu à Rihanna son premier Grammy Award en 2008 pour la meilleure collaboration rap/ chant.

De plus, Rihanna est une force inarrêtable sur le plan des tournées mondiales. Elle est la première artiste solo féminine à avoir vendu dix concerts à guichets fermés à l’O Arena de Londres. Ses tournées mondiales — y compris le Diamonds World Tour, qui s’est achevé en 2013 — l’ont emmenée dans plus de cent pays, remplissant arènes et stades à chaque étape. En 2014, Rihanna a été honorée du tout premier Icon Award aux American Music Awards. Sa mère, Monica Braithwaite, était montée sur l’estrade pour lui remettre le prix.

Beyoncé : LA FORCE DU CHANGEMENT (ETATS-UNIS)

Beyoncé Giselle Knowles a été préparée à la célébrité dès son plus jeune âge. Elle a commencé à chanter, danser et se produire lors de concours de talents à Houston, sa ville natale, à l’âge de sept ans. Au lycée, elle chantait avec sa cousine Kelly Rowland et ses camarades de classe LaTavia Roberson et LeToya Luckett, au sein d’un groupe qui fut plus tard managé par le père de Beyoncé — et tuteur de Rowland —, Matthew Knowles. Le groupe s’appelait d’abord Girl’s Tyme, mais lorsqu’elles ont signé un contrat avec la puissante firme musicale Columbia en 1997, elles ont pris le nom de Destiny’s Child.

En 1998, le groupe a sorti son premier album, Destiny’s Child, qui incluait le tube à succès « No, No, No ». Mais c’est The Writing’s on the Wall, sorti en 1999, qui a fait exploser la notoriété et les comptes bancaires de ces jeunes chanteuses, avec des titres comme « Bug a Boo », « Jumpin’ Jumpin’ », « Bills, Bills, Bills » et surtout « Say My Name ». Cette dernière chanson a remporté deux Grammy Awards et a été interprétée avec brio par Beyoncé, dont l’approche mélodique, rythmique et inspirée du hip-hop allait révolutionner le chant R&B.

Très rapidement, Beyoncé a entamé une carrière solo et s’est imposée comme une artiste dont le parcours est une quête incessante de contrôle créatif et une redéfinition de l’industrie musicale elle- même. Elle a remporté trente- cinq Grammy Awards, ce qui fait d’elle l’artiste la plus récompensée de l’histoire de la cérémonie, avec quatre- vingt-dix-neuf nominations à ce jour. Parmi ses victoires figure le prix de l’album de l’année pour Cowboy Carter lors de la cérémonie de 2025.

En plus de ses activités d’actrice et de chanteuse, Beyoncé — qui est mariée au rappeur Jay-Z — dirige avec sa mère une ligne de vêtements appelée House of Deréon. Elle a également lancé sa propre gamme de parfums. Elle est égérie et mannequin pour plusieurs grandes marques, dont L’Oréal et Tommy Hilfiger.

Megan Thee Stallion : LA VOIX DES FEMMES NOIRES (ETATS-UNIS)

Rappeuse, chanteuse et compositrice américaine très influente dans le monde de la musique urbaine, Megan Thee Stallion est connue pour son style énergique, ses paroles puissantes et sa présence scénique captivante. Elle est également admirée pour son discours d’autonomisation des femmes et sa confiance en soi. En plus de sa carrière musicale, elle a reçu plusieurs récompenses, dont des Grammy Awards, et elle est considérée comme l’une des figures majeures de la scène rap contemporaine.

En 2020, elle a écrit une tribune dans le New York Times pour évoquer son militantisme et le manque de respect dont sont victimes les femmes noires. Intitulé « Pourquoi je défends les femmes noires », cet éditorial explore son expérience en tant que femme noire dans le hip-hop et explique pourquoi elle n’a plus peur des critiques.

Megan Thee Stallion a tenu à préciser qu’elle n’est pas la seule femme noire du secteur à faire face à de telles critiques et à un tel examen minutieux, citant Serena Williams, Nicki Minaj, Cardi B et d’autres femmes noires historiques, dont Alice H. Parker, Marie Van Brittan Brown, Katherine Johnson, Rosa Parks, Shirley Chisholm et Loretta Lynch.

Elle avait exprimé l’espoir qu’une candidature de Kamala Harris à la vice-présidence marquerait
le début d’une ère où les femmes noires ne feraient plus l’histoire « pour avoir accompli des choses qui auraient dû être réalisées il y a des décennies… ».

Mais cela prendra du temps, reconnaissait-elle. « Et les femmes noires ne sont pas naïves. Nous savons qu’après le dernier tour de scrutin et le décompte des voix, nous allons probablement devoir recommencer à nous battre pour nous- mêmes », écrivait-elle. « Car, du moins pour l’instant, c’est tout ce que nous avons. »

Doja Cat : LA REINE DU MONDE VIRTUEL (ETATS-UNIS)

De son vrai nom Amala Ratna Zandile Dlamini, Doja Cat est une chanteuse, rappeuse, auteure- compositrice et productrice américaine, connue pour son style musical éclectique mêlant pop, rap, R&B et musique électronique. Elle s’est imposée sur la scène musicale mondiale par son talent, sa créativité et sa présence marquée sur les réseaux sociaux. Fille de l’acteur et danseur sud-africain Dumisani Dlamini, elle est née à Los Angeles, puis a grandi à New York avant de retourner en Californie, où elle a pris des cours de danse et de ballet.

L’itinéraire et la carrière de Doja Cat reflètent sa vie familiale chaotique — et elle ne le cache pas. Avec son frère aîné, Raman, elle a été élevée par leur mère, Deborah Sawyer, et leur grand-mère. Deborah Sawyer est peintre et créatrice de vêtements. Leur père, Dumisani Dlamini, n’a pas beaucoup participé à son éducation. D’ailleurs, ils ne se sont jamais rencontrés en personne, mais ont seulement correspondu virtuellement.

Après avoir abandonné ses études, Doja Cat a appris seule à chanter, rapper et produire de la musique sur l’application GarageBand, en utilisant des rythmes trouvés sur YouTube. Sa carrière et son succès illustrent la manière dont un artiste moderne peut s’appuyer sur son authenticité et sa maîtrise de la culture d’Internet pour faire tomber les barrières de genre traditionnelles et tracer un chemin unique vers la renommée mondiale.

Aya Nakamura : LE SON D’UNE IDENTITÉ MONDIALE (FRANCE – MALI)

Aya Nakamura, chanteuse franco-malienne née à Bamako et élevée à Aulnay-sous-Bois, s’est imposée comme l’artiste francophone la plus écoutée au monde. Sa prestation spectaculaire aux Jeux olympiques de Paris 2024, où elle a interprété Pookie et Djadja sur le pont des Arts, a marqué les esprits et confirmé son statut d’icône mondiale.

Issue d’une famille de griots, elle a abandonné des études de mode pour se consacrer à la musique, se faisant connaître sur les réseaux avec Brisé puis Djadja. Sous son nom de scène, inspiré de la série Heroes, Aya a défié les critiques et les préjugés pour devenir une figure d’émancipation. Son style unique mêle pop, R&B, zouk et afrobeats, tandis que son langage métissé — entre argot français et bambara — incarne une identité moderne, audacieuse et universelle.

Tems : LES BÉNÉFICES DE L’INTÉGRITÉ ARTISTIQUE (NIGERIA)

Tems, de son vrai nom Temilade Openiyi, est une artiste nigériane d’origine yoruba, dont le prénom signifie « la couronne est à moi ». Après un séjour au Royaume-Uni durant son enfance, elle a grandi au Nigeria, immergée dans une culture musicale riche mêlant highlife, soul et R&B, qui a nourri sa passion pour la musique. Malgré la séparation de ses parents, elle a développé très tôt un talent musical naturel, s’exerçant dans la chorale de son école et apprenant la production en autodidacte.

Après des études au Dowen College de Lagos, puis à l’étranger, Tems a fait ses débuts en 2018 avec « Mr. Rebel », suivi de « Try Me » en 2019, qui a marqué sa percée sur la scène nigériane. Sa renommée internationale s’est affirmée avec « Essence », sa collaboration avec Wizkid, puis avec des artistes comme Drake. En 2024, elle a sorti son premier album Born in the Wild et remporté plusieurs Grammy Awards.

Aujourd’hui, Tems incarne une nouvelle génération d’artistes africains alliant authenticité, fierté culturelle et succès mondial.

Yemi Alade : L’AMBASSADRICE DE L’AFROBEATS (NIGERIA)

Yemi Alade incarne une Afrique contemporaine, audacieuse et résolument tournée vers le monde. En un peu plus d’une décennie, elle s’est imposée comme l’une des artistes africaines les plus influentes de sa génération. Révélée en 2014 par le tube planétaire Johnny, elle a conquis les charts, cumulé des centaines de millions de vues sur YouTube et porté l’afropop sur toutes les scènes internationales. Polyglotte musicale, elle chante en anglais, français, yoruba, igbo ou swahili, et fait de cette diversité sa signature. Récompensée à de multiples reprises — MTV Africa Music Awards, BET Awards, All Africa Music Awards — Yemi Alade est aujourd’hui une figure incontournable de la musique africaine mondiale.

Mais son impact dépasse largement le cadre musical. Artiste engagée, elle utilise sa notoriété pour défendre l’émancipation des femmes, l’éducation des jeunes filles et la valorisation des cultures africaines. Ambassadrice de bonne volonté pour des organisations internationales, elle s’impose comme une voix forte et respectée, alliant glamour, conscience sociale et fierté identitaire. Une artiste complète, libre et puissante.

Née Yemi Eberechi Alade au Nigeria, elle grandit dans une famille multiculturelle qui nourrit très tôt sa curiosité artistique. En 2009, elle remporte l’émission Peak Talent Show, un premier tremplin décisif. Mais c’est avec son deuxième album, King of Queens, qu’elle change d’échelle et s’affirme comme une reine à part entière. Depuis, chaque projet confirme sa capacité à se réinventer sans jamais perdre son ancrage africain — faisant de Yemi Alade bien plus qu’une star : une icône panafricaine.

Charlotte Dipanda : LA VOIX DE L’ÂME CAMEROUNAISE (CAMEROUN)

Charlotte Dipanda, née à Yaoundé dans une famille d’artistes, a décidé dès l’adolescence qu’elle deviendrait chanteuse, malgré les doutes de ses parents. Élevée par sa grand-mère, elle a grandi entre Yaoundé, Douala et Mbouda, bercée par la musique et les valeurs familiales. Sa carrière débute lors de la Fête de la musique à Douala en 2000, où elle remporte un concours avec un groupe local. Ce succès l’encourage à chanter dans les cabarets, où elle rencontre Lokua Kanza, qui la pousse à s’installer en France.

En 2008, elle sort Mispa, son premier album — un hommage à sa grand-mère — qui révèle sa voix puissante et émotive. Le disque connaît un immense succès et asseoit sa réputation sur la scène africaine. Désormais installée à Paris, Charlotte Dipanda continue de célébrer ses racines camerounaises tout en se produisant à travers le monde. Ses collaborations avec des légendes comme Manu Dibango, Richard Bona ou Yemi Alade confirment son statut d’icône de la musique africaine contemporaine.

Angélique Kidjo : LA DAME AUX 5 GRAMMYS (BENIN)

Le parcours de cette Béninoise, cinq fois lauréate d’un Grammy Award, est hors norme. Elle est l’une des plus grandes artistes de la musique internationale actuelle, une force créatrice avec seize albums à son actif. Le magazine Time la considère comme la « première diva d’Afrique » et l’a désignée comme l’une des personnalités les plus influentes au monde en 2021.

Comme chanteuse et interprète, sa voix percutante, sa présence scénique et sa maîtrise de multiples cultures et langues lui ont valu le respect de ses pairs et ont élargi son audience bien au-delà des frontières nationales. Angélique Kidjo a mêlé les traditions ouest-africaines de son enfance au Bénin à des éléments de R&B, de funk et de jazz américains, ainsi qu’à des influences européennes et latino-américaines.

Angélique Kidjo a fait la une du New York Times en 2020, à l’occasion de la célébration de son anniversaire et de celui de l’indépendance du Bénin. La même année, le clip de sa version de la mythique chanson de Myriam Makeba, Pata Pata, publié par l’UNICEF, a enregistré vingt-quatre millions de vues sur Facebook. Elle a chanté lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Tokyo en juillet 2021 et a fait salle comble au Carnegie Hall de New York quatre mois plus tard avec son concert Mother Nature. En juillet 2023, elle a participé à la célébration du 90ème anniversaire de Quincy Jones au Hollywood Bowl de Los Angeles. En décembre de l’année dernière, elle a interprété un titre lors de la grande réouverture de Notre-Dame de Paris.

Angélique Kidjo défend également la cause des enfants en tant qu’ambassadrice de l’UNICEF et d’OXFAM. Elle a créé sa propre fondation caritative, Batonga, dédiée au soutien à l’éducation des jeunes filles en Afrique.

Alicia Keys : ICÔNE MULTIDIMENSIONNELLE (ETATS-UNIS)

Ses admirateurs aiment à dire qu’il est fort probable que même les habitants de la planète Mars connaissent son nom. Et pour cause : s’il est une ville mythique sur Terre capable de fasciner les non- Terriens, c’est bien New York. Or, Alicia Keys a écrit et interprété New York, l’une des plus belles odes modernes à cette métropole qu’on surnomme affectueusement la Grosse Pomme. Chanteuse, auteure-compositrice, musicienne, productrice, actrice accomplie et écrivaine à succès — ses livres figurent parmi les meilleures ventes du New York Times —, lauréate de quinze Grammy Awards, cette Américaine a presque tout remporté dans les domaines artistiques où elle s’est engagée.

Elle a récemment annoncé sur Facebook, à ses quarante-deux millions d’abonnés, la parution de son nouveau livre Hell’s Kitchen (La Cuisine de l’enfer), un ouvrage longuement mûri pendant plus de douze ans et inspiré du spectacle autobiographique qu’elle a créé à Broadway en 2023.

Ce spectacle retrace, en partie, sa jeunesse d’adolescente de dix-sept ans et reprend plusieurs de ses chansons les plus emblématiques. Le succès a été immédiat : Hell’s Kitchen a obtenu treize nominations aux prestigieux Tony Awards.

En dehors de la musique, Alicia Keys s’est également illustrée au cinéma, notamment dans Smokin’ Aces (2006), Le Journal d’une baby-sitter (2007) et La Vie secrète des abeilles (2008). En 2011, elle a coréalisé Five, un téléfilm composé de cinq courts métrages consacrés aux femmes atteintes d’un cancer du sein. Elle a aussi été coach et membre du jury de l’émission de chant The Voice, et a animé la cérémonie des Grammy Awards en 2019 et 2020.

Angela Bassett : MADAME LA PRÉSIDENTE (ETATS-UNIS)

Ceux qui ont regardé les trois derniers films de la série « Mission : Impossible » ont été émerveillés par la performance de l’actrice américaine Angela Bassett, qui y joue successivement les rôles de directrice de la Central Intelligence Agency (CIA, services de contre-espionnage américains) et de présidente des États-Unis. Les producteurs de ces mégaprojets hollywoodiens ne lui ont pas confié ces rôles délicats et importants parce qu’ils ambitionnaient de célébrer la diversité à l’écran. Non. Ils l’ont fait parce que les fans le demandaient, parce que cette grande actrice a toujours su apporter à ses personnages un supplément d’âme et de gravité.
Angela Bassett n’est pas une superstar hollywoodienne comme les autres. Elle ne s’est pas contentée d’être belle et d’avoir un talent d’actrice. Elle est l’une des femmes les plus brillantes qui aient jamais choisi de faire carrière au cinéma. Elle a étudié à l’université Yale, l’une des plus sélectives et des plus prestigieuses au monde. Elle y a d’abord obtenu sa licence, se spécialisant dans les études afro-américaines. Ensuite, elle a obtenu une maîtrise en beaux-arts à l’École d’art dramatique de Yale. C’est aussi à Yale qu’elle a rencontré son futur mari, Courtney B. Vance, diplômé de l’École d’art dramatique en 1986.

Elle est devenue célèbre pour ses rôles biographiques au cinéma, incarnant des femmes Elle est devenue célèbre pour ses rôles biographiques au cinéma, incarnant des femmes afro-américaines, notamment la chanteuse Tina Turner dans le film What’s Love Got to Do with It, ainsi que pour son interprétation de Betty Shabazz dans les films Malcolm X et Black Panther, de Rosa Parks dans The Rosa Parks Story, de Katherine Jackson dans la mini-série The Jacksons : An American Dream et de Voletta Wallace dans le film Enchaînés.

Lupita Nyong’o : UN TALENT AUX MULTIPLES FACETTES (KENYA)

Lupita Nyong’o, actrice kényano-mexicaine, est née au Mexique dans une famille d’universitaires, avant de grandir entre le Kenya et les États-Unis. Étudiante au Hampshire College, elle se découvre une passion pour le cinéma et réalise In My Genes (2009), un documentaire sur la discrimination envers les personnes albinos au Kenya. Après un passage remarqué dans la série Shuga, elle poursuit sa formation à la Yale School of Drama, où son talent s’affirme.

Sa carrière explose en 2013 avec 12 Years a Slave, où son rôle bouleversant de Patsey lui vaut l’Oscar du meilleur second rôle, une première pour une actrice kényane et mexicaine. Elle enchaîne ensuite les succès avec Non-Stop, Star Wars : Le Réveil de la Force et Le Livre de la jungle. Engagée pour les droits des femmes et la diversité, Lupita Nyong’o est aussi autrice du livre pour enfants Sulwe et lauréate d’un Emmy Award pour la série Serengeti. Une artiste complète, inspirante et engagée.

Mati Diop : ÉLOGE DE L’HYBRIDE (FRANCE – SENEGAL)

Novembre 2021 : à l’issue d’un processus de négociations politiques long de plusieurs années, vingt-six trésors royaux et chefs-d’œuvre artistiques de l’ancien Dahomey quittent Paris pour être rapatriés vers leur terre d’origine, devenue le Bénin. Avec plusieurs milliers d’autres, ces œuvres furent pillées lors de l’invasion des troupes coloniales françaises en 1892. L’actrice et réalisatrice franco-sénégalaise Mati Diop décide de faire de ce sujet un film, Dahomey. Elle souhaite que l’âme des œuvres se libère et que le débat qui fait rage sur la question des restitutions se reflète dans son film.

Des sous-sols du musée du quai Branly–Jacques Chirac jusqu’au palais présidentiel de Cotonou, la réalisatrice accompagne le voyage de retour des statues jusqu’à leur pays d’origine. En prêtant sa voix aux statues dérobées, puis en donnant la parole aux étudiants béninois de l’université d’Abomey-Calavi, Mati Diop plonge le spectateur au coeur du débat postcolonial sur la restitution du patrimoine matériel africain par les pays européens. Dahomey est un film hybride, mêlant fiction fantastique et documentaire, un film qui reflète sa vision du monde et son goût de la nuance.

Née à Paris, Mati Diop n’est autre que la fille du musicien sénégalais Wasis Diop, dont le travail fusionne la musique folklorique sénégalaise avec la pop et le jazz, et la nièce du grand cinéaste Djibril Diop Mambéty (décédé en 1998). Son œuvre explore des thèmes tels que l’exil, l’identité et la mémoire, à travers des films mêlant documentaire et fiction. Elle a marqué les esprits en remportant le Grand Prix du Festival de Cannes en 2019 pour son premier long métrage, Atlantique, devenant ainsi la première réalisatrice noire en compétition officielle au Festival de Cannes. Son film Dahomey (2024) a également remporté l’Ours d’or à la Berlinale.

Aida Muluneh : LA VÉRITÉ EN NOIR ET BLANC (ETHIOPIE)

Aida Muluneh, photographe éthiopienne et ambassadrice Canon, est reconnue pour la puissance visuelle et la profondeur symbolique de ses œuvres. Ses images, à la fois audacieuses et raffinées, captivent le regard et provoquent la réflexion. Formée à la photographie en noir et blanc, elle défend la maîtrise des bases techniques avant toute exploration de la couleur, convaincue que « la vérité est soit noire, soit blanche ».

Fondatrice de l’Addis Foto Fest, premier festival international de photographie en Afrique de l’Est, Aida Muluneh est aussi une artiste exposée au MoMA et au Smithsonian. Après une enfance entre le Yémen, l’Angleterre et Chypre, elle a étudié la communication et le cinéma à l’université Howard avant de devenir photojournaliste au Washington Post. Lauréate de nombreux prix, elle dirige aujourd’hui l’entreprise DESTA, dédiée à l’éducation et au développement artistique en Afrique. Pour elle, la photographie est un outil de transformation culturelle et sociale, capable de changer les perceptions du monde.

Betye Saar : 99 ANS DE DISSIDENCE (ETATS-UNIS)

Nul n’explique mieux la démarche et la philosophie artistique de Betye Saar qu’elle- même : « Il y a un fil conducteur évident dans mon art, qui se tisse depuis mes premières gravures des années 1960 jusqu’à mes collages et assemblages ultérieurs, et qui se rattache à mes installations actuelles. Ce fil conducteur est une curiosité pour le mystique. Je suis intriguée par l’association de vestiges de souvenirs, de fragments de reliques et d’objets ordinaires avec les composantes de la technologie. C’est une façon de plonger dans le passé et d’atteindre simultanément l’avenir. L’art lui-même devient le pont », dit-elle.

À 99 ans, cette femme extraordinaire est une artiste américaine surtout connue pour ses assemblages, qui intègrent souvent des objets trouvés et explorent les thèmes de l’identité afro- américaine, de la spiritualité et de la justice sociale. Figure majeure de l’art américain d’après-guerre, elle est une pionnière des mouvements féministes et des arts noirs.

Elle a grandi à Los Angeles et à Pasadena, en Californie, et a étudié le design à l’université de Californie à Los Angeles – un parcours souvent imposé aux femmes racisées intéressées par les arts, en raison du racisme et du sexisme prévalant dans les autres universités à l’époque. Betye Saar a ensuite étudié la gravure, et ses premières œuvres sont sur papier. Utilisant la technique du vernis mou, elle a imprimé des tampons, des pochoirs et des matériaux trouvés dans ses plaques pour en capturer les images et les textures. Ses gravures abordent notamment la spiritualité, la cosmologie et la famille, comme dans Anticipation (1961) et Lo, The Mystique City (1965).

Selon la célèbre conservatrice de musée Esther Adler, les assemblages mystiques de Betye Saar sont devenus de plus en plus radicaux après l’assassinat de Martin Luther King en 1968. Dans son œuvre la plus connue, La Libération de Tante Jemima (1972), l’artiste a choisi d’armer une caricature de grand-mère d’un fusil et d’une grenade, la représentant comme une guerrière contre non seulement la violence physique infligée aux Noirs américains, mais aussi la violence des stéréotypes et des images désobligeantes.

Julie Mehretu : MAÎTRESSE DE L’ABSTRACTION (ETHIOPIE – ETATS-UNIS)

Ses peintures denses et multicouches mêlent dessins d’architecture, cartes et formes abstraites pour exprimer la complexité de la vie urbaine contemporaine et des réseaux mondiaux. Son utilisation d’un pistolet à peinture automobile pour réaliser ses œuvres de grand format, sa présence dans le classement des 100 personnalités les plus influentes de 2020 du magazine Time et sa création de la « voiture d’art » BMW de 2023 pour les 24 Heures du Mans font d’elle une artiste exceptionnelle.

Julie Mehretu est une Américaine d’origine éthiopienne résidant à New York, connue pour ses œuvres de grande envergure qui explorent les thèmes de l’histoire, de la géographie et de l’expérience urbaine.

Son œuvre s’inspire de la politique, de la littérature et de la musique. Sa technique se caractérise par l’usage de couches complexes de peinture, de marques de crayon et de stylo, et par une utilisation dynamique de la couleur. Récemment, ses peintures ont intégré des images photographiques issues de médias audiovisuels, illustrant les conflits, les injustices et les troubles sociaux.

Fervente partisane du mouvement pour la fin de l’incarcération de masse, Julie Mehretu a fait don d’un tableau à Rockefeller Philanthropy Advisors en 2021 afin de soutenir le fonds Art for Justice, créé pour subventionner des artistes et des militants œuvrant à une réduction sûre de la population carcérale. Cette œuvre a permis de récolter 6,5 millions de dollars, ce qui en fait la plus importante contribution d’un·e artiste à ce fonds après celle de son initiatrice, Agnes Gund.

Mouna Karray : PENSEUSE DE L’ALTÉRITÉ (TUNISIE)

Née à Sfax, en Tunisie, Mouna Karray a étudié l’art et la culture dans son pays avant de déménager à Tokyo pour obtenir un master en image et médias à l’École supérieure des arts de l’Université polytechnique de Tokyo. Photographe et vidéaste formée au Japon, elle présente au monde une Afrique trop peu souvent visible. À travers une approche souvent intime et poétique, ses séries abordent des sujets sociopolitiques, historiques ou contemporains. Entre sphère intime et espace public, son regard scrute la mémoire des hommes et des lieux.

Dans sa démarche, l’explicite et le fortuit cèdent la place à un questionnement évocateur et taciturne. Sous ses formes variées, son travail pose les questions universelles des identités, des frontières, de l’enfermement et des territoires oubliés. Sous différents angles, elle évoque les personnes opprimées, absentes ou perdues, sans nom – tous ces inconnus familiers qui, sous la contrainte ou par injustice, expriment la résistance, la possibilité de la création et l’espoir du salut.

Fatoumata Diawara : LA RECETTE DE LA RÉSILIENCE (MALI)

Fatoumata Diawara ne dissimule pas sa fierté d’avoir modestement contribué, en 2021, à révolutionner le genre musical du western, jusqu’alors incarné par Ennio Morricone et Sergio Leone, en chantant aux côtés de Lauryn Hill la bande sonore Black Woman pour le film The Harder They Fall, réalisé par Jeymes Samuel et inspiré de figures historiques de cow-boys noirs de l’Ouest américain.

Elle pourrait aussi s’enorgueillir de ses sept chansons dédiées à un projet sur les légendaires manuscrits de Tombouctou, coproduit par Google Arts & Culture. « Un hommage à la culture malienne, mais aussi à la lutte d’un peuple », dit-elle.

Fatoumata Diawara n’est pas née avec une cuillère d’argent dans la bouche. Elle a vu le jour en Côte d’Ivoire dans une famille malienne, mais elle a été forcée de quitter le pays pendant son adolescence pour aller vivre chez une tante à Bamako. Elle a grandi dans une atmosphère rude, séparée de ses parents, et se sentant peu considérée.

La passion de la danse lui a permis de se construire un univers. Cela a été aussi une porte d’entrée dans le monde du cinéma. Indépendante et débrouillarde dès l’enfance, c’est avant tout sa personnalité hors du commun, plus encore que son talent, qui attire l’attention des réalisateurs. Artiste polyvalente, elle a marqué de nombreux domaines artistiques. Elle s’est installée en France pour poursuivre une carrière prometteuse. Si elle est principalement reconnue comme chanteuse et compositrice, elle s’est d’abord illustrée comme actrice dans des films tels que Timbuktu ou Sia, le rêve du python.

Son univers musical unique mêle les sonorités traditionnelles du Wassoulou, une région du Mali, à des influences modernes comme le jazz, le blues et l’afro-pop.
Fatoumata Diawara s’est également distinguée en tant que pionnière, étant l’une des premières femmes maliennes à jouer de la guitare électrique sur scène. Nommée aux Grammy Awards et aux Victoires de la Musique en 2019, désignée meilleur talent aux Awards d’Afrique en 2020, puis nommée aux AEAUSA en 2022, Fatoumata Diawara incarne la résilience.

Amy Sherald : LES BÉNÉFICES POLITIQUES DU GRIS (ETATS-UNIS)

Amy Sherald avait été choisie par Michelle Obama, en 2018, pour peindre son portrait officiel en tant que Première Dame des États-Unis, destiné à la National Portrait Gallery du grand musée Smithsonian à Washington D.C. Dans le cadre du processus de sélection, elle avait été reçue par le président et la Première Dame dans le Bureau ovale de la Maison- Blanche. « Dès les premières phrases de notre conversation, j’ai su qu’elle était faite pour moi », a déclaré Michelle Obama lors de la cérémonie de présentation de cette œuvre d’art.

Artiste peintre afro-américaine contemporaine, Amy Sherald est connue pour ses portraits de personnes noires, souvent peints avec des tons de gris et des fonds colorés. Née à Columbus, en Georgie, elle vit et travaille dans le New Jersey. Titulaire d’une licence en arts plastiques de l’Université Clark d’Atlanta en 1997, elle a ensuite obtenu un master en beaux-arts du Maryland Institute College of Art en 2004. Pendant ses années d’études, Amy Sherald avait été déçue par le manque de portraits d’Afro-Américains dans les musées et les galeries.

Ses œuvres se distinguent par la stylisation de ses modèles et l’utilisation de tons grisâtres pour la peau — une technique qui lui permet de dissocier la couleur de la notion de race. Elle a une approche singulière du portrait : elle peint des toiles grandeur nature de personnes noires issues de sa communauté, souvent représentées de face, le regard tourné vers le spectateur, sur des fonds aux couleurs vives qui détachent le sujet de tout contexte.

Lynette Yiadom-Boakye : L’ART AMBIGU (GHANA – GRANDE-BRETAGNE)

Les personnages des toiles et tableaux de Lynette Yiadom- Boakye ne sont pas des personnes réelles ; elle les crée à partir d’images trouvées et de sa propre imagination. À la fois familiers et mystérieux, ils invitent le spectateur à projeter ses propres interprétations dans les œuvres qu’il contemple et soulèvent d’importantes questions d’identité et de représentation. Souvent peintes dans un élan spontané et instinctif, ses figures semblent exister hors du temps et de l’espace. Elle crée des figures fictives, détachées d’un contexte précis, issues de thèmes divers et indéchiffrables : personnes, objets, pensées, photographies ou images qu’elle a dessinées, observées ou dont elle se souvient. Cette absence de référence narrative fixe laisse son œuvre ouverte à l’imagination du spectateur.

Artiste peintre et écrivaine britannique d’origine ghanéenne, Lynette Yiadom-Boakye est née à Londres. Elle est connue pour ses peintures figuratives de personnages imaginaires, souvent représentés dans des moments de calme ou de contemplation, et pour son style qui s’inspire des maîtres anciens tout en étant résolument contemporain. Ses tableaux sont accompagnés de titres poétiques et ambigus, tels que Attacher la tentatrice au cheval de Troie (2016) et Improviser une montagne (2018). L’écriture est au cœur de sa pratique artistique, comme elle l’explique elle-même : « J’écris sur ce que je ne peux pas peindre et je peins ce sur quoi je ne peux pas écrire. »

Peju Alatise : LA TISSEUSE DE LA MÉMOIRE HISTORIQUE (NIGERIA)

Peju Alatise, artiste nigériane interdisciplinaire, architecte et autrice, explore à travers son œuvre les thèmes de la mémoire, de la culture et de la condition féminine africaine. Née à Lagos, elle partage aujourd’hui sa vie entre le Nigeria et le Royaume- Uni. Formée en architecture à l’Université de technologie Ladoke Akintola, elle a rapidement développé une pratique artistique mêlant sculpture, peinture, installation et film, tout en dirigeant son propre atelier d’art.

Lauréate du prix artistique FNB en 2017, elle s’est imposée comme une sculptrice majeure du continent. Son art, profondément symbolique, célèbre la féminité africaine à travers des matériaux tels que les perles, les étoffes ou la résine. Rejetant le féminisme occidental, Peju Alatise prône une « féminisation » inspirée des mythes yorubas et d’une sagesse ancestrale. Reconnue internationalement, elle a représenté le Nigeria à la Biennale de Venise et fondé l’Alter- Native Artists Initiative, un collectif dédié à la formation de jeunes artistes africains.

Oumou Sangaré : CONJURER LA SOUFFRANCE (MALI)

Elle est entrée avec fracas dans l’imaginaire culturel africain. C’était en 1989. La jeune Oumou Sangaré, chanteuse originaire de la région du Wassoulou (sud du Mali), parcourt plusieurs milliers de kilomètres pour enregistrer son premier album à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Ses paroles engagées apparaissent alors comme une critique radicale de certaines pratiques en vogue au sein de la société malienne. La chanteuse en appelle à la responsabilité des femmes africaines, dénonce le mariage forcé et célèbre la sensualité ! De véritables horreurs aux oreilles chastes des conservateurs, mais une bouffée d’air frais pour le public.

Depuis lors, elle s’est imposée comme une figure emblématique de la musique africaine. Elle est connue pour sa voix puissante, qui traverse les décennies, ainsi que pour ses chansons abordant des thèmes sociaux, notamment la condition féminine et les difficultés rencontrées par les plus humbles. « La souffrance faite aux femmes m’inspire beaucoup, explique-t-elle… Et ça a commencé chez moi très jeune : quand je voyais ma maman souffrir, je chantais pour la soulager. »

Sa carrière internationale l’a menée sur tous les continents. Elle a été couronnée de prix prestigieux, notamment le Prix de la musique de l’UNESCO/Conseil international de la musique, reçu en 2001 pour sa contribution à « l’enrichissement et au développement de la musique, ainsi qu’à la cause de la paix, de la compréhension entre les peuples et de la coopération internationale ».

Farida Benlyazid : L’OUVREUSE DES PORTES DU CIEL (MAROC)

Lorsque Nadia, une jeune Franco-Marocaine, revient à Fès pour voir son père mourant après des années passées en France, elle entame un voyage de transformation personnelle. Avec l’aide d’une nouvelle amie, elle décide de transformer la maison familiale en une sorte de zawiya, un foyer spirituel soufi pour les femmes, et un lieu d’exploration des interprétations collectives de l’islam centrées sur les femmes.
Telle est la trame initiale du célèbre film Une porte sur le ciel (1988), premier long métrage de la réalisatrice Farida Benlyazid. C’est un travail remarquable qui propose un environnement complexe pour questionner l’identité culturelle tout en explorant l’intersection du féminisme et de la spiritualité musulmane, dans une perspective transnationale. Considéré par la critique comme une œuvre pionnière du cinéma féminin marocain, ce long métrage est un récit féministe puissant sur l’éveil spirituel à l’islam et sur l’interaction entre héritage culturel et identité moderne.

Native de Tanger, Farida Benlyazid a étudié les lettres et le cinéma à l’École supérieure d’études cinématographiques (ESEC) de Paris, dont elle est sortie diplômée en réalisation en 1976. Elle a ensuite effectué plusieurs stages de cinéma à Paris avant de rentrer au Maroc au début des années 1980. Elle est devenue réalisatrice avec Identité de femme en 1979, tout en travaillant également comme critique de cinéma et productrice. Elle a été désignée récemment par le roi Mohammed VI membre de la Commission spéciale sur le modèle de développement du pays — un grand honneur et une haute reconnaissance pour cette pionnière du monde intellectuel et des arts au Maroc et en Afrique.

Kaouther Ben Hania : LE CINÉMA COMME MEDIUM POLITIQUE (TUNISIE)

L’horreur absolue de la guerre : Hind Rajab, une fillette de cinq ans, a été retrouvée morte à l’intérieur d’une voiture criblée de balles dans la ville de Gaza le 10 février 2024. Le véhicule dans lequel elle voyageait avec des membres de sa famille, également retrouvés morts, avait été visé par des soldats israéliens plusieurs jours auparavant. « Lorsque j’ai entendu pour la première fois la voix d’Hind Rajab, il y avait quelque chose de plus que sa voix. C’était la voix de Gaza qui appelait à l’aide, et personne ne pouvait entrer », a déclaré la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania avant de recevoir le Lion d’argent (deuxième prix du Festival de Venise) le 6 septembre 2024 pour son documentaire The Voice of Hind Rajab, dédié aux secouristes palestiniens.

Elle aime travailler sur des sujets difficiles. Son thriller La Belle et la Meute, présenté au Festival de Cannes en 2017, racontait l’histoire de Mariam, une jeune femme se battant une nuit pour porter plainte après avoir été violée par des policiers. Dans un autre film, Les Filles d’Olfa, qui lui a valu un César du meilleur documentaire en février 2024, elle évoque la radicalisation de deux jeunes Tunisiennes en interrogeant leur mère et leurs sœurs, tout en faisant rejouer certaines scènes par des actrices.

Arrivée à Paris pour y faire des études commerciales, elle a trouvé sa voie dans le cinéma en participant notamment à un atelier d’écriture d’un an à la Fémis, école de cinéma reconnue. Quelques courts métrages plus tard, elle est rapidement devenue une cinéaste confirmée. Elle a construit une œuvre profondément ancrée dans la critique sociale et politique.

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Simone Biles : LA PLUS GRANDE DE TOUS LES TEMPS (ETATS-UNIS)

Simone Biles, aujourd’hui icône mondiale de la gymnastique, a surmonté une enfance marquée par la pauvreté et l’abandon. Née dans une famille en difficulté, elle et ses frères et sœurs ont été placés en famille d’accueil avant d’être adoptés par leur grand-père Ron et sa femme Nellie, qui lui offriront stabilité et soutien au Texas. C’est à six ans, lors d’une sortie scolaire, qu’elle découvre la gymnastique — une passion qui deviendra sa voie.

Formée pendant onze ans par l’entraîneuse Aimee Boorman, Biles s’impose dès 2013 en remportant deux médailles d’or aux Championnats du monde d’Anvers, à seulement seize ans.

Elle révolutionne alors la discipline avec des figures inédites, dont la célèbre « Biles ». Devenue la gymnaste la plus titrée de l’histoire, avec quarante et une médailles olympiques et mondiales, elle reçoit en 2022 la médaille présidentielle de la Liberté, la plus haute distinction civile américaine. Un parcours exemplaire de résilience, de talent et de détermination.

Coco Gauf : LA VOIX D’UNE GÉNÉRATION (ETATS-UNIS)

Les États-Unis d’Amérique lui ont confié leur drapeau, ce qui n’est pas peu dire. C’était l’année dernière, lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris. À seulement vingt et un ans, Coco Gauff portait fièrement le précieux emblème, aux côtés de la légende du basketball LeBron James. Prodige du tennis, son parcours a captivé le monde entier. Elle a écrit l’histoire en devenant la plus jeune joueuse à se qualifier pour le tableau principal de Wimbledon, à l’âge de quinze ans. Ce jour-là, elle a stupéfié le monde en battant son idole de jeunesse, Venus Williams. Elle a ensuite remporté son premier titre du Grand Chelem à l’US Open 2023, devenant ainsi la plus jeune Américaine à s’imposer dans le tournoi depuis Serena Williams en 1999. Cette année, elle a décroché son deuxième titre majeur en remportant l’Open de France.

À peine scolarisée, Cori Dionne Gauff (de son vrai nom) tenait déjà une raquette de tennis et affirmait à ses parents qu’elle voulait devenir la meilleure joueuse du monde. Ses parents, Corey Gauff et Candi Odom Gauff, étaient des athlètes universitaires accomplis. À sept ans, Coco Gauff s’entraînait déjà avec un tennisman professionnel, deux heures par jour et plusieurs jours par semaine. Aujourd’hui, elle est l’un des nouveaux visages du tennis mondial.

Au-delà de ses succès sur le court, Coco Gauff est devenue la voix d’une génération d’athlètes qui parlent ouvertement de santé mentale. Elle a révélé avoir lutté contre la dépression pendant près d’un an avant son exploit à Wimbledon, une période où elle ressentait une pression intense pour réussir rapidement.

Ons Jabeur : LA « MINISTRE DU BONHEUR » (TUNISIE)

Ons Jabeur, surnommée la « ministre du Bonheur », est devenue un symbole d’espoir et de fierté pour la Tunisie, l’Afrique et le monde arabe. Sa bonne humeur, son humilité et son attitude positive ont conquis le public bien au-delà de ses exploits sportifs.

Née à Ksar Hellal, elle découvre le tennis à l’âge de trois ans grâce à sa mère, Samira, et développe un style de jeu inventif, mêlant amortis, slices et créativité.

Première joueuse arabe et africaine à atteindre les finales de Wimbledon et de l’US Open, elle grimpe jusqu’à la deuxième place mondiale du classement WTA en 2022, un record pour le continent.

Connue pour sa discipline et sa foi, Ons Jabeur concilie sport et spiritualité, adaptant sa pratique du ramadan à ses tournois. Véritable ambassadrice du tennis africain, elle incarne la persévérance, la joie et la résilience d’une génération qui croit encore aux étoiles et au bon karma.

Beatrice Chebet : LE SOURIRE DE « L’ASSASSIN » (KENYA)

Le 5 juillet, Beatrice Chebet a hissé haut le drapeau kényan lors de la Prefontaine Classic, qui se déroulait à Hayward Field, à Eugene, dans l’Oregon (États-Unis). Elle l’a fait en battant le record du monde du 5 000 m féminin, devenant ainsi la première femme de l’histoire à courir cette distance en moins de quatorze minutes. Double championne olympique du 5 000 m et du 10 000 m aux Jeux olympiques de Paris en 2024, Beatrice Chebet a conquis le monde de l’athlétisme par sa vitesse, sa tactique et son esprit humble. Surnommée « l’assassin souriant » pour son allure toujours détendue et sympathique avant les courses, elle incarne la grâce et la détermination.

Beatrice Chebet est originaire de Londiani, dans le comté de Kericho, où elle a grandi. Elle attribue sa plus grande inspiration à sa grand-mère, Pauline Lang’at, engagée dans la promotion de l’athlétisme. Elle a débuté son parcours sportif en décembre 2015, à seulement seize ans.

En novembre 2016, sur les conseils de sa grand-mère, elle a rejoint le club d’athlétisme Lemotit de Londiani pour développer sa carrière. Ses parents, Francis et Lilian Kirui, ont soutenu sa décision. Sa première grande percée internationale a eu lieu en 2018, lorsqu’elle a remporté la médaille d’or du 5 000 m aux Championnats du monde U20 à Tampere, en Finlande. Cette victoire a fait d’elle la première Kényane à remporter le titre du 5 000 m aux Championnats du monde U20 depuis 2006.

Tsige Duguma : ALLER AU BOUT DE SOI-MÊME (ETHIOPIE)

Tsige Duguma, athlète éthiopienne au tempérament de feu, incarne la détermination et la quête de perfection. Spécialiste du demi-fond, elle s’impose par une approche à la fois agressive et esthétique de la course, cherchant toujours à repousser ses propres limites. Passée du sprint au 800 mètres avec une adaptation fulgurante, elle remporte en 2024 la médaille d’or aux Championnats du monde en salle et la médaille d’argent aux Jeux olympiques de Paris, établissant à chaque fois de nouveaux records personnels.

Originaire des montagnes éthiopiennes, Tsige a surmonté blessures et doutes pour s’imposer sur la scène mondiale. Ses victoires ne sont pas seulement sportives : : elles témoignent d’une force mentale exceptionnelle et d’une discipline sans faille. Réservée et concentrée, elle parle peu, mais ses performances suffisent à raconter son histoire — celle d’une femme qui va toujours au bout d’elle-même.

Marie-Josée Ta Lou : LA FLÈCHE DE BOUAKÉ (CÔTE D’IVOIRE)

En Côte d’Ivoire, où l’on se plaint souvent de tout et où l’on parle constamment de hauts et de bas, certains sujets font l’unité nationale et génèrent rapidement un consensus positif. L’un d’entre eux est le rôle de l’athlète Marie-Josée Ta Lou. Sprinteuse spécialisée dans le 100 mètres et le 200 mètres, elle a durablement marqué l’histoire de l’athlétisme mondial par ses performances impressionnantes, ayant remporté plusieurs médailles aux Championnats du monde. Elle a également participé à plusieurs éditions des Jeux olympiques. Elle est considérée, naturellement, comme la sprinteuse la plus rapide d’Afrique.

Très tôt, cette native de Bouaké s’est passionnée pour le sport, et particulièrement pour le football. Rapidement repérée par une équipe féminine d’Abidjan, elle se voit refuser d’y entrer par son grand frère, professeur d’éducation physique. Au lycée, Ta Lou opte alors pour l’athlétisme, et notamment pour le sprint. Elle commence ses entraînements réguliers en 2007. En juin de la même année, elle intègre l’équipe nationale, qui décroche la médaille de bronze au relais 4×100 m lors des Championnats d’Afrique de l’Ouest à Cotonou, au Bénin. Suivant ses performances, elle parcourt ensuite les quatre coins du monde.

En août 2024, elle a quitté la piste en larmes lors des Jeux olympiques de Paris, victime d’une blessure musculaire en pleine finale du 100 mètres. Elle a déclaré récemment qu’elle aimerait poursuivre sa carrière jusqu’aux Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. Peu probable, puisqu’elle aurait alors presque quarante ans. Pourtant, c’est une ambition que ses dernières performances rendent plus crédible que jamais. Depuis un an, elle s’est imposée sur plusieurs courses majeures, notamment aux États-Unis. Et il ne faut jamais sous-estimer le cœur d’une championne !

Faith Kipyegon : LA RÊVEUSE AUX PIEDS NUS (KENYA)

Faith Kipyegon, légende de l’athlétisme kényan, a vu son histoire commencer à seize ans, lorsqu’elle remporta une course de cross-country pieds nus à Nairobi. Ce jour-là, sa détermination et sa confiance révélèrent une future championne. Spécialiste du 1 500 mètres, elle domine depuis la scène mondiale : triple championne olympique, multiple championne du monde et détentrice de records mondiaux sur 1 500 m, le mile et 5 000 m.

Sa carrière est marquée par une constance exceptionnelle et une force tranquille. Devenue mère en 2018, Faith Kipyegon affirme que sa fille Alyn est sa plus grande source d’inspiration. Elle voit dans la maternité une énergie nouvelle qui nourrit sa discipline et sa passion. Modeste malgré ses exploits, elle incarne la persévérance, la grâce et l’équilibre entre vie familiale et excellence sportive.

Murielle Ahouré : ATHLÈTE ET JURISTE (CÔTE D’IVOIRE)

« On peut naître à Modeste, grandir à Bassam et conquérir le monde », disait Amadou Mayaki, adjoint au maire de Grand-Bassam, avant d’élever Murielle Ahouré, figure emblématique de l’athlétisme ivoirien, au rang de citoyenne d’honneur. Une reconnaissance solennelle pour l’ensemble de sa carrière et pour avoir porté haut les couleurs du pays et du continent sur la scène mondiale.

Le village de Modeste, situé à seulement huit kilomètres de Grand-Bassam, est une destination balnéaire prisée par les touristes pour son ambiance paisible, entre la mer et le lac. Ce lieu idéal pour se ressourcer tient en Murielle Ahouré sa citoyenne la plus célèbre, une athlète qui s’est imposée comme l’une des plus grandes sprinteuses africaines.

Elle a quitté la Côte d’Ivoire à quatorze ans pour s’installer aux États-Unis, où elle a commencé l’athlétisme. Son palmarès est impressionnant : quatre titres de vice-championne du monde sur les épreuves de sprint et une médaille d’or aux Championnats du monde en salle du 60 mètres en 2018.

En plus de ses exploits sportifs, elle est diplômée en criminologie — une preuve de son intelligence et de son ouverture à d’autres horizons au-delà de la piste.

La championne, également ambassadrice de l’UNICEF, a pris la parole pour adresser un message aux jeunes :
« Je suis ici pour vous dire que vos rêves sont encore valables, leur a-t-elle dit. Vous êtes l’avenir, la promesse, la force silencieuse que ce pays attend. Moi aussi, j’étais une petite fille ici, les pieds dans le sable, la tête pleine de rêves. Je n’étais pas la plus forte ni la plus rapide, mais j’avais un feu en moi, et ce feu m’a portée jusqu’au sommet du monde. Ce feu, vous l’avez aussi : ne le laissez jamais s’éteindre. »

Freweyni Hailu : LA TYRANNIE DU BONHEUR (ETHIOPIE)

Originaire de Werie Lehe, dans la région du Tigray, en Éthiopie, Freweyni Hailu est la septième enfant de sa famille. Elle a commencé à courir alors qu’elle était encore adolescente, simplement pour s’amuser.

Championne du monde en salle en titre du 3 000 m à Nankin (Chine), elle a également remporté la médaille d’or du 1 500 m aux Championnats du monde en salle de 2024 à Glasgow (Écosse). Malgré son humilité et sa personnalité réservée, cette jeune femme, animée d’une volonté de fer, est aujourd’hui la première athlète éthiopienne à décrocher trois médailles dans trois disciplines différentes aux Championnats du monde en salle (elle a aussi obtenu l’argent du 800 m à Belgrade, en Serbie, en 2022).

Freweyni Hailu a engrangé ses succès tant en salle qu’en extérieur, remportant cinq victoires en Diamond League, dont celles du 1 500 m à Doha (2024), Stockholm et Xiamen (2023) ainsi qu’à Lausanne (2021). Sa polyvalence s’est également illustrée lors de compétitions d’athlétisme sur route : elle a remporté une médaille d’argent sur le mile (1 609 m) aux Championnats du monde de course sur route à Riga en 2023. Son secret : le travail et la foi. « J’ai fait de mon mieux, et Dieu m’a aidée pour le reste », dit-elle sobrement. Son seul problème, c’est souvent après la course et après le succès : « Je ne sais pas comment fêter mes victoires, lâche-t-elle avec le sourire ; mon bonheur me dépasse. »

Tobi Amusan : L’ART DE VAINCRE LE DOUTE (NIGERIA)

Tobi Amusan, athlète nigériane spécialiste du 100 mètres haies, incarne la persévérance et la foi en soi. C’est presque par hasard qu’elle découvre sa discipline à treize ans, lorsqu’elle participe à une course de haies après la clôture des épreuves de sprint — qu’elle remporte sans expérience préalable. Née dans une famille d’enseignants opposés à sa carrière sportive, elle s’entraîne en secret, soutenue uniquement par sa grand-mère, avant de s’imposer sur les pistes africaines.

Devenue championne aux Jeux africains de 2015, puis étudiante à l’Université du Texas à El Paso, elle affine sa technique et passe sous la barre des treize secondes. Son ascension culmine en 2021, lorsqu’elle devient la première Nigériane championne olympique à Tokyo, avant de battre le record du monde du 100 m haies (12 s 12) en 2022. De la fillette obstinée d’Abeokuta à l’icône mondiale, Tobi Amusan a prouvé que le doute peut être vaincu par la passion, la discipline et la foi en son propre potentiel.

Asisat Oshoala : LA CONSTRUCTION D’UNE LÉGENDE (NIGERIA)

La Coupe d’Afrique des nations féminine de football, organisée en 2014 en Namibie, a été un événement fondateur pour le football féminin africain. La Nigériane Asisat Oshoala n’avait alors que vingt ans. Ce tournoi fut son tremplin. Alignée à la pointe de l’attaque des Super Falcons, elle y inscrivit quatre buts, distribua des passes décisives et illumina le jeu par son talent, s’imposant comme la joueuse la plus influente de la compétition. En finale, elle domina les redoutables Lionnes indomptables du Cameroun et souleva son premier trophée continental. Le Nigeria remporta en Namibie sa septième CAN féminine, et Asisat Oshoala fut sacrée meilleure joueuse du tournoi.

Aujourd’hui, plus de dix ans plus tard, elle est largement considérée comme l’une des meilleures footballeuses de sa génération et l’une des plus célèbres de tous les temps sur le continent. Elle a remporté un record de six titres de Joueuse africaine de l’année et a évolué dans de grands clubs en Angleterre, en Chine et en Espagne, notamment au FC Barcelone. Elle est la première femme africaine à remporter trois fois la Ligue des champions féminine de l’UEFA.

Ses parents étaient fermement opposés à sa carrière de footballeuse, préférant qu’elle se consacre à ses études. Elle a dû s’entraîner en secret et redoubler d’efforts à l’école pour les convaincre de la laisser poursuivre sa passion. Sa grand-mère fut sa seule supportrice au début, lui apportant de la nourriture pour l’aider à s’entraîner. Cette lutte personnelle est à la source de son activisme. « Je représente quelque chose de plus grand que moi », déclare Asisat Oshoala. « Je sais que des milliers de jeunes filles en Afrique me regardent. »

Maria Mutola : LA FORCE TRANQUILLE DE L’AFRIQUE (MOZAMBIQUE)

Maria Mutola, véritable légende du demi-fond, a porté haut les couleurs du Mozambique et de l’Afrique. Née dans le quartier défavorisé de Chamaculo à Maputo, elle découvre l’athlétisme grâce à l’écrivain José Craveirinha, qui décèle son talent alors qu’elle joue au football. À 15 ans, elle participe déjà aux Jeux olympiques de Séoul, amorçant un parcours exceptionnel marqué par la détermination et le travail.
Formée aux États-Unis grâce à un programme du Comité international olympique, Mutola s’impose dès les années 1990 comme la reine du 800 mètres. Triple championne du monde et première championne olympique du Mozambique à Sydney en 2000, elle devient un symbole de fierté nationale. Après sa retraite en 2008, elle revient à son premier amour, le football, avant de se consacrer à l’entraînement, guidant notamment Caster Semenya vers le succès. Son parcours, de la pauvreté à la gloire, incarne la force, la résilience et la puissance du rêve africain.

Françoise Mbango : LE DILEMME DE LA PATRIE (CAMEROUN)

Le monde entier connaît les Lions indomptables, la plus célèbre équipe africaine de football — celle qui, la première, a atteint les quarts de finale de la Coupe du monde en Italie, en 1990. Mais le Cameroun, même en sport, ce n’est pas que le football. C’est aussi un pays de femmes fortes, de championnes qui ont brisé toutes les barrières. Françoise Mbango en est l’incarnation. Cette athlète a ébloui le monde en remportant le triple saut avec un bond de 15,39 mètres aux Jeux olympiques d’Athènes en 2004. Elle a réitéré cet exploit à Pékin en 2008, devenant ainsi double championne olympique.

Son parcours est un récit de patriotisme et de résilience, face aux pressions et aux dilemmes. Pendant des années, elle a refusé de changer de nationalité pour la France — une décision qui lui a valu des menaces et même des formes de chantage de la part de certains responsables de la Fédération française d’athlétisme, qui lui refusaient l’accès à son entraîneur et à ses installations parce qu’elle n’était pas Française. Françoise Mbango déclara qu’elle ne pouvait pas « refuser sa mère », en référence à son pays, le Cameroun, et maintint sa position pendant des années.

Kirsty Coventry : LA SIRÈNE DU ZIMBABWE (ZIMBABWE)

Kirsty Coventry, surnommée « la sirène du Zimbabwe », est une légende de la natation africaine et mondiale. Première femme et première Africaine élue présidente du Comité international olympique en 2025, elle incarne l’excellence sportive et un leadership inspirant. Née dans une famille de sportifs, elle apprend à nager à deux ans et rêve, dès l’enfance, de représenter son pays aux Jeux olympiques. À seize ans, elle participe déjà à ceux de Sydney en 2000, marquant le début d’une carrière exceptionnelle.

Aux Jeux d’Athènes en 2004, elle offre au Zimbabwe sa première médaille d’or individuelle, avant de confirmer à Pékin, en 2008, avec quatre nouvelles médailles, dont une deuxième en or. Au total, elle cumule sept médailles olympiques, un record pour le continent africain. Reconnue pour son humilité et son engagement, Kirsty Coventry s’est consacrée, après sa retraite, à la promotion du sport et de la jeunesse. Son parcours, de la piscine de Harare aux plus hautes instances du sport mondial, illustre la puissance du rêve, de la persévérance et du courage.